Liban

Déchets : les Kataëb lèvent le sit-in, mais poursuivent « la lutte contre la corruption »

crise

Le blocage de la décharge terminé, la réouverture de l'aire de stockage dépend d'une réponse du Tachnag aujourd'hui.

12/09/2016

Après plusieurs semaines de blocage de la route du chantier de la décharge de Bourj Hammoud, le parti Kataëb a annoncé hier qu'il levait son sit-in. Cette décision intervient après d'intenses contacts politiques et des propositions de modification du plan gouvernemental de gestion des déchets présentées la semaine dernière par le ministre de l'Agriculture Akram Chehayeb, chargé du dossier. Ce blocage de la décharge est intervenu, rappelons-le, en signe de protestation contre un projet jugé dangereux pour l'environnement et la santé. Le parti Tachnag, mécontent de ce blocage, avait fermé l'aire de stockage temporaire adjacente au chantier, provoquant un nouvel amoncellement des déchets dans les rues du Metn et du Kesrouan.

Les propositions d'Akram Chehayeb incluent une réduction de la durée du plan temporaire d'enfouissement de quatre années à dix-huit mois, ainsi qu'une accélération de la décentralisation de la gestion des déchets par un renforcement des capacités des municipalités dans ce domaine. Mais pas de changement radical, soulignent les observateurs, dans le plan adopté en mars dernier par le gouvernement, et fondé sur la construction de deux décharges côtières, l'une à Bourj Hammoud-Jdeidé et l'autre à Costa Brava (Choueifate), impliquant un remblayage de la mer.

Vers quoi se dirige-t-on donc dans cet épineux dossier des déchets ? Selon des informations relayées par la chaîne LBCI, Akram Chehayeb devrait tenir incessamment une réunion du comité de suivi du plan gouvernemental de gestion des déchets pour décider de la date de reprise de la collecte. Des sources bien informées indiquent à L'Orient-Le Jour que le dossier sera sur la table la semaine prochaine, et que des cadres aounistes seront chargés de coordonner avec le parti Kataëb, afin de rapprocher les points de vue dans ce domaine.

 

(Voir aussi : "Nos poubelles sont plus propres que nos politiciens !" : paroles de Libanais excédés)

 

Le train de la décentralisation « en marche »
C'est donc lors d'une conférence de presse tenue hier au lieu même du sit-in que le président du parti Kataëb, Samy Gemayel, a annoncé la fin du blocage, en présence des écologistes qui ont participé au mouvement de protestation. Le député du Metn a annoncé que « la campagne contre la corruption se poursuit », estimant que « le train de la décentralisation de la gestion des déchets est en marche, et personne ne l'arrêtera, car il est plus puissant que les corrompus ».

Se félicitant des initiatives de certaines municipalités et fédérations de municipalités qui ont désormais leurs propres projets de gestion des déchets, il a estimé que son parti « a combattu seul le pouvoir politique, en dépit des sommes monumentales versées dans des campagnes médiatiques visant à mobiliser l'opinion publique contre notre mouvement ». Il a insisté sur le fait que la corruption ronge les contrats de traitement et de collecte des déchets, comme ceux de la construction des deux décharges (par des sociétés privées suite à des appels d'offres). « Ils ont combattu la décentralisation parce qu'elle va à l'encontre des marchés qu'ils ont conclus, mais ceux-ci appartiendront au passé dès que la décentralisation sera lancée », a-t-il estimé.
Et d'ajouter, à l'intention des municipalités : « Nous resterons, ainsi que la société civile, vigilants à l'encontre de tous ceux qui voudront vous empêcher de construire vos propres usines. » Il a révélé que les contacts du ministre de l'Éducation Élias Bou Saab avec l'Union européenne (UE) ont montré que cet organisme est prêt à financer des projets dans les régions.

 

(Pour mémoire : Les Kataëb appellent à la création d’usines de tri et de traitement, contrôlées par les municipalités)

 

Les trois questions du Tachnag
Si les Kataëb décident de suspendre leur sit-in, cela signifie-t-il que le Tachnag va automatiquement ouvrir la route de l'aire de stockage, dont la fermeture a été à l'origine de cette nouvelle crise des déchets dans le Mont-Liban ? La question est cruciale pour tous les habitants paniqués par la prolifération des ordures ménagères dans les rues du Mont-Liban.

Interrogé sur ce point par L'OLJ, Avedis Guidanian, secrétaire général adjoint du parti Tachnag, affirme que la position du parti sera connue aujourd'hui lundi, suite à des contacts effectués avec les différents acteurs concernés, malgré la pause de la fête de l'Adha.
« Nous n'avons aucune volonté de retarder la solution, mais exigeons des réponses à nos appréhensions avant toute action de notre part, dit-il. La première question est celle de savoir ce qu'il adviendra des déchets amoncelés dans les rues depuis la fermeture de l'aire de stockage : nous avons déjà déclaré que nous ne voulions pas qu'ils soient transportés à Bourj Hammoud, et il semble que le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) ait trouvé une solution pour ces ordures-là. La seconde question que nous nous posons est celle de savoir comment l'aire de stockage peut continuer à recevoir les déchets des régions, sachant qu'elle est saturée et que la construction de la première cellule de la future décharge a été retardée par le mouvement de protestation. Troisièmement, nous nous interrogeons sur le comité de surveillance du plan de gestion des déchets, et sur notre rôle dans ce cadre. »

 

(Pour mémoire : Les municipalités du Metn et du Kesrouan dans la tourmente : à quand la collecte des déchets?)

