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Liban

Un premier groupe de près de 300 réfugiés syriens à Ersal retournent chez eux

Réfugiés syriens

L’opération a été organisée par la Sûreté générale, en collaboration avec la Croix-Rouge et l’armée libanaise.

29/06/2018

Reporté à plusieurs reprises pour des raisons logistiques notamment, le départ de 294 réfugiés syriens de Ersal vers leurs villages respectifs dans le Qalamoun ouest a enfin eu lieu hier. Une goutte d’eau dans l’océan, le ministère des Affaires étrangères ayant prévu il y a plusieurs semaines déjà de superviser le rapatriement de plus de 3 000 déplacés installés dans cette localité.

C’est vers 11 h du matin que le convoi acheminant les réfugiés s’est dirigé vers la frontière syrienne, empruntant le chemin du jurd, un no man’s land entre le Liban et la Syrie qui sépare les deux frontières. Sur un total de 3 040 inscrits, seuls 380 ont obtenu à ce jour, auprès du régime syrien, l’autorisation de rentrer, le régime ayant « rejeté les autres demandes », selon le député de Ersal, Bakr Hojeiri. Toutefois, la vice-présidente de la municipalité, Rima Karnabi, a assuré que « l’ensemble des personnes inscrites pourront bientôt quitter » la municipalité, ayant obtenu des assurances que le régime syrien serait « prêt à leur octroyer au fur et à mesure les autorisations ». « Ils partiront par groupes successifs dans un laps de temps qui ne sera pas long », a encore affirmé l’édile.

On apprenait également que sur les 380 personnes ayant obtenu l’autorisation de partir hier, 86 ont refusé de quitter les lieux sans les autres membres de leur famille qui ont été écartés des listes officielles. Toujours selon Mme Karnabi, dix-sept autres familles dont les membres n’avaient pas eu le feu vert pour partir avaient également rangé leur tente et s’étaient apprêtées au départ, dans l’espoir de pouvoir se joindre au convoi. Mais la Sûreté générale (SG) les a refoulées.
Le rapatriement a été organisé par la SG, en collaboration avec la municipalité, l’armée et la Croix-Rouge libanaise. Pour sa part, le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) s’est contenté de remplir sa tâche fonctionnelle, celle d’assurer les besoins immédiats des réfugiés, notamment en médicaments et en vaccins, et de s’enquérir sur leurs besoins une fois de retour.


(Reportage : Rentrer en Syrie ou rester au Liban ? Des réfugiés syriens s’expriment)


Le HCR a dit avoir une équipe de représentants à Ersal tout en précisant ne pas être impliqué dans les opérations de rapatriement. « Notre position n’a pas changé. Nous n’avons pas organisé de retours (par le passé), donc nous n’avons pas organisé celui-ci », a indiqué à L’OLJ la porte-parole, Lisa Abou Khaled, qui faisait allusion à de précédentes opérations de retour organisées vers Beit Jinn et vers Assal el-Ward.

L’organisation onusienne, qui affirme que le principe directeur qui gouverne son mandat n’a pas changé – le HCR prône un retour volontaire et sécurisé des réfugiés –, assure régulièrement qu’elle ne s’oppose pas à un départ volontaire, mais n’encourage pas non plus un rapatriement qui n’a pas été effectué selon les standards internationaux que l’organisation est tenue de respecter.

Les équipes de l’ONU en Syrie ont demandé aux autorités de Damas l’autorisation d’accéder aux villes et villages qui accueilleront les réfugiés, situés pour la plupart dans la région montagneuse du Qalamoun. Mais elles n’ont pas encore obtenu la permission, a confié Mme Abou Khaled à L’OLJ. À cette date, le HCR a été autorisé à accéder à la seule localité de Assal el-Ward. Les autorisations requises pour Beit Jinn et le Qalamoun ne leur ont toujours pas été accordées.

