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Sit-in contre "le musellement des voix" au Liban : "Nous rejetons cette politique de la terreur"

affaire marcel ghanem

"La lutte pour les libertés publiques est une bataille politique fictive", rétorque le ministre de la Justice, Salim Jreissati.

OLJ
21/12/2017

Des dizaines de représentants d'organisations de la société civile se sont rassemblés jeudi à midi devant le siège du ministère de la Justice, à Beyrouth, afin de dénoncer le "musellement des voix", dans le contexte actuel (affaires Marcel Ghanem et Ahmad Ayoubi, entre autres...) où le contrôle par le pouvoir exécutif des libertés publiques est jugé abusif aux yeux de nombre de Libanais.

"Nous sommes là pour soutenir la liberté d'expression et la liberté de la presse, indique Myrna Karaouni, du parti Sabaa, à notre envoyée sur place Nada Merhi. Malheureusement, les coercitions ont commencé sur les réseaux sociaux et se sont élargies pour englober les médias. Nous rejetons cette politique de la terreur". Et de poursuivre : "Nous craignons que les mesures prises à l'encontre de Marcel Ghanem n'entraînent des mesures similaires à l'égard de tout média ou journaliste opposant".

"Nous refusons la politique de répression et l’État qui s'en prend aux libertés n'hésitera pas à commettre des crimes (...)", a de son côté scandé au micro l'un des manifestants. "Nous appelons à y faire face de manière démocratique et directe", a-t-il martelé.

Le journaliste vedette de la chaîne LBCI Marcel Ghanem est poursuivi pour avoir laissé s'exprimer dans son émission Kalam el-Nass deux journalistes saoudiens qui s'étaient livrés à des attaques personnelles contre le président de la République Michel Aoun, le président du Parlement Nabih Berry, et le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil, les accusant d'être "partenaires du Hezbollah dans le terrorisme". M. Ghanem avait fait l'objet lundi d'un mandat d'amener lancé par le premier juge d'instruction du Mont-Liban. Son avocat, le député Boutros Harb, a de son côté accusé mardi le pouvoir d'instrumentaliser la justice et indiqué qu'il allait demander que le juge d'instruction en charge de l'affaire soit dessaisi de l'affaire.

Lors d'une tournée jeudi au palais de Justice de Zahlé, le ministre de la Justice, Salim Jreissati, a qualifié de "bataille politique fictive" la lutte pour les libertés publiques. "Qu'ils laissent tranquille la Justice et qu'ils disent ce qu'ils veulent", a-t-il martelé. Il a en outre répété que "toute attaque contre la Justice est rejetée". Il a souligné que "si le corps judiciaire a des défauts, il y remédie à travers l'inspection judiciaire".

Boutros Harb n'a pas tardé à répondre aux propos de M. Jreissati. "J'appelle M. Jreissati et ses amis à ôter leur fardeau qui pèse sur la Justice afin que celle-ci puisse s'exprimer au nom du peuple libanais et non pas en leur nom".

Le Premier ministre, Saad Hariri, a de son côté considéré comme "une faute grave l'amplification de cette affaire". "Marcel Ghanem, en tant que journaliste, doit faire en sorte que justice lui soit rendue et je le soutiens", a-t-il ajouté.

Mercredi, le président de la République, Michel Aoun, a insisté sur l'importance pour les juges "de ne pas répondre aux interférences politiques, quelles qu'en soient les provenances". S'exprimant devant une délégation de juges du parquet financier, le chef de l'État a assuré que "personne n'est au-dessus du pouvoir judiciaire qui garantit les droits et préserve les dignités", soulignant que "la limite des libertés médiatiques est la vérité".

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