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Liban

Mikati à « L’OLJ » : L’atmosphère actuelle est aux bras de fer, non à l’entente

Rencontre
16/02/2017

De la tour vitrée qui abrite ses bureaux et qui porte son nom, l'ancien Premier ministre Nagib Mikati a une vue plongeante sur le centre-ville, ses bâtiments officiels et ses remous. C'est d'ailleurs avec une certaine hauteur qu'il évoque pour L'Orient-Le Jour les questions d'actualité politique, notamment la loi électorale, se plaçant au-dessus de la mêlée, même si certaines blessures qui remontent à la période particulièrement agitée de son second gouvernement ont du mal à cicatriser. Tout en se préparant à la bataille électorale à Tripoli, il affirme que les alliances dépendront de la loi. Mais il ne cache pas son inquiétude sur les débats actuels qui tiennent davantage « des bras de fer que d'une volonté d'aboutir à une entente ».

À quelques mois (en principe) des législatives, Nagib Mikati met en avant les réalisations de son gouvernement, en dépit de circonstances particulièrement compliquées. Dès sa seconde désignation à la présidence du Conseil en février 2011 jusqu'à la démission de son gouvernement trois ans plus tard, il a en effet subi des attaques d'une violence sans précédent de la part du courant du Futur au point que la rue s'était embrasée à Tripoli, alors que la crise syrienne qui venait de commencer avait aiguisé les divisions internes et provoqué les premiers flots de déplacés.

 

(Lire aussi : Le Hezbollah fait main basse sur les positions de Aoun, le Futur temporise)

 

Aujourd'hui, Nagib Mikati ne veut plus s'attarder sur cette période agitée. Il a assaini ses relations avec le Premier ministre Saad Hariri avant même le retour de ce dernier au Sérail, sur une initiative de son successeur Tammam Salam qui avait décidé de convier les deux hommes chez lui à la veille des élections municipales du printemps dernier. Nagib Mikati et Saad Hariri avaient même conclu une alliance pour ces élections, mais elle n'a pas eu les résultats escomptés, puisque en définitive, seuls les candidats du premier (8) sur la liste de coalition ont été élus, alors que ceux du courant du Futur n'ont pas eu cette chance. L'ancien Premier ministre affirme aujourd'hui qu'il a lui aussi fait les frais de cette alliance, car les Tripolitains ont voulu à travers ce scrutin sanctionner le courant du Futur. Est-ce un message pour les élections législatives qui doivent se tenir cette année ? Nagib Mikati refuse de se prononcer et se contente de déclarer qu'il n'utilisera jamais contre les autres composantes du pays, qu'elles soient partenaires ou rivales, les mêmes méthodes que celles qui ont été utilisées pour combattre son gouvernement.

Aujourd'hui, ce qui importe pour lui, c'est qu'une nouvelle loi électorale soit adoptée. Les alliances électorales se dessineront après.
L'ancien Premier ministre se déclare inquiet des prises de position actuelles des différentes parties, craignant que « l'objectif caché de chacune d'elles soit de casser les autres en utilisant une politique de vexations ». « On dirait que chaque partie souhaite s'engager dans un bras de fer avec les autres, dit-il, alors que nous avons besoin d'entente, non de défis. »

Par contre, il se déclare satisfait de voir que le projet présenté par son gouvernement est de nouveau sur la table, rappelant que le ministre de l'Intérieur de l'époque Marwan Charbel y avait travaillé assidûment pendant des semaines, tout en maintenant un contact régulier avec lui et le président Michel Sleiman. Selon Nagib Mikati, le scrutin basé sur la proportionnelle est le plus équitable, car il permet à toutes les composantes d'être représentées au Parlement, chacune selon son poids populaire. « Le ministre de l'Intérieur, dit-il, nous avait proposé six formules de découpage des circonscriptions. Nous avons finalement élaboré une septième qui détachait Baabda de Aley après les protestations du chef du PSP Walid Joumblatt. Ce qui avait d'ailleurs poussé ce dernier à atténuer son opposition au projet en se contentant d'afficher des réserves sur le mode proportionnel. » Pour l'ancien Premier ministre, le projet reste valable et le gouvernement peut modifier le découpage des circonscriptions ainsi que le nombre ou même le principe des voix préférentielles (le projet du gouvernement Mikati en avait prévu deux).

