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Liban

Vers une réduction de la phase transitoire du plan gouvernemental de quatre à un an

Déchets

Réactions prudentes des Kataëb et du Tachnag, qui restent dans l'attente. Le sit-in et le blocage de route demeuraient hier d'actualité.

S.B. | OLJ
06/09/2016

Alors que les ordures continuent de s'empiler dans les rues du Metn et du Kesrouan, la seule avancée dans le dossier des déchets hier a consisté en une réunion au siège du ministère de l'Agriculture entre le ministre Akram Chehayeb, son homologue de l'Éducation Élias Bou Saab et le député Ibrahim Kanaan, qui avait tenu la semaine dernière une réunion de la commission parlementaire des Finances, qu'il préside, pour examiner l'affaire des déchets. MM. Bou Saab et Kanaan font partie du même bloc, celui du Changement et de la Réforme. Les trois hommes ont déclaré, à l'issue de la réunion, que la tendance était de raccourcir la durée de l'étape transitoire du plan gouvernemental de gestion des déchets, de quatre ans à un an environ. Les municipalités seraient ainsi encouragées à adopter leurs propres plans locaux, ce qui signifie que la décentralisation aura ainsi la priorité, selon les trois responsables.

Ces déclarations ne semblent pas avoir instantanément convaincu les deux partis – les Kataëb et le Tachnag – qui s'opposent, chacun à sa manière, au plan gouvernemental de gestion des déchets adopté en mars, et qui se fonde essentiellement sur la construction de deux décharges au Costa Brava (littoral de Choueifate) et à Bourj Hammoud-Jdeidé. Les Kataëb ferment depuis plusieurs semaines la route du chantier de la décharge de Bourj Hammoud, dont ils dénoncent « le potentiel de dégâts catastrophiques sur l'environnement et la santé », pointant du doigt le fait que les déchets sont stockés dans l'aire de stockage temporaire, adjacente au chantier de la décharge, presque sans tri préalable.

 

(Voir aussi : "Nos poubelles sont plus propres que nos politiciens !" : paroles de Libanais excédés)

 

Entre-temps, la municipalité de Bourj Hammoud, soutenue par le Tachnag, a fermé la route de l'aire de stockage temporaire de la région (citée plus haut), qui accueillait depuis mars les poubelles du Metn et du Kesrouan, provoquant une nouvelle crise des déchets dans ces deux cazas. La municipalité et le Tachnag protestent contre le blocage du plan gouvernemental (par la fermeture de la route de la décharge par des manifestants), mais aussi contre le tri insuffisant des déchets qui atterrissent chez eux, et contre l'incertitude concernant la réhabilitation de l'ancien dépotoir.

Hier donc, malgré les déclarations apaisantes, le blocage semblait persister. Dans une déclaration à la MTV, des sources des Kataëb ont affirmé, en réponse à la proposition de M. Bou Saab, « attendre de déceler du sérieux qui se concrétiserait par une modification en bonne et due forme du plan gouvernemental en Conseil des ministres ». « Entre-temps, le sit-in devant la décharge de Bourj Hammoud ne sera pas levé », selon ces sources.

Interrogé par L'OLJ, Hagop Pakradounian, secrétaire général du parti Tachnag, estime que son parti et la municipalité de Bourj Hammoud « ne peuvent prendre acte de déclarations faites par des représentants politiques aux médias, mais seulement quand ils recevront un projet officiel de la part des autorités ». Confirmant que le parti n'a pas été officiellement contacté pour participer à ces pourparlers, bien que lui-même ait reçu un coup de fil de M. Bou Saab samedi, M. Pakradounian souligne que cette affaire « ne se résume pas à des déclarations d'intentions, mais nécessite des délais, une discussion autour de détails, d'un programme bien précis... » Et d'ajouter : « Le plan gouvernemental doit être rediscuté en Conseil des ministres, et ce dernier doit prendre les décisions qui s'imposent. »

Interrogé plus spécifiquement sur la décentralisation dont les trois hommes politiques ont beaucoup parlé, le député du Tachnag a relevé que « la décentralisation présente de nombreux avantages, mais elle prend du temps, nous exigeons une solution d'ici là ». Il affirme que la revendication concernant un taux de tri plus important n'est pas la seule à laquelle tient le parti. « L'important est de savoir comment se déroulera la réhabilitation de l'ancien dépotoir, et comment on compte traiter les matières toxiques qui s'y trouvent », dit-il, en référence aux barils de produits toxiques importés illégalement au Liban dans les années 80 et dont une partie a fini dans cette montagne d'ordures, qui desservait alors le Mont-Liban et l'est de Beyrouth.

