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Lifestyle - Beyrouth insight

Antoine Salamé, alias KREM2

KREM2, plus jeune graffeur en ville, sévit prudemment, au grand bonheur des citadins.

Les murs de KREM2.

Il travaille under cover, même si c'est de jour. Grand, fin, 1,80m environ, il avance masqué, non pas pour se cacher, mais pour se protéger des effluves nocifs des aérosols, son arme préférée. Son code name est KREM2. Avec cette signature, qui est à chaque fois une œuvre artistique presque improvisée, souvent éphémère, Antoine Salamé, 16 ans en septembre, dépose son empreinte sur les murs décrépis de la ville en leur donnant une nouvelle vie.

On l'aura compris, cet élève de première littéraire est un tagueur, un fou du geste pas si rapide, même si nerveux (un dessin lui demande entre 3 et 4 heures) ; fou de ce graphisme particulier qui met en avant des compositions, des possibilités illimitées autour d'un mot magique, et une nouvelle identité qu'il s'est donné.

Pourtant, Antoine Salamé n'avait jamais dessiné auparavant. Même pas gribouillé des esquisses. C'est en 2012, alors qu'il observe un futur confrère à l'œuvre, qu'il sent en lui l'envie naître, puis très vite grandir. Il commence à s'entraîner seul, sur du papier, sans vraiment savoir comment apprivoiser les lettres de l'alphabet.

Son premier travail réel se fera l'année suivante. Il a 13 ans et une folle passion à découvrir et épanouir. Faceau Forum de Beyrouth, il trouve un coin de mur et s'applique en 15 minutes, en pleine journée, à taguer le mot SK8, comprenez Skate, assisté par sa famille qui fait souvent partie de ses pérégrinations dans la ville. «Ce n'était pas très beau, confie-t-il d'une voix en métamorphose. Je signais alors ENIOTNA.» Pourquoi ce nom bizarre? «C'est Antoine en inversé, répond-il tout simplement. J'ai changé parce que les lettres étaient difficiles à associer. KREM2, c'est juste graphique, visuel. Les lettres vont mieux ensemble. Le mot est plus court et demande 6 à 8 bonbonnes de spray au lieu de 14», précise-t-il.

 

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Des lettres et des mots
Pas de messages politiques pour Antoine. Ce sont des «exercices de style» autour de KREM2, ou d'autres mots, toujours courts, et une belle maîtrise de la ligne et de la couleur, acquis en s'exerçant (et en laissant de belles traces) à Borj Hammoud, à Mkalès, à l'atelier de son père ou celui de son grand-père. Parfois un personnage se glisse, qui lui ressemble. Un ado de son temps, également grand et fin. «Je me suis beaucoup entraîné sur du papier, sur des morceaux de bois, à la maison, pour apprendre à faire des lignes plus propres, plus nettes.»

«Ne parlons pas de l'état de la maison, renchérit le père, assistant dans l'ombre et fan des premières heures. Une bonbonne de couleur a explosé alors qu'il essayait de l'ouvrir! Il y a du mauve partout, sur l'évier, les étagères, la chambre à coucher!» Le jeune tagueur va également revisiter le capot d'une voiture, une commande privée.

Mais c'est sa rencontre avec PHAT2, une signature célèbre dans l'univers des graffeurs libanais, qui va lui apporter le regard et la technique nécessaires pour se lancer, plus sûr, dans l'aventure. «Il m'a appris comment tracer la lettre», explique-t-il, démonstration à l'appui sur un petit bout de papier, du bout de ses doigts aussi fins que lui, recouverts par endroits de légères traces de peinture qui trahissent les heures qu'il passe à s'entraîner. «J'ai économisé beaucoup de temps sinon je serai encore moins structuré.» Conforté dans son envie d'appartenir à ce cercle et cette culture, Antoine Salamé poursuit ses «sorties», heureux de constater que les autorités libanaises sont en général assez permissives avec les artistes de rue.

 

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«Chaque graffeur le fait pour des raisons qui lui sont propres. Certains taguent leur révolte, d'autres, comme moi, pour le plaisir. Je ne suis pas dans le vandalisme, poursuit-il. Au Liban, il vaut mieux garder la scène comme elle est. L'ambiance est cool, amicale. Si on commence à salir, les choses seront beaucoup plus désagréables. Mais si on arrive à le légaliser, ce serait encore plus agréable et intéressant pour nous, on pourrait réellement prendre notre temps pour finir un dessin.»

En 2015, dans le cadre du Garden Show, il s'essaie aux commandes, même si, dans le fond, il ne voudrait pas en faire un exercice commercial, le jeune homme se sent beaucoup plus heureux en participant à des concours – il a été second à celui organisé par PHAT2 à Mar Mikhaël en 2015. «Le graffiti encourage l'esprit d'équipe et la solidarité; ce n'est pas un travail en solitaire. Il faut beaucoup de persévérance et de nombreuses années d'expérience...»

Ce qu'il veut faire (un peu) plus tard? «Graphic designer et business, en même temps» lâche-t-il, pressé de trouver un nouveau spot pour déposer, au plus vite, ses couleurs. «Passe ton bac d'abord!», lui répond son père, fier tout de même de voir le talent de son jeune garçon d'à peine 16 ans.

 

 

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