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Moyen Orient et Monde

Face à un Erdogan dominateur, une opposition en manque de moyens...

Turquie

Le CHP et le HDP ont déposé hier un recours très incertain pour l'annulation du référendum entaché selon eux de « manipulations ».

19/04/2017

« Manipulations », « irrégularités présumées », besoin d'une « enquête transparente », autant de termes et d'expressions qui rythment la vie politique turque depuis dimanche soir. Le résultat du référendum pour une présidentialisation du pouvoir en faveur du « oui » à hauteur de 51,4 %, selon un décompte non officiel des médias, ne cesse d'être source de controverse au sein des partis d'opposition, le CHP (nationaliste laïc) et le HDP (prokurde), et sur les réseaux sociaux. Le vice-président du CHP, Bülent Tezcan, a ainsi déposé hier un recours auprès du Haut Conseil électoral à Ankara pour demander officiellement l'annulation du référendum. « La volonté nationale a été volée », a déclaré M. Tezcan, dénonçant après le dépôt du recours des « résultats illégitimes ».

Dès l'annonce des résultats, l'opposition avait déjà dénoncé des « manipulations » lors du scrutin, mettant notamment en cause la décision du Haut Conseil électoral de considérer comme valides les bulletins non marqués du sceau officiel des autorités électorales. Le Haut Conseil « a changé les règles en cours de jeu (...). Cela n'est pas quelque chose qui peut être pardonné », a condamné le chef du CHP, Kemal Kiliçdaroglu, dans un entretien publié hier par le quotidien Hürriyet. Cependant, il paraît peu probable que le recours en justice de l'opposition aboutisse à des mesures concrètes. « Au vu de la situation ces derniers mois dans le pays, où les instances judiciaires indépendantes sont en réalité désormais constituées de personnes favorables au régime suite aux purges, on ne peut s'attendre qu'à une réponse dilatoire sans suite », explique à L'Orient-Le Jour Didier Billion, directeur adjoint de l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de la Turquie. De son côté, l'opposition se retrouve dans une position délicate, perdant constamment chaque élection ces dernières années au profit du Parti de la justice et du développement (AKP). « L'opposition doit se remettre en question. De par son comportement, elle est déconnectée de la profondeur de la société turque », insiste Jana Jabbour, chercheur associée à Sciences Po Paris et auteure de La Turquie, l'invention d'une diplomatie émergente (Paris, CNRS), contactée par L'OLJ. En tant que force hégémonique, l'AKP a su s'adresser aux masses populaires et à la périphérie turque.

 

(Lire aussi : Face à une Turquie divisée, Erdogan doit choisir entre l'apaisement et la confrontation)

 

 

Pas « à la hauteur des critères » européens
De son côté, l'Union européenne s'est également manifestée hier au sujet du référendum. « Nous appelons tous les acteurs à faire preuve de retenue et les autorités à lancer une enquête transparente sur les irrégularités présumées qui ont été constatées par les observateurs » internationaux, a déclaré le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas, lors d'un point de presse à Bruxelles. Une mission commune d'observateurs de l'OSCE et du Conseil de l'Europe avait déjà estimé lundi que le scrutin n'avait pas été « à la hauteur des critères » européens, et souligné que la campagne s'était déroulée dans des conditions inéquitables favorisant le camp du oui.

Peu après, la Turquie a rejeté l'appel de l'UE à une enquête sur de présumées irrégularités au référendum sur les pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan, l'enjoignant de respecter l'issue du scrutin. « Une telle déclaration spéculative de la part d'un porte-parole ne peut être acceptée », a déclaré au cours d'une conférence de presse le ministre turc des Affaires européennes, Omer Celik. Il a appelé l'UE à respecter « les processus démocratiques ».

