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Moyen Orient et Monde

Et si Washington ne se donnait toujours pas les moyens de sa politique en Syrie ?

Conflit

Malgré plus de clarifications de la part de Tillerson, des zones d’ombre subsistent quant à une stratégie américaine dans la région.

19/01/2018

En un an d’administration Trump, c’est probablement la première fois que la vision américaine en Syrie est aussi clairement définie. Dans une allocution donnée mercredi à l’institut Hoover de l’université de Stanford en Californie, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a tenu à délimiter cinq objectifs et à exposer les différentes manières de les atteindre : annihiler l’État islamique, el-Qaëda et tout groupe susceptible de représenter un danger pour les Américains et leurs alliés ; résoudre le conflit syrien en excluant Bachar el-Assad, à travers une solution politique sous l’égide de l’ONU et suivant la résolution 2254 ; œuvrer pour réduire l’influence iranienne en Syrie et empêcher la concrétisation du désir iranien d’une « autoroute chiite » ; travailler au retour sûr et volontaire de tous les réfugiés et déplacés chez eux ; et, enfin, obtenir l’élimination des armes de destruction massive en Syrie.

Pour atteindre ces objectifs, il s’agit pour les États-Unis de maintenir une présence en Syrie tout en poursuivant les efforts diplomatiques. Il s’agit également, toujours d’après Rex Tillerson, d’éviter de répéter les mêmes erreurs que l’administration Obama en Irak, c’est-à-dire se retirer de Syrie, créant un appel d’air qui permettrait une résurgence de l’EI et d’autres groupes terroristes. La fameuse force frontalière qui fait des remous depuis plusieurs jours fait partie de cette stratégie. Sauf que pour le secrétaire d’État, cette force frontalière n’en est pas une. Elle serait, a-t-il précisé mercredi soir, le simple renforcement d’un groupe armé déjà existant, les Forces démocratiques syriennes (FDS), et non une « armée de 30 000 hommes », comme l’a annoncé la coalition internationale dimanche dernier. Le secrétaire d’État a, par la même occasion, déploré la description qui a été faite de cette force, et qui a suscité l’ire de la Turquie. Est-ce un rétropédalage de la part de l’administration américaine, après le tollé qui a suivi l’annonce de la coalition, ou un malheureux manque de communication, qui a semé la confusion plusieurs jours durant ? Quoi qu’il en soit, M. Tillerson n’a toujours pas réellement clarifié la nature de cette force armée.


(Lire aussi : Pour Florent Parmentier, la Russie « comprend » la Turquie concernant la question kurde)


Zones d’ombre
Donald Trump avait pourtant été clair sur un retrait de la région pendant sa campagne. Des zones d’ombre subsistent donc sur la stratégie que pourrait adopter l’administration américaine, concernant par exemple l’avenir de Bachar el-Assad et les modalités d’un éventuel départ dont M. Tillerson semble certain. Il a cependant appelé à la « patience », comme pour sous-entendre que ce départ ne surviendra pas dans un avenir proche. « Quels que soient les propos de Tillerson, il me semble que la politique de désengagement américaine en Syrie n’a pas changé. Si engagement il y a, il concerne l’EI et le soutien aux FDS qui ont contribué à la victoire contre l’EI », explique Tarek Mitri, ancien ministre et diplomate libanais. « Les Américains ne se donnent pas les moyens d’une politique qui va dans le sens de la recherche d’une solution en Syrie », ajoute-t-il.

État islamique, Iran, Assad : trois entités qui requièrent trois politiques différentes dont il n’est pas sûr que Washington ait les moyens de les mettre en œuvre. Les défaites successives de l’EI en Syrie et en Irak vont probablement mener à une mutation du groupe, qui garde encore des cellules dormantes dans la région. Aucun plan pour l’après-EI n’a été préparé, et encore moins mis en place, dans les deux pays, pour éviter une résurgence du groupe dans les zones qui ont subi son joug, et permis sa montée en puissance. Une solution politique (en Syrie) et une solide stratégie socio-économique à long terme permettraient d’endiguer le phénomène. En restant dans le Nord et l’Est syriens pour aider les FDS, il semble que les Américains aient pour objectif de maintenir une pression sur le gouvernement syrien, mais aussi sur son allié iranien et sa fameuse « autoroute chiite ». Sauf que de telles attentes restent tributaires de paramètres contradictoires. Ankara ne sera jamais favorable à une présence kurde à sa porte. D’autre part, les FDS ne paraissent pas représenter une menace assez sérieuse pour Damas, Moscou ou Téhéran, pour les pousser à faire davantage de concessions à Genève ou ailleurs.



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MIROIR ET ALOUETTE

CE QUE VOUS DITES MME MEDAWAR , EN ENUMERANT LA LISTE DE TILLERSON QUI VOUS PARAIT CLAIRE ? C'EST QUE C'EST CE QUI ETAIT PREVU AU DEPART DU COMPLOT EN 2011 .

LA SEULE CHOSE DE CLAIRE C'EST QUE L'ADMINISTRATION DU DESEQUILIBRE BOUFFON trum-pète , vient d'en parler haut et fort , c'est tout .

En conclusion , ce qui était prévu en 2011 et qui n'a pas marché en 2017 , comment voulez vous que cela marche parce que seulement on le déclare clairement haut et fort ???????

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