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"À ceux qui misent sur le TSL nous disons : Ne jouez pas avec le feu", prévient Nasrallah

Liban

A l'occasion du premier anniversaire de la bataille du jurd de Ersal qu'avait lancé le Hezbollah contre les jihadistes, le secrétaire général du parti chiite a nié que son parti contrôle le Liban.

26/08/2018

Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a mis en garde dimanche ses opposants politiques libanais contre leur supposée volonté de miser sur un verdict du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) qui juge les assassins de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, les prévenant de "ne pas jouer avec le feu".

"Durant les derniers jours, certains milieux de la coalition du 14 Mars (forces souverainistes libanaises opposées au Hezbollah) ont affirmé que le retard dans la formation du gouvernement n’est pas dû aux revendications politiques, mais plutôt au fait qu’en septembre, le Tribunal spécial pour le Liban va énoncer son verdict, et que la situation au Liban sera considérablement impactée par le verdict. Ce tribunal n’a aucune valeur et aucune légitimité à nos yeux, et toutes ses décisions n’ont aucune valeur pour nous. A ceux qui misent sur cela nous disons : ne jouez pas avec le feu", a martelé Hassan Nasrallah.

Le Tribunal spécial pour le Liban, devant lequel se tient depuis quatre ans le procès de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri et d’autres, a annoncé mardi dernier avoir fixé du 11 au 21 septembre 2018 le dépôt des mémoires en clôture des parties et des victimes. Les mémoires de l’accusation et des représentants des victimes avaient déjà été présentés devant la chambre de première instance du tribunal. Pour la première fois, ces mémoires situent les motifs politiques des accusés dans le cadre de leur appartenance au Hezbollah. Les mémoires des conseils de la défense ont été déposés mi-août à la chambre dans les délais. Les audiences prendront fin mi-septembre. Mais contrairement à ce qu'avance Hassan Nasrallah, l’énoncé du verdict devra attendre la délibération de la Chambre, qui devrait prendre quelques mois.

Le Tribunal a inculpé quatre responsables et cadres du Hezbollah pour leur implication dans l'assassinat de Rafic Hariri, tué dans un attentat à la bombe le 14 février 2005. Un procès par contumace s'est ouvert en janvier 2014, mais le parti chiite a toujours démenti les accusations portées contre lui.


(Pour mémoire : TSL : fin des audiences en septembre, le Hezbollah dans le viseur)


"Triptyque en or : peuple-armée-résistance"

Hassan Nasrallah s'exprimait dans le cadre d'un discours télévisé retransmis en direct et intitulé "La “deuxième libération : la gloire et la victoire”, à l'occasion du premier anniversaire de la bataille du jurd de Ersal qu'avait lancé le Hezbollah contre les jihadistes du Front Fateh el-Cham (ex Front al-Nosra, la branche syrienne d'el-Qaëda) en juillet 2017. A l'issue des combats, le parti chiite avait réussi à déloger les jihadistes des zones qu'ils contrôlaient, et avait conclu un accord pour qu'ils soient évacués du Liban. Le 19 août 2017, c'était au tour de l'armée libanaise de lancer l'opération "Aube des Jurds" à l'issue de laquelle elle était parvenue à chasser les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) qui sévissaient sur les hauteurs des villages chrétiens de Ras Baalbeck et Qaa.

Le leader chiite a estimé que la victoire du Hezbollah "a été rendue possible grâce au triptyque en or : peuple-armée-résistance". Cette équation est contestée par les forces politiques souverainistes libanaises, qui s’opposent aux armes du Hezbollah.

"De nombreuses formations qui s’opposent à nous soutenaient l’opération que nous menions" contre les jihadistes, a assuré le chef du Hezbollah. "L’armée libanaise a prouvé son efficacité dans les combats, de même que la résistance et l’armée syrienne de l’autre côté de la frontière. Grâce à ce triptyque et au grand soutien populaire local, ainsi qu'à une décision officielle intransigeante, nous avons obtenu cette victoire durant le mois d’août 2017. En vertu de cette formule, il n’y a pas de place au Liban aux occupants et aux agresseurs". Hassan Nasrallah a dans ce contexte accusé les États-Unis de soutenir l'EI et de mentir au sujet de ses victoires contre les jihadistes en Syrie et en Irak. Il a appelé une nouvelle fois les gouvernements de la région et les forces politiques à “ne pas miser sur les États-Unis”, affirmant que Washington a toujours abandonné ses alliés.


