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Culture

Chacun est-il libre de se réapproprier les places publiques de Beyrouth ?

Biennale de Paris à Beyrouth
Mira TFAILY | OLJ
02/07/2016

Beyrouth, les escaliers multicolores de Gemmayzé, les ruelles tortueuses de Basta, les plages privatisées de Raouché, la foule hétéroclite qui se presse à Manara. Beyrouth et ses jardins disparates, ses autoroutes toxiques qui la tranchent de part en part, sa place de l'Étoile entourée de checkpoints militaires hostiles. La question de l'espace public est au cœur des préoccupations urbaines de la capitale. Le projet des sessionnistes de l'Iheap (Institut des hautes études en arts plastiques de Paris), « Place publique », lors de la Biennale de Paris à Beyrouth, a proposé, en cinq étapes, un protocole collectif afin de créer une nouvelle place, espace de passage et de rassemblement, et de l'inscrire au cadastre de la ville. Le choix du lieu sera déterminé après l'exploration des rues par les promeneurs-explorateurs qui observent la jungle des artères, certains pour la première fois, sans aide locale aucune et uniquement armés de leurs cartes, de leur bonne volonté, et des indications des services bringuebalants.

 

Pas de place publique à Beyrouth ?
« Nous avons constaté qu'il n'y avait pas de place publique à Beyrouth », explique Thibault Laget-Ro, l'un des coordinateurs du projet, qui a été pensé loin du Liban, sans expérience des problématiques et de la géographie de la capitale. N'importe quel promeneur peut, pourtant, au fil de ses déambulations, croiser d'innombrables places à Beyrouth, qui accueillent des flâneurs nonchalants à Geitawi, des enfants en roller à Aïn el-Mreyssé, ou des déambulateurs indolents au centre-ville, venus autant pour voir qu'être vus. « Une place peut ne pas être perçue en tant que telle par ceux qui la fréquentent. Elle peut l'être, mais plus par les visiteurs ou touristes qui peuvent l'imaginer ainsi », répond-t-il. C'est selon les instigateurs du projet ce « regard neuf » et ce protocole administratif qui pourrait permettre à n'importe qui de se réapproprier l'espace public à Beyrouth.

 

Journées étendues et nuits debout
Le projet « Place publique » était au départ destiné à offrir un regard nouveau sur ce que les habitants croisent tous les jours. « Le quotidien étouffe souvent les perceptions et les possibilités », poursuit Thibault Laget-Ro. Les sessionnistes ont pu se confronter à la réalité de la ville et repenser leur projet avec un éclairage plus pragmatique et plus informé. Plusieurs options sont désormais envisagées, comme la création d'une place publique à Aïn el-Mreyssé, ou encore le dessin d'une estrade en perspective sur un autre sol afin d'offrir un espace de parole aux citoyens. Mais est-ce en dessinant une estrade au sol que l'on en fait une tribune ? Et la place de Aïn el-Mreyssé, bien que parfois trouble et incertaine, n'est-elle pas déjà publique par essence ?
Il s'agit finalement pour les coordinateurs du projet d'instiguer un espace public où chacun se sentirait libre de venir s'exprimer et affirmer son identité. Endroit partagé par tous et qui n'appartient à personne, où chacun est libre de circuler, de flâner, de passer ses nuits debout et ses journées étendu, dans cette langueur et cette effervescence qui caractérisent si bien la ville.

 

Ouvrir les yeux
Une question se pose cependant : si une place publique est par définition le lieu, accessible à tous, où peut se manifester spontanément un fait social, est-il possible d'en générer une artificiellement ? L'inscription au cadastre de Beyrouth d'une nouvelle place la transformera-t-elle automatiquement de lieu de passage à forum effervescent ? On sait qu'à Beyrouth, l'espace public n'a parfois de public que le nom, à l'image de la place de l'Étoile, entourée de checkpoints et où les manifestations sont interdites. Ici, la réappropriation des rues et des espaces par les Libanais est toujours spontanée, à travers les graffitis qui habitent les bâtiments, les squats transformés en résidence d'artistes, les flâneurs assis sur les escaliers de Mar Nicolas qui fument tranquillement leurs cigarettes sans avoir l'air d'être jamais partis. Les agoras à Beyrouth ne sont pas agonisantes ; elles se trouvent simplement à des endroits où on ne les attend pas.

 

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