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Liban

Les municipalités du Metn et du Kesrouan dans la tourmente : à quand la collecte des déchets ?

crise

Prises de court deux fois en un an à peine, les autorités locales peinent à trouver un système qui garde propre l'environnement de leurs administrés.

29/08/2016

À chaque fois qu'une crise politico-sociale bloque le système central de collecte des déchets, la balle est renvoyée aux municipalités. Comme en juillet 2015, à la fermeture de la décharge de Naamé, les municipalités du Metn et du Kesrouan ont reçu de plein fouet le blocage par la municipalité de Bourj Hammoud de l'aire de stockage temporaire dans le quartier, la semaine dernière. Les ordures s'amoncellent à nouveau dans les rues, au grand dam de la population.

Et pourtant, le plan gouvernemental de gestion des déchets adopté en mars dernier était supposé sortir le pays de la crise. Sa lacune principale : celle de reposer sur deux grandes décharges côtières (l'une sur le littoral de Choueifate et l'autre à Bourj Hammoud-Jdeidé), l'absence d'un véritable plan de tri et de traitement, et les craintes de pollution de la mer. Autant de raisons qui ont fini par le bloquer. Protestant contre le fait que les déchets devant être ensevelis dans la décharge de Bourj Hammoud ne font l'objet d'aucun effort de tri et de traitement, le parti Kataëb, épaulé par des coalitions de la société civile, a interrompu par les manifestations le chantier de la nouvelle décharge. En réplique, et aussi parce qu'elle partage les craintes liées à l'enfouissement de déchets non triés, la municipalité de Bourj Hammoud a bloqué l'entrée de l'aire de stockage temporaire pour les déchets du Mont-Liban, adjacente au chantier. D'où l'arrêt de la collecte par la compagnie Sukleen.

Entre-temps, les municipalités sont à nouveau mises devant le fait accompli, comme à chaque blocage officiel. Certaines des grandes municipalités du Metn et du Kesrouan expliquent à L'Orient-Le Jour ce qu'elles comptent faire pour garder les rues propres, tout en exprimant leur frustration en raison de l'incompétence des autorités centrales et la difficulté de monter leurs propres projets. Leurs propos montrent toute l'ampleur du ratage officiel, qui les garde dans les limbes de l'incertitude, du désordre des options (comme pour les technologies préconisées) et de l'absence de stratégie.


(Lire aussi : Crise des déchets : une partie à trois dans l'impasse)


Projet d'autonomie
À Jounieh, les déchets commencent à être collectés depuis deux jours, ainsi que l'explique à L'OLJ le président du conseil municipal Juan Hobeiche. « On nous a pris de court, comme d'habitude, déplore-t-il. Voilà pourquoi il nous a fallu quelques jours pour nous organiser, assurer les camions et commencer à collecter les ordures ménagères des différents quartiers. Nous allons entreposer les déchets dans un terrain privé et ouvert jusqu'à nouvel ordre. Ensuite, nous allons pulvériser un produit spécial sur les sacs poubelle afin d'éviter la production d'odeurs et la prolifération de microbes. »

Cette solution à court terme ne peut certainement pas fonctionner dans la durée, et la municipalité devra coopérer avec les autorités si celles-ci trouvent une solution. Mais, à terme, c'est tout le Kesrouan-Ftouh (300 tonnes par jour, une centaine pour Jounieh seulement) qui se dirige vers une gestion autonome des déchets. « Nous étions déjà en pourparlers avant cette récente crise, explique Juan Hobeiche, qui est également président de la Fédération des municipalités du Kesrouan. Cette nouvelle rechute nous oblige à accélérer notre plan. Nous comptons créer un centre de gestion des déchets pour tout le caza, fondé sur le système suivant : un tri à la source que nous développerons progressivement, un tri secondaire dans un centre, le compostage des produits organiques et la transformation des déchets inertes (NDLR : ce qui reste après le tri, le recyclage et le compostage) en carburant (RDF, ou Refused Derived Fuel). Le carburant issu des déchets sera ensuite vendu à des industries ici ou à l'étranger. »

M. Hobeiche précise que la fédération considère la construction de ce centre dans l'un de quatre emplacements proposés actuellement. « Nous opterons pour celui qui sera mis à notre disposition le plus facilement, parce que nous n'avons pas beaucoup de temps, souligne-t-il. Nous n'avons pas de capacité d'enfouissement et n'avons pas voulu installer un incinérateur, étant donné que, suivant certaines opinions, même les plus avancés restent potentiellement polluants. » Il ajoute qu'une étude d'impact environnemental sera demandée par le ministère de l'Environnement avant l'installation de l'usine de RDF.
« Nous en sommes à l'étape de décision, insiste-t-il. Je sais que nous sommes probablement en retard, mais il faut se souvenir que, durant vingt ans, le système centralisé mis en place avait privé les municipalités de leur infrastructure qu'il leur a fallu reconstituer de A à Z. » Pour les délais, il fixe à deux semaines environ l'acquisition de matériel de tri, et de 6 à 9 mois pour la construction de l'usine de RDF (une fois toutes les décisions prises).