(Pour mémoire : Gouvernement : Nasrallah menace de hausser les enchères)


"On a dit que le Hezbollah contrôle le Liban"

Sur le plan politique, le chef du Hezbollah a commenté les obstacles concernant la formation du nouveau gouvernement dont a été chargé le Premier ministre Saad Hariri, il y a déjà trois mois. 

"Après les élections législatives (du 6 mai dernier), on a dit que le Hezbollah contrôle le Liban et l’État, et qu’aucune décision ne peut se prendre sans son approbation. Ceux qui affirment cela mentent, et ils le savent. Ces propos ont pour but de tenir le Hezbollah pour responsable de tout ce qui se passe au Liban, la situation économique, financière, les conflits politiques, etc, et cela afin de ternir notre image dans le monde et pour inciter notre base populaire à se soulever. Je vous le dis honnêtement : nous sommes la formation politique qui a le moins de pouvoir au sein de l’État", s'est défendu Hassan Nasrallah. "Depuis l’élection du président Michel Aoun à la magistrature suprême, on dit que le président de la République exécute les ordres du Hezbollah. Ces propos sont mensongers. La relation entre le Hezbollah et le président Aoun est basée sur la confiance et le respect mutuels. On est même allé jusqu’à accuser certains dirigeants du Courant patriotique libre (CPL, fondé par le président Aoun) de financer le Hezbollah (en allusion à des accusations portées contre l’ex-ministre de l’Éducation, Elias Bou Saab, affilié à la formation aouniste). Cela est une insulte à l’égard du CPL et du Hezbollah", a ajouté le leader chiite.


(Lire aussi : Le plan "révolutionnaire" d'un ancien chef du Mossad pour vaincre le Hezbollah...)


"Concernant la formation du gouvernement, nous misons encore sur le dialogue. Mais le temps presse. C’est vrai que les gouvernement précédents ont mis du temps à être formés, mais la situation financière et économique du pays ainsi que la situation régionale et les échéances qui nous attendent doivent nous pousser à résoudre cette question rapidement. Formez le gouvernement. Les relations avec la Syrie et la déclaration gouvernementale seront débattues après cela", a ajouté Hassan Nasrallah.

Depuis sa désignation, le 24 mai, le Premier ministre, Saad Hariri, a présenté plusieurs formules qui ont toutes été rejetées par les différentes forces politiques. En attendant les contacts que M. Hariri devrait entamer prochainement avec les Forces libanaises, le Parti socialiste progressiste et les Marada de Sleiman Frangié, le processus de formation du gouvernement continue à buter sur plusieurs obstacles. Il s’agit surtout du différend opposant le Courant patriotique libre aux FL autour de leurs quotes-parts gouvernementales respectives. À cela s’ajoute la querelle entre le chef du PSP Walid Joumblatt et son principal rival sur la scène druze, Talal Arslane, le CPL insistant à intégrer ce dernier à la future équipe ministérielle, contrairement à la volonté du leader de Moukhtara qui veut nommer tous les ministres appartenant à sa communauté au sein du cabinet Hariri. Certains observateurs et responsables politiques attribuent les causes du blocage gouvernemental à la situation régionale.

Le chef du Hezbollah a en outre appelé à "un dialogue calme" concernant la question du retour chez eux de près d'un million de réfugiés syriens présents au Liban, alors que certaines formations politiques libanaises appellent à une normalisation des relations officielles entre le Liban et le régime du président syrien Bachar el-Assad.


(Lire aussi : Menace terroriste : le Liban est-il plus sûr aujourd'hui ?)


Hassan Nasrallah a enfin commenté la situation sécuritaire et sociale dans la Békaa, une région frappée par l'insécurité et le manque de développement, deux facteurs qui ont récemment provoqué des tensions au sein de la base populaire du parti chiite.

"Nous nous sommes mis d’accord avec le mouvement Amal (dirigé par le président du Parlement, Nabih Berry) que notre priorité pour la prochaine étape sera consacrée à la région de la Békaa et sa population. Les députés de Baalbeck-Hermel et du Hezbollah présenteront une proposition de loi afin de mettre en place un conseil de développement pour la Békaa, une fois le nouveau gouvernement formé", a annoncé Hassan Nasrallah. "Toutes les accusations contre le Hezbollah ne terniront pas l’image du parti auprès de sa base populaire. Car on tente de vaincre le parti chiite en montant contre lui sa base", a-t-il ajouté.

Un plan de sécurité a été mis en place par l’État libanais dans la Békaa, afin de mettre un terme à l'insécurité endémique qui frappe la région. Un important baron de la drogue et plusieurs autres personnes en sa compagnie avaient récemment été tués lors d'une opération de l'armée. Mais l'efficacité de ce plan est critiquée par plusieurs observateurs qui pointent du doigt le soutien politique dont bénéficient certains hors-la-loi. L'insécurité dans la région a poussé certains habitants chiites à contester le Hezbollah et l'accuser de les délaisser au profit des habitants du Liban-Sud.


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gaby sioufi

pourquoi pleurnicher sur notre sort , pourquoi repeter que HN ns derange, qu'il est hautain, condescendant, menacant notre present et notre futur ?
lui au moins reste tres poli- meme en le comparant aux politiques les + polis au monde -( par contre pas a certains-bcp des notres ) .
nous savons que notre independance ne dure qu.entre 15 & 20 ans, elle est suivie par une periode tumultueuse + ou - longue , puis d'une nouvelle periode + ou - pacifique.
a chaque periode ses libanais qui prennent sinon les armes du moins les remettent a d'autres pour s'en servir et se croyant malins pensent se servir de ceux la.
C ce que nous, vous, eux ( dependamment de la periode ) ont voulu , ont obtenu, continuent a l'e demander :
ETRE TENUS EN LAISSE par des parties locales, regionales , int'l peut importe pourvu qu'on le soit.

Bery tus

celui qui prônent la pérennité des armes d'une communauté par rapport a celle de l'armée libanaise c'est bien lui le soumis et il n'a rien de SOUVERAIN tout au contraire il devient un DHIMMI ..

Yves Prevost

Si l'on compte comme lui la première libération comme étant celle de l'occupation israélienne, la deuxième - qu'il oublie - est celle de l'occupation syrienne et la troisième que nous attendons avec impatience, est celle qui nous débarrassera de sa milice.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SI LES ARMES N,ETAIENT PAS PILOTEES ET AU SERVICE DE TYRANS ETRANGERS ET SERVAIENT UNIQUEMENT LES INTERETS LIBANAIS SOUS L,EGIDE DE L,ETAT ET SANS INTERVENTIONS UNILATERALES DANS LES PAYS DE LA REGION ET LES ATTAQUES CONTRE LES PAYS ARABES FRERES... JE CROIS QUE TOUS LES LIBANAIS SERAIENT DES HEZBOLLAHIS...
A MEDITER PAR LE HEZBOLLAH !

Jean abou Fayez

Un souverainiste ne peut s'opposer aux armes du Hezbollah. Ces armes sont le seul garant de la souveraineté et de l'existence même du Liban.

Le Faucon Pèlerin

L'ONU, le Conseil de Sécurité de l'ONU, le Tribunal international, le Tribunal Spécial pour le Liban etc. n'ont aucune valeur ni aucune légitimité pour le vainqueur de toutes les guerres du Moyen-Orient. Toutes les lois de tous les pays situés entre le Pôle-Nord et le Pôle-Sud ainsi ainsi que les pays situés entre la banlieue-sud à l'est jusqu'à Valparaiso à l'ouest. Tout ce monde doit se soumettre au triptyque "L'armée, le peuple et la Résistance". La Résistance contre qui, personne ne peut répondre.

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