Les remarques des observateurs étrangers avaient provoqué la colère du président turc alors félicité pour sa victoire par ses homologues Donald Trump, lundi, et Vladimir Poutine, hier. M. Erdogan a sommé les observateurs de « rester à (leur) place ». « Nous ne voyons et nous ne tenons pas compte de tout rapport que vous pourriez préparer », a lancé M. Erdogan qui pourrait désormais en théorie rester au pouvoir jusqu'en 2029. « Le président Erdogan instrumentalise le manque de soutien actif du côté des membres de l'UE lors de la tentative de putsch le 16 juillet 2016, souligne Didier Billion. Il estime ainsi ne pas avoir à recevoir de leçon démocratique de la part des Européens. » Faute d'alternative, « les Européens finiront par accepter les résultats de l'élection », observe également Jana Jabbour. « Il est nécessaire pour l'UE et la Turquie d'entretenir de bonnes relations, Ankara attend d'être reconnu en tant que partenaire égal, note-t-elle. Après cela, M. Erdogan sera prêt à faire des concessions. »

 

(Lire aussi : "Erdogan n'est pas seulement le leader de la Turquie, c'est un leader mondial")

 

 

L'état d'urgence reconduit
Malgré les mobilisations civiles et politiques pour dénoncer le déroulement du processus électoral, Ankara maintient une position de fermeté. Le résultat étriqué du vote « signifie qu'une partie de la société turque résiste pacifiquement, mais cela ne changera pas pour autant la manière de gouverner de M. Erdogan », observe Didier Billion.

Le Premier ministre Binali Yildirim a en outre fait savoir que M. Erdogan serait invité, après l'annonce des résultats définitifs fin avril, à réintégrer le parti au pouvoir (AKP) – le président de la République ne pouvait jusqu'alors pas être membre d'un parti –, appliquant ainsi le premier point d'une révision constitutionnelle dont la plupart des volets entreront en vigueur en 2019.

De plus, le quotidien Hürriyet a rapporté hier qu'un remaniement ministériel d'envergure était en préparation et que des législatives anticipées, dès le printemps 2018, n'étaient pas exclues. Le Parlement turc a également approuvé hier la reconduction pour trois mois supplémentaires de l'état d'urgence en vigueur depuis le putsch manqué de juillet, a rapporté l'agence de presse progouvernementale Anadolu. Le Conseil national de sécurité, puis le Conseil des ministres s'étaient déjà prononcés lundi soir en faveur d'une telle prolongation de ce régime d'exception qui, sinon, aurait dû arriver à expiration aujourd'hui.

 

 

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PURGES... MANIPULATIONS... INTIMIDATIONS... FAUX BULLETINS DANS LES URNES... LES CHARGES SONT NOMBREUSES ET LES OBSERVATEURS EUROPEENS ET LOCAUX CONFIRMENT TOUTES CES IRREGULARITES ET BIEN D,AUTRES ... ET DEMANDENT DES INVESTIGATIONS QUE LE MINI SULTAN REJETTE ET ON COMPREND POURQUOI !!! IL VOUE UNE HAINE AU DESPOTE D,A COTE CAR TYRAN DIT-IL ET IL SE COIFFE DU TITRE DE TYRAN LUI-MEME... IL A REUSSI A DIVISER IRREMEDIABLEMENT SON PAYS...

Paul-René Safa

Il fallait vraiment avoir une courte vue pour avoir manqué de prévoir ce qui allait se passer en Turquie. Pourtant tout les indices étaient là dès 2003 lorsque Erdogan a été nommé premier ministre et révélé immédiatement son autoritarisme. Puis toutes les dérives possibles se sont succédé, la laïcité remise en cause, l'armée muselée et purgée massivement, le conservatisme religieux exacerbé, les femmes encore plus privées de leurs droits les plus élémentaires "...selon l'islam le rôle des femmes dans la société est de faire des enfants" et tout le toutim.
Aujourd'hui, investi de tous les pouvoirs, Erdogan devient l'homme le plus dangereux de la planète après le fou-furieux Kim Jong-un.

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