(Repère : Liban : retour sur un an de crise des déchets)


Initiative sans suite
Entre-temps, que se passe-t-il au Metn ? Les recherches d'une solution collective se poursuivent, selon les informations récoltées hier. Antoine Chakhtoura, président du conseil municipal de Dékouané, précise qu'une réunion a bien eu lieu avec l'ancien vice-Premier ministre Michel Murr, la présidente de la Fédération des municipalités du Metn, Myrna Murr Abou Charaf, et Antoine Gébara, président du conseil municipal de Jdeidé. Il y aurait, selon lui, un projet d'instaurer un centre de tri sur un terrain de 5 000 mètres carrés environ, mais rien n'est encore définitif et les contacts se poursuivent entre les municipalités de ce caza.
Le pronostic reste sombre, selon Antoine Chakhtoura. « Durant la dernière crise, j'avais refusé de garder les ordures dans les rues, dit-il. Je les rassemblais dans un même terrain appartenant à la municipalité, où elles étaient enveloppées de remblais avec un système d'extraction des gaz. Quand les déchets ont été acheminés à Naamé à la fin de la crise, nous avons pu envoyer 1 500 camionnées, il en reste environ 1 000 sur place, mais disposées de manière à ne pas polluer l'environnement. Toutefois, je me vois dans l'obligation de renvoyer dès demain les déchets vers cet endroit. Je refuse de les laisser dans les rues. »

Du côté de Sin el-Fil, Nabil Kahalé, président du conseil municipal, est clairement hors de lui. « Je vous avoue que je n'ai rien prévu encore, je suis désemparé, dit-il. C'est la seconde fois que l'on nous met dans cette situation du jour au lendemain ! Lors de la crise passée, j'ai fait lever les ordures tous les jours et je les ai stockées durant neuf mois dans un bois que je suis fier d'avoir planté. Les ordures ont été transférées à Naamé et j'ai replanté l'espace. Mais, cette fois, je ne suis plus disposé à faire de même. » Il confirme cependant qu'il reste en contact avec les autres municipalités du Metn, ainsi qu'avec Michel Murr, pour la suite.

 

(Pour mémoire : Les ordures de nouveau dans les rues, dans l'attente d'un déblocage)



Pour sa part, Élie Aboujaoudé, président du conseil municipal d'Antélias, souligne toute la difficulté de régler le problème des déchets dans une municipalité exiguë et surpeuplée. « Pour le compostage de soixante tonnes par jour, il faut un terrain de 10 000 mètres carrés, dit-il. Nous n'avons d'autre choix que d'essayer d'instaurer le tri à la source, puis un système de tri secondaire. Nous comptons commencer à collecter les déchets mardi au plus tard, pour les emmener vers un terrain que nous avions déjà utilisé pour stocker précédemment les ordures. »

Les trois présidents de conseils municipaux du Metn évoquent le projet d'usine de traitement pour tout le caza, qui avait été annoncé précédemment par Michel Murr, et qui devait être située à Bourj Hammoud. Un projet qui n'a pas eu de suite « parce que les ministères concernés n'ont pas encore donné leur accord », insiste Antoine Chakhtoura. Il ajoute ne pas en connaître la raison. Pour Élie Aboujaoudé, « ce projet, qui consistait en un centre de tri et une usine de récupération de gaz pour la production d'énergie (Waste to Energy), aurait réglé le problème, mais il est resté sans suite ».

Quelle marge de manœuvre donc pour les municipalités ? Antoine Chakhtoura pense que, même si les municipalités préfèrent évidemment une gestion autonome, il y a toujours ceux qui « leur mettent des bâtons dans les roues ». Prenant pour exemple le projet d'usine cité plus haut, il renchérit : « Je vous le dis clairement : il est interdit aujourd'hui aux municipalités de trouver une solution. Les projets sont coulés l'un après l'autre, pour garder la mainmise de Sukleen sur la collecte et le traitement. Voilà la vérité. »

Nabil Kahalé, lui aussi, reste sceptique quant à la possibilité d'action des municipalités. « On nous dit que celles-ci sont désormais libres de choisir la gestion des déchets qui leur convient, mais avons-nous une décision claire à ce sujet ? » fait-il remarquer.

Pour autant, les présidents de conseils municipaux refusent en général de se montrer sévères à l'encontre des blocages de route à Bourj Hammoud, dont ils comprennent le sens profond, espérant toutefois un règlement de la situation.


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LES BOYCOTTEURS SE MULTUPLIENT DANS LE PAYS... KILL SOUSS BI FAKKER HALOU DIIK !

Irene Said

Bravo Monsieur Juan Hobeiche !
C'est aussi la meilleure solution pour toutes les autres Municipalités: s'organiser elles-mêmes selon leurs propres besoins, même si cela prendra un peu de temps.
Et surtout ne pas se laisser mettre des bâtons dans les roues par ces INCAPABLES-IRRESPONSABLES qui désirent garder la mainmise de SUKLEEN pour des raisons évidentes de bénéfices personnels.

On les a assez vus, entendus, qu'ils rentrent chez eux et nous fichent enfin la paix !!!
Irène Saïd

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