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Moyen Orient et Monde

Syrie : Hollande et Macron aussi impuissants l’un que l’autre

Commentaire
13/03/2018

Cela devait certainement le démanger. Accro à la politique et aux commentaires médiatiques, dont il a usé et abusé tout au long de son quinquennat, l’ancien président français François Hollande a jugé urgent de sortir de la réserve qu’il s’était imposée en donnant son premier grand entretien depuis son départ de l’Élysée au journal Le Monde. Publié hier, celui-ci tournait essentiellement autour d’un seul et même sujet, qui semble particulièrement préoccuper l’ancien chef d’État : la Syrie. Rien de très surprenant lorsque l’on se souvient de l’importance qu’il avait accordée à ce dossier durant son quinquennat. Il faut reconnaître à François Hollande qu’il a été l’un des seuls dirigeants occidentaux à être constant sur le sujet, tant dans sa dénonciation des crimes du régime syrien que dans son soutien à l’opposition. Le président français était prêt à « punir » le régime au lendemain des attaques chimiques contre la Ghouta en août 2013, et a dû y renoncer après la volte-face du président américain Barack Obama.

Une fois ces rappels énoncés, force est de constater que l’entretien du président français n’a pas vraiment d’autres intérêts que de critiquer l’action de son successeur, en refaisant, qui plus est, un peu l’histoire. L’ancien chef d’État appelle les Occidentaux à faire davantage pression sur la Russie, qui, « si elle est menaçante, doit être menacée ». Il critique également l’intervention turque contre les Kurdes à Afrine, précisant que « si j’ai soutenu les Kurdes dans le cadre de la coalition, ce n’est pas pour les laisser dans la situation où ils sont ». Alors que les forces loyalistes poursuivent leur opération de destruction dans la Ghouta, François Hollande tance directement la passivité d’Emmanuel Macron, en ajoutant : « Si j’ai été aussi dur sur le régime de Bachar el-Assad, et je l’ai été avec constance, ce n’est pas pour le laisser liquider son opposition et massacrer son peuple », ajoute-t-il. Sur ces trois sujets, François Hollande fait preuve d’une certaine amnésie politique, en tentant de surjouer la rupture avec son successeur.


(Lire aussi : A Douma, « la situation humanitaire et alimentaire a atteint un niveau catastrophique »)


La situation de la Ghouta est largement comparable à ce qui s’était passé à Alep-Est en décembre 2016. François Hollande était président, les Russes étaient à la manœuvre, et Paris s’était montré tout aussi impuissant. De la même façon, l’ancien président français semble oublier qu’Ankara s’est rapproché de Moscou à l’été 2016, justement parce qu’il se sentait trahi par les Occidentaux qui avaient fait le choix de s’appuyer sur les Kurdes syriens dans leur combat contre l’État islamique (EI). La réaction d’Ankara et son basculement dans le giron russe étaient largement prévisibles à ce moment-là.

En visite en Inde, Emmanuel Macron a répondu qu’il ne réagirait pas à ces critiques tout en lançant, comme à l’accoutumée, quelques piques à son prédécesseur. « Ces dernières années, en Syrie, est-ce que l’absence de dialogue complet avec la Russie a permis d’avancer davantage ? Dois-je vous rappeler Alep ? Je n’ai pas l’impression que l’absence de dialogue a permis d’avancer », a-t-il souligné, exagérant à son tour la rupture vis-à-vis de son prédécesseur. Paris parlait avec Moscou avant l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, et avait même tenté de former une alliance avec la Russie en Syrie au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Ce qu’Emmanuel Macron a nommé un « aggiornamento » de la position française par rapport au conflit syrien est davantage une officialisation de l’évolution de la politique de Paris qui s’inscrit, dans les grandes lignes, en continuité de l’action de son prédécesseur. « Il faut être clair, a ajouté hier M. Macron, la France n’interviendra pas militairement sur le sol en Syrie. Je vous le dis très fermement. Et je crois que certaines personnes qui donnent des leçons avaient elles-mêmes décidé la même chose. »


(Lire aussi : À Afrine, le sort des civils en question )


Athènes et Sparte
C’est bien là tout le paradoxe de cette histoire. En critiquant leurs actions respectives, François Hollande et Emmanuel Macron mettent surtout en exergue l’impuissance française depuis déjà plusieurs années en Syrie. Paris essaye d’activer ses leviers diplomatiques, autant que faire se peut. Il ne manque pas une occasion de critiquer les actions du régime et/ou de ses parrains russe et iranien. Mais son impact est limité. « Les concessions faites par la Russie au premier chef, puis par le régime syrien et leur allié iranien ne sont pas suffisantes sur le terrain », reconnaissait hier le chef de l’État français.

À l’instar des autres puissances occidentales, la France ne peut pas se permettre de ne pas parler à Moscou. Mais parler pour tenter de convaincre l’ours russe de faire pression sur le régime ne donne également aucun résultat. C’est là le cœur du problème pour les Occidentaux en Syrie : comment défendre ses intérêts, pousser des pays qui ne comprennent que le rapport de force à faire des concessions quand on a, au préalable, renoncé à utiliser ses outils militaires ? Autrement dit, comment Athènes peut-elle lutter contre Sparte dans l’arène militaire ?


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Bery tus

la France seule pourrait affronter les pays du front du refus toute seule sans aucun pb .. n'oublions pas que c'est la 5 puissances mondiales !! mais la n'est pas le sujet ... la France se soucis en peut plus que les autres de ces allies aux MO en commençant par le Liban et surtout de ses intérêts comme l'on a vue avec l'episode de l'Arabie saoudite et hariri

car oui elle pourrait mais est ce que se sera viable pour ses allies aux MO .. la est la question car comme on le sait tous il y a des milices un peu partout au MO qui sèment la pagaille partout ou elles passent surtout qu'elles sont téléguides par un ETAT tout aussi pernicieux que ses satellites

RAISINS SECS

Super ! Tout est dit dans l'historique des atermoiements français.

Il ne reste plus qu'une seule et petite question Mr Samrani , pourquoi la France est elle autant veule qu'inactive ?

Est ce parce que la France a perdu de sa "puissance" au M.O ? Donc au profit de qui ?
Parce qu'en Afrique Mr Samrani, elle y a été, elle y est et elle y restera tant qu'elle le voudra .
Chez nous au M.O, oh Mon DIEU quelle est petite , toute petite cette France du général de Gaulle.

FAKHOURI

On n'a pas de quoi régler notre énorme dette qui continue de grossir. On s'amuse à donner des leçons sur la Syrie, ils affirment qu'ils donnent des solutions. A part des paroles, ils ne donnent rien. Quant à Hollande , il laisse une France dans un état de faillite. Il cherche par tous qu'on n'oublie pas son quinquennat, alors il fait tout son possible à se justifier. on veut l'oublier

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