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Liban - Crise des déchets

Dans les coulisses du recyclage : Un grand centre de tri, le nouveau projet majeur de L'Écoute (V)

« Triez chez vous », « Envoyez vos produits recyclables aux usines de recyclage pour réduire le volume des déchets »... Combien de fois avez-vous entendu ces conseils sans vraiment savoir ce qui se cache derrière le mot « recyclage », devenu de plus en plus populaire depuis l'interminable crise des déchets dont les conséquences durent depuis juillet 2015 ? Afin de donner des noms et des visages à ceux qui pratiquent la récupération, le tri dans les centres et le recyclage au Liban, « L'Orient-Le Jour » a lancé une série de reportages dans quelques-unes des usines du pays (voir « L'Orient-Le Jour » des vendredi 7, samedi 8 octobre, mercredi 12 et vendredi 14 octobre). Outre l'intention d'humaniser le métier, cette série vise à montrer que le recyclage constitue réellement une industrie florissante au potentiel considérable, à condition d'attirer la matière première... qui se trouve chez chacun d'entre nous ! En nettoyant par le fait même la nature. Quoi de plus urgent pour inverser la tendance et contrer les plans nuisibles à l'environnement et marqués par la corruption ?

L'association L'Écoute, dédiée aux personnes à besoins spécifiques et présidée par le père Jean-Marie Chami, œuvrant grâce à l'activité d'une trentaine de volontaires actifs, a mis en place un nouveau projet : créer un lieu d'accueil pour y concentrer toutes ses activités. Un lieu qui regroupera les différents ateliers de l'association (recyclage, audiovisuel, graphique, broderie, peinture sur céramique...) et qui sera accessible à tous. Un jardin biologique sera également mis en place dans un but non commercial, afin de rendre service aux membres de l'association en leur assurant une source de légumes à prix réduit.
Pour cela, une surface de trois mille mètres carrés a été louée par l'association à Aïn Saadé (Metn).

L'association profitera d'une période de grâce qui lui a été accordée avant de commencer à payer le loyer, ce qui lui permettra de mettre en place son ambitieux projet. N'ayant toujours pas les moyens financiers pour venir à bout de son projet, L'Écoute a lancé un appel à l'aide. Elle compte principalement sur des volontaires travaillant dans différentes usines, sur des architectes, des ingénieurs, des techniciens, qui font partie de ses membres et qui œuvreront pour que le centre voie le jour le plus rapidement possible. « Nous comptons sur la providence, et sur l'aide des gens », déclare le père Chami.
Le président de l'association lance des appels pour encourager les gens au volontariat ponctuellement (e-mails, lettres, WhatsApp), se limitant toutefois à ses contacts. L'Écoute compte ainsi sur la charité, non seulement pour les dons matériels mais pour les services aussi.

Largement restructurée depuis la crise des déchets au Liban, en raison d'un besoin accru de collecte différenciée au niveau de la population, l'association a dû agrandir son projet de collecte, tri et acheminement des déchets solides recyclables – en excluant les matières organiques. Dans ce contexte, le projet de l'association visant à obtenir un terrain plus vaste pour y concentrer l'intégralité de l'activité de recyclage constitue la pierre angulaire de son nouveau projet. L'objectif est de faire de ce centre un lieu d'accueil pour y exercer une sensibilisation à ces pratiques, notamment au bénéfice des écoliers.
Forte de ses partenariats avec plus de 55 institutions (La Sagesse, Saints-Cœurs, Sainte-Famille française, Irap...), l'association a mis en place ce système dans le centre de tri situé à Hadeth. Les écoliers et étudiants provenant de ces différentes institutions participent à des sessions de formation à durée déterminée, et repartent avec une attestation.

 

(Lire aussi : Jugerons-nous un jour nos responsables pour tant d’imprévoyance criminelle ?)

 

« Travailler l'écologie au service de l'être humain »
Le recyclage est l'une des activités phares de L'Écoute, mise en place il y a quatorze ans, quand le père Jean-Marie Chami a instauré un système de collecte pour desservir ses paroissiens. Le projet de recyclage, qui a fait l'objet d'articles annuels dans L'Orient-Le Jour, se poursuit depuis un an et demi à Hadeth. Le système fonctionne comme suit : une équipe se rend dans les foyers desservis pour collecter les matières recyclables, alors qu'une autre reste sur place pour les trier. Le but final n'est pas « le recyclage pour le recyclage », mais d'engendrer des bénéfices à mettre au profit des gens dans le besoin, notamment des jeunes à besoins spéciaux, tout en contribuant à la propreté de l'environnement. « Travailler l'écologie au service de l'être humain » est le slogan de cette association pas comme les autres.

Les malentendants et les handicapés en général ont du mal à se tailler une place sur le marché du travail. L'atelier de tri et de recyclage est donc « un centre d'aide par le travail », permettant à ces jeunes d'avancer psychologiquement grâce à une contribution à la vie active. Le système de volontariat est, lui, ouvert à tous, qu'ils soient handicapés ou non. « Après 30 années de services dans ce domaine, je constate que nous sommes tous égaux, qu'on ait un handicap ou pas, explique le père Chami. Le volontariat, c'est pour tout le monde. »

 

« À travers les déchets on peut aider »
Trier et recycler signifie aussi récupérer. Il s'agit d'un système baptisé en anglais « Upcycling ». Un grand nombre de détritus peuvent être réutilisés : lampe, table, armoire, porte-crayon, pose-livre... Il y a des idées ! Et L'Écoute les met au service du public. Les objets ainsi créés grâce au recyclage peuvent être ensuite vendus, parfois à des prix vraiment avantageux. Quant aux matières récupérées, elles peuvent servir à des usines qui, en échange, rendront service au pourvoyeur par une aide ou un don matériel.
« Je crois à la collectivité », insiste le père Chami. Et pour le moment, ça fonctionne. Il donne l'exemple des fauteuils roulants électriques que L'Écoute s'efforce d'assurer à des personnes handicapées : pour collecter la somme nécessaire afin d'en acquérir un, l'association doit revendre 2 500 000 canettes à des usines qui utilisent l'aluminium en tant que matière première. Le coordinateur de l'association, Charbel, un jeune homme tétraplégique, a commencé la collecte chez lui. Avec l'aide des autres membres, il lui a fallu un mois seulement pour récolter le nombre de canettes nécessaires en vue de se procurer son fauteuil électrique.Du 23 au 27 novembre, l'association sera présente dans la « Art Living Exhibition » avec des œuvres faites à partir de matières recyclées, « upcycling ».

www.lecoute-ls.org
[email protected]

 

 

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