 

(Pour mémoire : Les Kataëb appellent à la création d’usines de tri et de traitement, contrôlées par les municipalités)

 

Vers une autonomie partielle des régions ?
Pour leur part, donc, MM. Bou Saab, Kanaan et Chehayeb ont plaidé pour une solution rapide à la crise des déchets renouvelée, et pour une accélération de la mise en place de la décentralisation et de systèmes de tri et de recyclage dans les régions, avec une réduction de la phase temporaire du plan gouvernemental de gestion des déchets (dont la dépendance aux décharges côtières devait durer quatre ans). Ces propositions rejoignent en gros celles qui avaient été discutées mercredi dernier en commission des Finances.

« La poubelle est dans les rues et les citoyens ne peuvent plus supporter les conflits, a déclaré M. Bou Saab. Nous voulons tous trouver des solutions à cette crise et nous avons contacté les personnes concernées pour faire le point sur les idées proposées. La décentralisation au niveau du tri des déchets est la base pour régler la crise des déchets et nous pouvons accélérer les choses pour passer à la décentralisation, par la construction de centres de tri dans les régions, ce qui nécessite moins de temps qu'on ne le pense. »
« La Fédération de municipalités capable de gérer le tri de ses déchets peut commencer d'ores et déjà à le faire, a-t-il également dit. Nous avons notifié M. Chehayeb du fait que la société privée qui vient de remporter l'appel d'offres pour le tri et le traitement (NDLR : Jihad al-Arab) est payée par tonne, d'où le fait que les régions qui sont prêtes à le faire peuvent passer au tri direct (et ne pas dépendre de la solution centralisée). »

 

(Pour mémoire : Les municipalités du Metn et du Kesrouan dans la tourmente : à quand la collecte des déchets ?)

 

M. Bou Saab a évoqué la réhabilitation des anciens dépotoirs, estimant qu'il « faut les transformer en terrains bonifiés et exploitables, tout comme cela a été le cas à Saïda et, avant cela, à Solidere (centre-ville de Beyrouth) ».

Le député Ibrahim Kanaan a pour sa part affirmé que l'objectif est de diminuer la durée de l'utilisation de la décharge de Bourj Hammoud. « Nous devons essayer de réduire la durée de la phase transitoire, prévue à la base pour quatre ans, afin qu'elle passe dans le meilleur des cas à 6 mois ou un an », a affirmé M. Kanaan. Il a également indiqué que « la municipalité ou le caza qui est prêt à se retirer du plan (prévu par le gouvernement) peut le faire », ce à quoi M. Chehayeb a répondu que cette mesure a toujours fait partie du plan gouvernemental.

Le député a également proposé la création d'une commission de contrôle qui puisse surveiller la mise en œuvre du plan des déchets, telle que l'avait proposée le député Ghassan Moukheiber au cours de la réunion de la commission des Finances : une commission qui sera formée de députés de la région et de représentants de la société civile.

De son côté, M. Chehayeb a assuré que « la décentralisation ne signifie pas enfouissement sauvage ou incinération, comme c'est le cas dans certaines régions actuellement ». « Nous demandons au parti Kataëb de nous aider pour que les poubelles soient levées des rues », a-t-il déclaré, faisant valoir le danger environnemental et sanitaire des ordures empilées.

Aujourd'hui, mardi, les municipalités et Fédérations de municipalités seront invitées à participer à une réunion centrée sur les déchets, tenue au ministère de l'Intérieur sous la présidence du ministre Nouhad Machnouk. Les déclarations d'hier trouveront-elles un écho auprès d'elles ? Sommes-nous face à un début de déblocage au niveau des partis ou, comme le pense le militant Raja Noujaim, à « une perspective d'abandon du plan gouvernemental » ?

 

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