 

(Lire aussi : Saad Hariri inflexible sur Assad et les armes illégales)

 

Nagib Mikati insiste sur le fait que ce projet reste le plus adéquat aujourd'hui, précisant que ceux qui craignent la prolifération des petits blocs parlementaires à cause du mode de scrutin proportionnel ne doivent pas oublier que les petits blocs peuvent nouer des alliances ou faire des fusions, ou encore s'allier à de plus grands.

L'ancien Premier ministre rappelle que le bloc du Changement et de la Réforme était largement représenté dans son gouvernement et qu'il avait alors appuyé ce projet de loi, insistant seulement sur le fait d'augmenter le nombre des circonscriptions de 13 à 15. Ce bloc devrait donc appuyer ce projet aujourd'hui, comme hier. Il s'élève toutefois contre la menace du président de préférer le vide à une prorogation du mandat du Parlement ou à l'organisation des élections sur la base de la loi actuelle. Selon lui, la Constitution ne prévoit pas de vide et le chef de l'État a prêté serment pour la protéger et l'appliquer. Il émet aussi des réserves sur la possibilité d'organiser un référendum sur la loi électorale, précisant que comme la Constitution ne prévoit pas ce mode de consultation populaire, il faudra donc prévoir un mécanisme et assurer des fonds. Bref, selon lui, « ce sont des idées qui compliquent la situation au lieu d'apporter des solutions ».

Nagib Mikati refuse en outre de se lancer dans des supputations sur la bataille de Tripoli, qualifiée par les analystes de « mère des batailles ». « Toutes les batailles sont aujourd'hui importantes et féroces, déclare-t-il. Beaucoup de choses ont changé depuis la date des dernières élections, il y a huit ans, et de nombreux jeunes ont atteint l'âge de vote, alors qu'on ne connaît pas vraiment leurs tendances. C'est pourquoi les enjeux sont importants, parce qu'il y a beaucoup d'inconnues. »
L'ancien chef de gouvernement se veut malgré tout confiant au sujet de sa popularité dans la capitale du Nord, rappelant que le gouvernement qu'il présidait avait décidé de consacrer la somme de cent millions de dollars pour le développement de Tripoli. Cette décision existe toujours et la plus grande partie de la somme n'a pas été dépensée. De même, l'association qu'il a fondée a contribué à la réhabilitation de la plupart des écoles et des églises de Tripoli. « De toute façon, dit-il, les Tripolitains le savent et je n'ai aucun doute sur leur loyauté. »

 

(Lire aussi : D'après la 1701, l'État libanais détient à lui seul le monopole des armes, souligne le bloc du Futur)

 

Revenant sur ses alliances électorales, Nagib Mikati refuse de se prononcer, mais il n'exclut aucune possibilité. Les responsables saoudiens pourraient-ils lui demander de s'allier au courant du Futur ? « Les dirigeants saoudiens sont à égale distance de toutes les parties libanaises, notamment les sunnites, dit-il, et le ministre saoudien (Thamer al-Sabhane) a vu au cours de sa dernière visite pratiquement tout le monde. »
À la question de savoir s'il a consacré un budget précis à la campagne électorale, il se contente de sourire et précise qu'il ne devrait pas y avoir cette année de l'argent en provenance de l'étranger.
Que pense-t-il du dialogue entre le courant du Futur et le Hezbollah alors qu'il avait été lui-même accusé d'être à la solde de ce parti, parce qu'il avait présidé un gouvernement avec des ministres du Hezbollah ? Nagib Mikati hausse les épaules : « Je suis pour le dialogue entre toutes les parties, à condition de ne pas renoncer à ses principes. En ce qui me concerne, je suis ouvert à tous et mon seul souci est de préserver les prérogatives de la présidence du Conseil, qui est une institution nationale. »

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Sacré" Little big Mik, va !
"Irrésistible", çuilà !

George Khoury

judas iscariote je te vois!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BRAS DE FERS AU LIEU DE BRAS DE FRERES, IL EN FUT MALHEUREUSEMENT AINSI TOUJOURS...

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