Le retour des réfugiés de Ersal, annoncé il y a quelques semaines, a été à l’origine d’une confrontation sans précédent entre le chef de la diplomatie, Gebran Bassil, et le HCR. Au début du mois, M. Bassil avait accusé l’agence onusienne d’entraver le retour volontaire des réfugiés syriens dans leur pays, puis gelé les procédures de renouvellement des permis de séjour de ses employés. À ce jour, la mesure administrative prise à l’encontre des employés de l’organisation n’a toujours pas été levée en dépit des promesses faites en ce sens par M. Bassil il y a près de deux semaines.


(Lire aussi : Pour des réfugiés syriens au Liban, le service militaire freine le rêve du retour)


Le départ
Quatre-vingt-trois véhicules, avec lesquels les réfugiés étaient venus de Syrie et qui, selon Bakr Hojeiri, avaient été préalablement séquestrés par la Sûreté générale, leur ont été rendus pour les besoins du voyage, estimé à un peu moins de deux heures. La municipalité a également loué dix autres camionnettes pour aider à la tâche.
Le cortège – des camions, des vans et des tracteurs – est arrivé dans la matinée dans le secteur vallonné de Wadi Hmayed, près de Ersal, avant de traverser le point de passage de Zamarani puis franchir la frontière.

Avant le départ, les forces de sécurité vérifiaient les papiers d’identité des réfugiés qui s’apprêtaient à partir. Les véhicules étaient chargés de leurs maigres possessions : des matelas, des meubles, des bassines en plastique, comme le note le photographe de l’AFP. Mme Karnabi, qui a accompagné le convoi jusqu’en Syrie, a précisé à L’OLJ que l’armée a été déployée des deux côtés du chemin emprunté, et ce jusqu’à la frontière syrienne, pour encadrer le convoi et s’assurer que les véhicules suivent fidèlement l’itinéraire, sachant que la région est encore truffée de mines. Cette zone a, par le passé, été le théâtre d’affrontements violents avec les forces jihadistes qui s’étaient réfugiés en 2013 dans le jurd.

À Damas, l’agence officielle SANA a indiqué que des centaines de réfugiés étaient arrivés à un poste-frontalier, où des bus devaient les transporter vers leurs villages, dans la région du Qalamoun.

À Ersal, où l’on recense quelque 60 000 réfugiés dont l’avenir est encore indécis, les avis sont partagés. Si leur souhait de rentrer est indiscutable – près de 90 % des Syriens au Liban souhaitent à terme rentrer chez eux, selon un récent sondage du HCR –, il n’en reste pas moins qu’une grande majorité d’entre eux expriment à ce jour des craintes d’un retour vers l’inconnu, affirmant notamment redouter les représailles du régime en place et surtout le problème du service militaire obligatoire. Pour ceux-là, « seule une garantie onusienne » pourrait les convaincre de plier bagage et de rentrer. Il s’agit entre autres des réfugiés en provenance de Qousseir (près de la moitié de l’ensemble des réfugiés à Ersal ) qui, selon les dires de M. Hojeiri, « est détruite à 90 % ». 

D’autres, notamment parmi ceux qui se sont enregistrés, assurent à qui veut l’entendre que la Syrie « est désormais sécurisée ». « C’est le discours que tient notamment l’un des membres du comité organisateur chargé du retour, Khaled Abdel Aziz, dont les trois fils sont membres de l’État islamique. Deux ont été tués et le troisième est actuellement blessé », souligne M. Abdel Aziz.



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yves kerlidou

franchement ce n'est pas la peine de faire un papier pour 300 par contre sur les blocage du gouvernement Syrien ne vous gênez pas ainsi que sur le silence du ministre des affaires étrangères plus enclin à dénoncer le HCR

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DE 3000 A 400 PUIS A 290 SEULEMENT C,EST LE FIASCO POUR CEUX QUI ONT NEGOCIE AVEC LE REGIME CETTE MASCARADE !

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