X

Moyen Orient et Monde

Riyad persiste et signe : Doha doit « changer sa politique »

Crise

Trump soutient l'Arabie saoudite ; Paris appelle au dialogue.

07/06/2017

Le coup de tonnerre qui secoue les monarchies du Golfe et au-delà des frontières du Moyen-Orient depuis lundi continue de faire vibrer la région. Le Qatar doit « changer sa politique », a martelé hier à Paris le chef de la diplomatie saoudienne, dont le pays et ses alliés imposent un blocus au petit État du Golfe, accusé de soutenir le terrorisme. « Ils doivent changer de politique », « arrêter de soutenir les groupes extrémistes, de s'ingérer dans les affaires d'autres pays, arrêter d'encourager des politiques hostiles ou des médias hostiles », a déclaré Adel al-Jubeir à des journalistes à Paris, avant d'ajouter que Doha « soutient le Hamas qui sape l'Autorité palestinienne et dont les dirigeants se trouvent au Qatar », ainsi que « les Frères musulmans que plusieurs pays considèrent comme une organisation terroriste ». Le ministre n'a pas voulu préciser ce qu'il attendait exactement du Qatar : « Il y a plusieurs mesures qui peuvent être prises et ils les connaissent », a-t-il dit.

L'Arabie a bénéficié d'un soutien clair du côté de Washington hier, le président Donald Trump accusant le Qatar, pourtant un allié des États-Unis, de financer les extrémistes, prenant ainsi fait et cause pour Riyad et les pays qui ont rompu avec ce riche émirat gazier du Golfe. Sur Twitter, M. Trump a écrit que l'isolement du Qatar marquera « peut-être le début de la fin de l'horreur du terrorisme », indiquant que « tous les éléments pointent vers le Qatar » dans le financement de l'extrémisme religieux. « Durant mon récent voyage au Moyen-Orient, j'ai affirmé que le financement de l'idéologie radicale devait cesser. Les dirigeants ont montré du doigt le Qatar – Et regardez! » a ajouté le président.

 

(Lire aussi : Les véritables raisons de la colère saoudienne contre le Qatar, le décryptage de Scarlett HADDAD)

 

Allié de Doha et de Riyad
Le Qatar abrite pourtant la plus grande base aérienne américaine dans la région, siège du commandement militaire chargé du Moyen-Orient. La base d'al-Udeid est cruciale pour la lutte contre le groupe jihadiste État islamique en Syrie et Irak, menée par la coalition internationale dirigée par Washington et dont fait partie Doha. Hier, le porte-parole du Pentagone, Jeff David, a estimé que les opérations militaires américaines au Qatar ne sont « pas affectées » par la crise autour de cet État-clef pour le dispositif militaire américain au Moyen-Orient.

« Au niveau des opérations militaires, il n'y a pas eu d'impact », a-t-il déclaré lors d'un point de presse. « Nous continuons d'être reconnaissants envers les Qataris pour leur soutien de longue date à notre présence et nous n'avons pas de projet de changer notre position au Qatar », a-t-il en outre ajouté. Et Heather Nauert, porte-parole du département d'État, a tenu à tempérer la position américaine : « Nous reconnaissons que le Qatar a accompli de gros efforts pour essayer d'enrayer le financement de groupes terroristes. » « Cependant, soyons clairs, ils ont fait des progrès mais il reste beaucoup à faire », a-t-elle dit.

« La rupture avec Doha a sans doute été une initiative de Mohammad ben Salmane (vice-prince héritier d'Arabie saoudite), qui joue à plein la réconciliation avec Washington. Mais cette décision a vraisemblablement été prise sans l'aval des États-Unis », a déclaré à l'AFP Denis Bauchard, chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI). À trop vouloir s'émanciper de Riyad de manière explicite, Doha est mis au ban de la région par Riyad et ses alliés. Le royaume saoudien « s'est senti revigoré par le passage de Trump », adoptant une « position martiale et intransigeante », estime pour sa part David Rigoulet-Roze, chercheur rattaché à l'Institut français d'analyse stratégique et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques, contacté par L'Orient-Le Jour.

Trop proche de Téhéran, trop indépendant, le Qatar paye le prix de ses ambitions, trop grandes, et que lui reproche Riyad. Pourtant, cet émirat n'est pas le seul à avoir tendance à se rapprocher de l'Iran. En la matière, Oman se distingue également de ses voisins dans la région du Golfe. Le cas de Oman, qui fait également partie du Conseil de coopération du Golfe (CCG), « est différent », précise David Rigoulet-Roze. « Le sultanat ibadite mène une politique plus discrète à l'égard de l'Iran », insiste le chercheur.

