Liban

Un coup de maître de l’armée à Hammoudiyé avec l’aval du Hezbollah et d’Amal

Décryptage
26/07/2018

Après l’opération militaire au village de Hammoudiyé, proche de Brital, dans le caza de Baalbeck, en début de semaine, la région était en ébullition. Le repris de justice visé par l’opération, Ali Zeid Ismaïl –, qui a d’ailleurs été tué pendant l’assaut des militaires contre sa maison – avait en effet construit une sorte d’émirat dans le coin. Moins connu que Nouh Zeayter, mais tout aussi dangereux (il a fait l’objet de 3 114 plaintes judiciaires portant sur des affaires de trafic de drogue, de trafic d’armes et de vols de voitures), Ali Zeid Ismaïl vendait la drogue ouvertement et avait pratiquement soumis le village à sa loi, en créant une bande armée qui terrorisait les gens et les rançonnait. En raison de ses importants moyens, il bénéficiait aussi de larges protections sécuritaires et politiques qui lui avaient permis d’échapper jusque-là aux filets de l’armée, en réussissant à disparaître avant l’arrivée de la force chargée de l’arrêter.

Mais cette fois, la situation a été différente. L’armée était déterminée à frapper un coup fort pour libérer les habitants de la Békaa du Nord du joug des trafiquants qui imposent leur loi en utilisant l’argent, ainsi qu’en misant sur la terreur et sur la fibre tribale et clanique très forte chez les grandes familles de cette région. Ali Zeid Ismaïl avait donc, à l’instar d’autres, mais de manière plus structurée et puissante, sa propre milice qui faisait la loi à Hammoudiyé. Et en raison de ses appuis politiques (on parle de la couverture de personnalités haut placées non chiites), il se croyait au-dessus des lois et bénéficiant d’une totale impunité. Il ne croyait pas que le plan de sécurité appliqué par l’armée dans la Békaa, après les élections législatives et à la demande des députés de la région, pouvait remettre en cause son pouvoir. Il n’avait pas pris au sérieux la visite discrète de hauts responsables d’Amal et du Hezbollah au commandant en chef de l’armée pour lui assurer leur appui total à toute opération de l’armée dans la région. C’est ainsi que l’armée a mis sur le coup des unités spéciales composées de forces de commandos héliportées, qui avaient commencé par une longue surveillance des déplacements de Ali Zeid Ismaïl et des membres de son gang. Lorsque les forces spéciales, indépendantes de celles qui sont chargées de l’application du plan de sécurité à Baalbeck et dans ses environs, se sont assurées de la présence d’Ismaïl chez lui, elles ont aussitôt encerclé sa maison et à l’aide de haut-parleurs, elles l’ont appelé à se rendre. Mais le chef de gang a riposté en tirant sur les militaires, contraignant ces derniers à lancer l’assaut contre la maison, faisant ainsi 8 morts dont le chef du gang, ainsi que des membres de sa famille et de son clan.


(Lire aussi : Les habitants de Brital en colère contre l’armée, le Hezbollah, leurs députés et l’État...)


Les habitants du village n’ont pas tout de suite compris ce qui se passait. Ils se sont terrés chez eux, ne croyant pas possible la fin du trafiquant qui leur imposait sa loi depuis des années. Certains n’étaient pas satisfaits parce qu’ils profitaient de ses bienfaits et d’autres étaient inquiets parce qu’ils craignaient d’éventuelles représailles. Mais selon des sources militaires, l’opération de Hammoudiyé n’est pas limitée dans le temps. Il ne s’agit donc pas d’une attaque ponctuelle mais d’un plan permanent. C’est pourquoi les habitants ne devraient pas avoir peur, car l’armée ne compte pas se retirer du village ni de ses environs. Elle bénéficie d’une large couverture politique officielle et partisane pour débarrasser la région du joug des trafiquants et elle n’hésitera pas à frapper lorsqu’elle estimera que les conditions matérielles sont réunies pour le faire.

