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« Si la Turquie poursuit son processus de russification, elle va s’isoler »

Entretien express

Selon l'agence de presse pro-gouvernementale Anadolu, le « oui » au référendum sur le renforcement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan l'a emporté en Turquie avec 51,34% des suffrages exprimés. Bayram Balci, spécialiste de la Turquie, décrypte les résultats pour L'OLJ.

17/04/2017

Avec cette victoire très serrée, Recep Tayyip Erdogan a-t-il réussi son pari ?
Une victoire du « oui » avec 51%, c'est déjà une forme de désaveu pour Erdogan. Ce n'est pas une vraie réussite, même si l'opposition a une nouvelle fois démontrée son incapacité à former un front commun contre M. Erdogan. L'enjeu est tout de même un changement de constitution, donc il lui aurait fallu un large soutien, ce qui n'est pas le cas. On est très loin des 60% qu'espérait l'AKP (parti au pouvoir). Le recul d'Erdogan se confirme de scrutin en scrutin. Dans les mois à venir, je pense qu'il sera encore en difficulté et la reforme risque d'être contestée.

 

(Reportage : "Erdogan n'est pas seulement le leader de la Turquie, c'est un leader mondial")

 

Istanbul, Ankara, et Izmir ont voté en faveur du « non » à une courte majorité, comment l'expliquez-vous?
Je ne pense pas qu'il y ait une segmentation entre zones rurales et zones urbaines, mais plus une polarisation en fonction des configurations régionales. Les régions côtières ont toujours été hostiles à l'AKP et ça se confirme.
Pour les cas d'Istanbul et d'Ankara, ça me semble être un vrai désaveu envers M. Erdogan puisque d'habitude ce sont des villes où l'AKP réalise de très bons scores.

 

(Lire aussi : Un Erdogan renforcé suscite des craintes pour l'héritage d'Atatürk)

 

Les résultats dans les provinces kurdes sont également assez surprenants. Le « non » l'a emporté d'une courte tête alors que le HDP (parti pro-Kurde) était persuadé d'obtenir 80% de « non » dans ces régions. Cela montre à quel point la politique de violence et de guérilla urbaine orchestrée par le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), comme une forme de soutien au HDP, a finalement desservi ce dernier. De manière plus générale, les indécis ont peut être estimé que l'opposition n'avait pas de projet alternatif, ce qui a fait pencher la balance en faveur du «oui».

 

 

 

Quelles peuvent être les conséquences de cette polarisation extrême de l'électorat turc ?
La question qui se pose aujourd'hui est celle de la pérennité de ce processus. Autrement dit : est-ce que la réforme va transformer le modèle turc dans la durée? Pour ma part, je pense que ce régime va durer et se renforcer avec le temps. Ce nouveau système turc est calqué sur le modèle russe. Mais les deux pays sont très différents. Si la Turquie poursuit son processus de russification, elle va s'isoler, et continuer à détériorer ses relations avec l'Europe, ce qui aura de graves conséquences sur son économie. Avec ce nouveau système, il n'y a plus de garde-fou, plus de contre pouvoir. Avec la réforme, pour mettre en difficulté le président, il faudra rassembler 400 députés sur 600, ce qui est très difficile.

 

 

 

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Gebran Eid

AU CONTRAIRE, IL VA POMPER L'ARGENT DES SAOUDIENS, UN AUTRE PAYS QUI LE SOUTIENT. LA SOLIDARITÉ SUNNITE COMPTE. HIHI

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