 

(Lire aussi : Téhéran espère tirer profit de la crise entre Doha et ses voisins)

 

Le Koweït médiateur
Dans ce contexte tendu, certains pays, comme la Turquie et le Koweït, essaient de jouer les médiateurs dans la crise, la plus grave depuis la naissance en 1981 du CCG (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Qatar, Koweït, Oman). L'émir Sabah al-Ahmad al-Sabah est ainsi arrivé hier à Jeddah, dans l'Ouest saoudien, pour rencontrer le roi Salmane. Lundi, l'émir Sabah avait exhorté le Qatar « à la retenue ». Quant au président turc Recep Tayyip Erdogan, il a critiqué hier les sanctions « pas bonnes » prises par l'Arabie saoudite et ses alliés contre le Qatar, pays avec lequel Ankara compte, a-t-il dit, « développer » ses relations. M. Erdogan s'est néanmoins bien gardé d'émettre la moindre critique envers Riyad, appelant les pays membres du CCG à « résoudre leurs différends par la voie du dialogue ».

L'influence de la Turquie et du Koweït sera-t-elle cependant suffisante pour réussir à calmer le jeu ? « Je ne suis pas convaincu du poids que peut avoir Ankara, compte tenu de la position difficile d'Erdogan au niveau interne », rappelle M. Rigoulet-Roze. Quant au Koweït, seul pays du CCG avec Oman à ne pas avoir coupé ses relations avec Doha, il n'en est pas à son premier rôle de médiateur entre les deux rivaux. « C'est une pétromonarchie sunnite et voisine de Riyad qui peut jouer un rôle d'apaisement, mais cela dépend de jusqu'où veut aller l'Arabie saoudite », nuance le chercheur.

 

(Lire aussi : In-fortunes, l'éditorial de Issa GORAIEB)

 

Côté qatari, après avoir d'abord réagi avec colère, Doha a appelé à un « dialogue ouvert et honnête ».
Le président français Emmanuel Macron a également appelé « à l'unité » entre les pays du Golfe, se disant prêt à soutenir « toutes les initiatives pour favoriser l'apaisement » dans cette région en crise, lors d'un entretien téléphonique avec l'émir du Qatar, le cheikh Tamim ben Hamad al-Thani. La France est « embarrassée », estime Denis Bauchard. « Elle a eu plutôt de bonnes relations avec le Qatar » sous Nicolas Sarkozy puis, dans une moindre mesure, sous François Hollande, et « cela a été symbolisé par la vente en 2015 des Rafale, un contrat dont l'artisan était d'ailleurs Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense (et aujourd'hui chef de la diplomatie) », ajoute-t-il.

« C'est un contexte de guerre froide avec des fronts chauds (la Syrie, le Yémen, voire Bahreïn - un "front chaud" gelé avec l'intervention saoudienne en mars 2011) », avance pour sa part M. Rigoulet-Roze. Et malgré les appels à la retenue, « nous ne sommes pas à l'abri d'une étincelle. Il y a récemment eu des achats massifs d'armement et l'histoire nous apprend, hélas, que de tels stocks risquent toujours de finir par être utilisés d'une manière ou d'une autre », déplore le chercheur.

 

 

Lire aussi

Le blocus ne devrait pas menacer les exportations de gaz du Qatar

Dans le gigantesque aéroport Hamad, un calme inquiétant

Quand le funambule qatari vacillel'édito d'Emilie SUEUR

Quelles répercussions de la crise du Golfe sur les Libanais ?

Pourquoi l'axe Riyad/Abou Dhabi/Le Caire tord le bras du Qatar

À Riyad, l’heure n’est plus aux compromis

Si le Liban était notifié d’une demande saoudienne à l’encontre du Qatar, il opterait pour la distanciation

La mise au ban du Qatar pourrait lui coûter très cher

Après les sanctions, les Qataris se ruent sur les supermarchés

Le Conseil des pays du Golfe, une fragile unité à l'épreuve

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL N,Y A PAS QUE DOHA QUI FINANCE ! SAOUDITE ET TURQUIE FINANCAIENT JUSQU,HIER ENCORE... ET PEUT-ETRE AUJOURD,HUI... LES ORGANISATIONS DE L,UNE DES DEUX FACES DE LA MEME MONNAIE... LES AUTRES SONT FINANCES PERSIQUEMENT PAR L,AUTRE FACE DE LA MEME MONNAIE...

ON DIT QUOI ?

Et donc , nous bensaouds on persiste et signe on ne changera pas de politiques, puisquelle est bonne pour le monde , et que nous avons payé 400 milliards usd de taxe pour securiser notre TERRORISME.

Mais trump-pete vient de mettre de l'eau dans son lait d'âne en appelant les 2 terrorismes à l'unité. Lol.

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Les dessous de la parenthèse Mohammad Safadi

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants