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Fuir l'avancée du régime syrien, seul choix pour les habitants de la Ghouta

syrie

"On n'a que ces moutons avec lesquels nous sommes partis".

OLJ/AFP/Hasan Mohammed
08/03/2018

 Le visage émacié, Abou Qassem mène ses moutons au milieu d'immeubles éventrés. Comme lui, d'autres habitants ont fui leur localité dans la Ghouta orientale, de maigres possessions chargées sur des camionnettes ou des chariots pour échapper à l'avancée du régime syrien.

Le pouvoir de Bachar el-Assad a déjà reconquis plus de 50% du dernier fief rebelle aux portes de Damas, à la faveur d'une offensive terrestre et de bombardements aériens d'une rare intensité, qui ont tué quelque 850 civils depuis le 18 février, selon une ONG. Et le régime a désormais pris pied dans le centre de l'enclave, après avoir repris des secteurs dans l'est et le sud-est du bastion rebelle, poussant les habitants à prendre la fuite vers les localités encore sous contrôle rebelle. 

Mercredi, c'est la localité de Beit Sawa, au coeur de la Ghouta orientale, qui a été reconquise, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), après un déluge de feu du régime.

Alors, avant l'arrivée des troupes, Abou Qassem le berger n'a pas eu d'autre choix que de prendre son troupeau et marcher vers Douma, la grande ville de la Ghouta.

"Nous sommes partis de Beit Sawa pour venir jusqu'ici sous les bombardements", lâche Abou Qassem, barbe noire et pommettes saillantes, alors que ses moutons se massent en bêlant derrière lui. "Notre situation est catastrophique. Nous n'avons pas de vêtements, pas de nourriture. Nos affaires, tout est resté là-bas. Nous sommes partis avec ce que nous avons sur le dos", poursuit le berger à la peau mate et aux cheveux en bataille. 

Assiégés depuis 2013, les quelque 400.000 habitants de la partie rebelle de la Ghouta vivent au quotidien de graves pénuries de nourriture et de médicaments.


(Lire aussi : Dans la Ghouta orientale, la trêve n’est qu’une illusion)


Amas de béton
Lundi, l'ONU et des ONG partenaires ont affrété un premier convoi d'aides humanitaires, mais la mission a été abrégée à cause des bombardements à Douma. Un second convoi est prévu jeudi. 

"On n'a que ces moutons avec lesquels nous sommes partis", insiste Abou Qassem, devant un océan de ruines et de désolation, des scènes qui font désormais partie du quotidien des habitants de la Ghouta.

Certaines ruelles sont encore envahies par un amas de béton et de ferraille qu'il faut escalader pour passer, tandis que des pylônes électriques penchent dangereusement de travers.

Sur une petite camionnette qui passe à toute vitesse devant des immeubles à moitié écroulés, de maigres possessions ont été empilées, notamment des tapis. Un peu plus loin, deux hommes font avancer péniblement un chariot chargé de matelas.

Quand une frappe aérienne vient frapper une autre localité au loin, des habitants s'arrêtent brièvement pour observer la colonne de fumée qui s'élève dans le ciel, avant de reprendre la route. Plus de 10.000 personnes ont ainsi été déplacées au sein même de la Ghouta, fuyant l'avancée du régime, selon l'OSDH. 

Plusieurs accidents ont été évités de peu mercredi à Douma, alors que les nouveaux arrivants terrorisés foncent sur les routes à la recherche d'un refuge, selon un correspondant de l'AFP. Et pour Abou Qassem, la pauvreté extrême dans laquelle il se retrouve implique une seule chose: vendre ses moutons à bas prix.  Il cède ainsi deux jeunes agneaux pour 10.000 livres syriennes chacun - soit une trentaine d'euros en tout. 

La tombée de la nuit n'apporte pas de répit dans les bombardements, bien au contraire. Des blessés continuent d'affluer, transportés sur des motos. Même les routes empruntées par les déplacés sont bombardées. Mercredi, au moins 45 civils, dont quatre enfants, ont été tués dans des raids aériens, selon l'OSDH. 


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AIGLEPERçANT

Non mais wait a minute. ... Il n'y a que les civils et les moutons qui fuient l'avancée des forces gouvernementales du héros Bashar ?

Alors contre qui se bat cette force ?

Si vous savez qui ils sont pourquoi vous n'en parlez jamais ?
Voilà pourquoi vos articles ne sont pas crédibles et n'emeuvent pas grand monde.

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