 

Et la suite ?
De l'avis général, les Kataëb ont levé le sit-in beaucoup plus par souci de ne pas contribuer à nuire à la santé des gens que parce qu'ils ont décelé de réelles avancées concernant une modification en profondeur du plan gouvernemental de gestion des déchets.

Albert Kostanian, conseiller du président du parti Samy Gemayel, déplore, dans un entretien téléphonique avec L'OLJ, que « les gens aient été pris en otages, avec des déchets amoncelés puis brûlés un peu partout ». « Nous ne pouvions continuer à bloquer la route et paraître comme ceux qui ne se soucient pas de la santé des gens, même si nous n'avons pas changé d'avis concernant le plan gouvernemental de gestion des déchets, affirme-t-il. Face à l'irresponsabilité des autorités, qui n'hésitent pas à laisser crouler les rues sous les ordures, nous avons choisi d'être responsables. » La confrontation se poursuit donc, selon lui, mais par une « démarche constructive ». « Nous voulons travailler au niveau des municipalités qui, par leur adoption de plans de gestion autonome des déchets, et en se détachant du plan central de décharges, contribueront à rendre obsolète ce projet, explique Albert Kostanian. Nous maintenons cependant notre position vis-à-vis de l'inutilité de ces décharges et même de la gravité de leur construction. » Il considère toutefois comme un certain succès le fait que de grandes municipalités du Metn et que la fédération des municipalités du Kesrouan aient dorénavant des projets en marche. « Il nous faut tarir la source de déchets en vue d'améliorer le plan en amont », estime-t-il.

Sur l'arrêt du sit-in, l'écologiste Paul Abi Rached, président du Mouvement écologique libanais (LEM), déplore lui aussi que « la population du Metn et du Kesrouan ait été prise en otage ». « Alors que nous travaillions pour le bien des gens du Metn, nous avons fini par paraître comme les responsables de la pollution qui les affecte, affirme-t-il à L'OLJ. La pression était certainement très forte, beaucoup plus sur le parti Kataëb que sur nous, de toute évidence. Voilà pourquoi il nous fallait nous repositionner et opter pour une autre forme de confrontation, sachant que notre discours reste tout aussi sévère envers les autorités. »
L'écologiste pense que ce qui a été présenté comme une concession de la part du gouvernement, à savoir la réduction de la durée du plan d'enfouissement de quatre ans à dix-huit mois, n'est pas vraiment satisfaisant. « Les inconvénients du remblayage de la mer demeurent les mêmes, dit-il. Selon des spécialistes en vie marine, le remblayage et l'enfouissement provoqueront des changements dans les courants marins, des fuites de lixiviat (liquide exsudant des déchets) dans l'eau de mer... Bref, des catastrophes ! Sans compter que le gouvernement a violé la loi en entreprenant un projet de cette taille (la construction des décharges côtières) sans une étude d'impact environnemental stratégique (que la loi impose pour tout projet gouvernemental de grande envergure). »

Des barils toxiques dans l'ancien dépotoir
Interrogé sur les propositions de modification du plan présentées par Akram Chehayeb pour mettre fin au mouvement de protestation, le militant Raja Noujaim, de la Coalition contre le plan gouvernemental de gestion des déchets, affirme que « le texte est flou et comporte de nombreuses contradictions ». « Ce texte n'a fait l'objet d'aucune décision en Conseil des ministres, bien que deux réunions aient eu lieu dernièrement », fait-il remarquer.
Le militant soulève un autre point qu'il juge essentiel. « Pourquoi personne ne veut ouvrir l'épineux sujet de la réhabilitation de l'ancienne montagne de déchets de Bourj Hammoud, et des dangers liés à la présence de barils de déchets toxiques et radioactifs au milieu de ce dépotoir ? » s'insurge-t-il, en référence à des déchets dangereux importés illégalement durant la guerre civile. « Est-ce que tout le monde attend qu'une catastrophe survienne avant de réagir ? Or on vient de renouveler l'accord sur les travaux de remblayage de la mer et la réhabilitation de la montagne, avec tous les risques que cela comporte. »

 

Pour mémoire
Vers une réduction de la phase transitoire du plan gouvernemental de quatre à un an

Crise des déchets : malgré l'optimisme affiché par Kanaan, les partis restent intransigeants

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

POURQUOI CE BOYCOTTAGE COPIE PUIS SON ANNULATION ?

Zaarour Beatriz

La décentralisation en général et concernant le tri et ramassage des déchets en particulier, est la seule solution capable de résoudre à long terme cet épineux dossier.

Bravo MM Sami Gemayel et Paul Abi Rached, ainsi que tous ceux et celles qui vous ont tenu compagnie, pour votre persévérance dans la lutte contre vos détracteurs!!!!

Bonne chance!

Soeur Yvette

C'est la jungle...une honte....

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