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Moyen Orient et Monde

Ghouta assiégée : Plus de 20 000 civils fuient Hammouriyeh

Syrie Un nouveau convoi d’aides humanitaires est arrivé hier à Douma.
16/03/2018

Le piège est en train de se refermer sur les habitants de la Ghouta orientale. Le régime syrien contrôle désormais plus de 70 % de la partie rebelle de cette région, aux portes de Damas, a indiqué hier l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Un mois après le lancement de l’offensive aérienne et terrestre par les forces de Bachar el-Assad pour reconquérir le fief insurgé, les habitants se retrouvent aujourd’hui acculés. Selon l’OSDH, près de 1 250 civils, dont plus de 250 enfants, sont morts, et 4 800 personnes ont été blessées depuis le début de l’opération de reconquête. L’enclave, assiégée depuis 2013, est aujourd’hui divisée en trois secteurs par les forces du régime.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, Hammouriyeh a subi un déluge de feu. La ville-clef s’est retrouvée quasiment vidée hier après le départ des forces rebelles de Faylaq al-Rahmane. Plus de 20 000 personnes ont fui la ville ainsi que d’autres localités au sud, en empruntant les couloirs ouverts par le régime. Le 5 mars, à Hammouriyeh, l’OSDH avait recensé 18 cas de suffocation et de difficultés respiratoires après le lancement d’une roquette par un avion militaire.

« Les forces du régime utilisent les civils qui tentent de fuir comme boucliers humains afin de s’emparer de Hammouriyeh. Les crimes des forces d’Assad continuent avec le soutien de Moscou face à la faiblesse de la communauté internationale », confie Wael Alwane, porte-parole de Faylaq al-Rahmane, contacté par L’Orient-Le Jour. Des vidéos circulaient hier sur les réseaux sociaux montrant des centaines et des centaines de familles fuyant avec quelques bagages. À bout de forces après un déferlement de violence inédit en seulement un mois, les civils ont fait le choix de se rendre dans les zones contrôlées par le régime. Un choix qui laisse dubitatifs certains habitants de la Ghouta, pour qui il est hors de question de se rendre.

« J’ai du mal à croire que ces gens ont fui Hammouriyé. On a l’impression d’une mise en scène du régime filmée par lui pour inciter les gens à faire de même », estime pour sa part le docteur Abou Zahar, directeur d’une clinique de Zamalka. Les bombardements n’ont pas épargné sa ville ces derniers jours. « Cela fait 48 heures que nous ne dormons pas. Une partie de la clinique médicale s’est effondrée et des employés sont sous les décombres en ce moment », poursuit le médecin. Selon lui, les raids n’ont pas cessé depuis trois heures du matin. Quinze personnes seraient mortes et 80 autres blessées. « Nous ne savons plus où donner de la tête, les victimes arrivent de partout, et deux de nos ambulances ont été endommagées », dit-il.


(Lire aussi : "C'était l'enfer sur terre" : premières évacuations de civils de la Ghouta)


Livraison chaotique
À Douma, totalement isolée du reste de la Ghouta orientale, des dizaines de personnes nécessitant des soins médicaux ont été évacuées mardi et mercredi avec leurs accompagnateurs. Hier, un nouveau convoi d’aide humanitaire a pu entrer par le point de passage de Wafidine. Vingt-cinq camions d’aide sont ainsi entrés vers 11 heures, chargés de 5 200 colis alimentaires et 5 220 sacs de farine destinés à 26 100 personnes, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Le président du CICR, Peter Maurer, se trouvait lui-même dans le convoi, a indiqué hier le communiqué de la Croix-Rouge. « Il y a trois dossiers cruciaux à améliorer : l’accès de l’aide humanitaire, la protection des civils et les conditions de traitement des détenus », a estimé M. Maurer. « Pendant combien de temps les puissances qui sont derrière ces combats vont-elles les laisser s’éterniser ? » a-t-il ajouté.

Cette troisième livraison d’aides à Douma en dix jours a, comme les fois précédentes, failli tourner court. « La livraison a dû être interrompue à cause d’obus tombés à proximité », témoigne Mohammad Abdelrahmane, un journaliste d’Orient TV contacté via WhatsApp. « Nous avons dû nous abriter immédiatement. Plusieurs personnes ont été touchées. Le message indirect du régime envoyé à la délégation humanitaire est clair : ne réitérez pas l’opération », estime le journaliste, qui précise que la cargaison a dû être déplacée un peu plus loin dans la ville. Le conseil local de Douma devait être en charge de la redistribution des denrées alimentaires à la population. Au téléphone, Assia, jeune habitante de Douma, ne se soucie plus guère de trouver de quoi manger. « On se débrouille. Mais ce n’est pas ça l’important, on se demande tous ce que le destin nous réserve, tant la situation est effrayante. On ne sait pas ce qui se passe. On attend notre tour », confie la jeune femme, qui raconte avoir perdu près de 10 kg en quelques mois. En attendant, elle profite d’une connexion internet devant l’entrée d’un cybercafé, quand les bombardements se font moins intenses. « J’essaie d’avoir des nouvelles de mes frères qui sont à Hammouriyeh, en vain… » confie Assia.



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