Sur le plan politique, cette opération et certaines réactions des proches de Ali Zeid Ismaïl ont fait croire que les habitants du village faisaient assumer au Hezbollah la responsabilité de l’opération militaire. En réalité, selon des sources proches de ce parti, ce dernier n’a pas caché qu’il appuyait l’opération destinée à débarrasser la région des trafiquants de drogue. Il appelle depuis longtemps l’État et les forces de sécurité à assumer leurs responsabilités dans la région, comme d’ailleurs dans la banlieue sud et ailleurs. Le Hezbollah sait toutefois qu’il s’agit d’une démarche risquée car les trafiquants ont construit de véritables réseaux dans l’ensemble de la région et ceux qui en profitent ou ceux qui sont liés à eux par des liens tribaux n’accepteront sans doute pas ce changement facilement.


(Lire aussi : Opération contre l’Escobar libanais : L’armée détaille l’identité des huit victimes)


Mais, toujours selon les sources proches du Hezbollah, les partisans des trafiquants doivent comprendre que la situation est désormais différente. Cette fois, l’État et les forces militaires sont déterminés à en finir avec ce phénomène qui a placé cette région sous le joug des gangs, lesquels terrorisent la population. Cette fois, il ne s’agit donc pas d’une opération minimale destinée à arrêter des acteurs secondaires, tout en laissant les têtes s’enfuir. L’armée veut frapper fort et elle ne fera pas de compromis avec les trafiquants qui ne pourront pas non plus faire appel à leurs protecteurs occultes. Selon les mêmes sources, pour quelques personnes qui protestent et brûlent le drapeau du Hezbollah considéré comme complice des militaires ou n’ayant rien fait pour protéger les trafiquants, il y a beaucoup d’autres qui sont soulagées et qui pourront désormais vivre en sécurité, loin de la soumission aux gangs de la drogue. C’est donc un grand changement qui se déroule actuellement dans la région de Baalbeck grâce aux forces militaires. Certains milieux cherchent déjà à l’exploiter politiquement contre le Hezbollah et Amal, mais ces deux formations sont convaincues que le salut des habitants de la région passe par l’État et ses institutions. Pourquoi dans ce cas ont-elles attendu si longtemps avant de réclamer une opération de l’armée contre les trafiquants et leurs gangs ? Les sources proches du Hezbollah répondent que tout au long des dernières années, la priorité de ce parti était à la résistance contre Israël et contre les terroristes takfiristes. Maintenant, la situation est différente...


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Chady

Certains oublient dans quel pays on vie et font porter tous les maux du Liban au Hezbollah, pourtant on ne les a pas vu critiquer aussi farouchement Hariri à Ersal où l’armée avait besoin de son aval la aussi car c’est comme ca que ce pays fonctionne.

gaby sioufi

coup de maitre AVEC L'AVAL du Hezbollah et d’Amal dit s haddad.
FIEREMENT DE PLUS SANS HONTE AUCUNE.
AFFIRMATION/CONFIRMATION S'IL EN FAUT QUE NOTRE GOUVERNEMENT & PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE NE PEUVENT DONNER 1 ORDRE A NOTRE FIERE ARMEE A MOINS DU FEU VERTS DE HEZB & D'AMAL.

GRANDIOSE EST NOTRE NOUVEAU LIBAN .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AVEC L,AVAL DU HEZBOLLAH ET D,AMAL EST UN AFFRONT ET UNE INSULTE... TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD... A NOTRE INSTITUTION MILITAIRE !

Hitti arlette

C'est sous le mandat du président Aoun que cette opération d'une telle envergure vient de se dérouler . Aucun président avant lui n'a eu le cran de faire face à un cas aussi sensible qu'épineux . Le mandat du président fort a , dès son début, marqué des grandes réalisations que beaucoup d'autruches ne veulent pas en reconnaître le bien-fondé. . Toutefois ces derniers devraient aujourd'hui rougir de leurs critiques gratuites et malintentionnées .Bonne journée chère Scarlett .

Irene Said

Tout cela est trop beau pour être vrai...
nous devrions donc aussi remercier le divin Hezbollah et Saint Amal pour avoir "permis et encouragé" cette action de notre Armée Libanaise, dont nous admirons par ailleurs la bravoure et l'efficacité, comme toujours !
Irène Saïd


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