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Liban : retour sur un an de crise des déchets

Rétrospective

En texte et en images, les temps forts d'une année infernale pour le Liban qui n'a toujours pas réussi à résoudre le problème de la gestion de ses ordures.

18/07/2016

Le 17 juillet 2015, la décharge de Naamé, située au sud de Beyrouth, ferme. Le même jour, le contrat de la compagnie Sukleen, chargée de la collecte et du traitement des déchets depuis 1997, expire. Le pays plonge alors dans une crise inédite. Ordures ménagères accumulées dans les rues de la capitale et ses environs, incinération à l'air libre, odeurs pestilentielles... Le gouvernement annonce des solutions, qui échouent l'une après l'autre. La colère de la rue gronde, mais la contestation s'essouffle au fil des mois. Aujourd'hui, un an plus tard, les Libanais attendent toujours l'application du dernier plan censé assurer la gestion de la crise.

Retour en texte et en images sur les temps forts qui ont marqué ces douze mois de crise.


 

 

17 juillet 2015

La plus grande décharge du pays située à Naamé, au sud de Beyrouth, ferme ses portes. Le contrat de la société privée Sukleen, qui collecte et traite les déchets, expire le même jour, sans alternative en vue.

Pourtant, six mois plus tôt, le 15 janvier, le Conseil des ministres avait adopté un plan de gestion des déchets, dont le ministre de l'Environnement Mohammad Machnouk était responsable. Ce plan prévoyait de diviser le pays en six zones devant être gérées par des sociétés privées.

 

28 juillet

Le plan de M. Machnouk est abandonné. Les déchets s'empilent de plus en plus dans les rues de Beyrouth et ses environs... Le jour même, les Libanais se regroupent dans le centre-ville de Beyrouth pour protester contre l'incurie du gouvernement. C'est le début d'une longue série de manifestations.

 

18 août

Une dizaine d'activistes du collectif de la société civile "Vous Puez !", né avec la crise des déchets, manifeste devant le siège du gouvernement qui se réunit en vue d'annoncer les résultats des appels d'offres des sociétés privées pour la gestion des ordures des six régions libanaises. Des échauffourées éclatent entre les Forces de sécurité intérieure et certains manifestants. Deux d'entre eux sont arrêtés.

 

22-23 août

En réponse à la violente répression, des centaines de Libanais retournent dans la rue. Les manifestations du 23 et du 24 dégénèrent encore une fois. L'armée disperse la foule à coup de jets d'eau, de bombes lacrymogènes et de tirs à balles réelles et en caoutchouc. Les manifestants, qui ont essayé en vain d'envahir le siège de la présidence du Conseil, ripostent par des jets de pierres et de cocktails Molotov.


24 août

Après les heurts de la veille, le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, ordonne la construction d'un mur devant le siège de la présidence du Conseil des ministres pour se protéger des éventuelles émeutes. Très vite les réseaux sociaux s'indignent de la construction de ce qu'ils appellent "le mur de la honte". Les manifestants recouvrent celui-ci de leurs tags et leurs graffitis. Vingt-quatre heures plus tard, le gouvernement cède et démantèle le mur.

 

25 août

Le Conseil des ministres décide d'annuler les résultats des appels d'offres pour la gestion des déchets des six régions du pays, considérant que les prix proposés par les entreprises dont les offres ont été retenues sont très élevés. A partir de ce moment, le dossier de la crise des déchets est confié au ministre de l'Agriculture, Akram Chehayeb.

 

29 août 

Des dizaines de milliers de Libanais répondent à l'appel à manifester lancé par la société civile pour dénoncer la paralysie du gouvernement.

 

8 septembre

Les membres du collectif "Vous Puez !" occupent pendant plusieurs heures le ministère de l'Environnement, dans le centre-ville de Beyrouth. Les militants, qui exigent la démission du ministre, sont évacués violemment par la brigade anti-émeutes. L'un des organisateurs, le réalisateur Lucien Bou Rjeily est blessé puis transféré à l’hôpital.

 

11 septembre 

Le ministre de l'Agriculture propose un premier plan de gestion des déchets. Le "Plan Chehayeb" prévoit la réouverture de la décharge de Naamé pour sept jours et l'aménagement de deux autres décharges, à Srar dans le Akkar, et sur un terrain aux frontières de l'Anti-Liban. Une fois de plus, le projet est abandonné pour des raisons politico-communautaires.

 

25 octobre 

Avec l'arrivée des pluies, les déchets amoncelés depuis des mois dans certaines villes du Liban se déversent dans les rues, en véritables rivières d'ordure.

 

10 novembre 

Le ministre de l'Agriculture propose un second plan. L'idée est d'exporter les déchets à l'étranger.



21 décembre 

Plus de six mois après le début de la crise des déchets, une solution fondée sur l'exportation des déchets et qualifiée de "temporaire" est annoncée par le gouvernement.

 

14 janvier 2016

Des activistes des collectifs "Nous réclamons des comptes" (né également avec la crise) et "Vous Puez!" tentent d'entrer dans le bâtiment du ministère de l'Environnement, dans le centre-ville de Beyrouth. Dix des activistes y parviennent, avant d'être délogés une heure plus tard par les forces de l'ordre, dix-sept autres sont détenus par les forces de l'ordre.

 

29 janvier

La compagnie Chinook, chargée d'assurer l'exportation des ordures ménagères, dont le dossier a été retenu par le gouvernement pour exporter les déchets de Beyrouth et du Mont-Liban, présente son dossier avec les papiers confirmant l'approbation du pays destinataire : la Russie.

 

16 février

Le ministère russe de l'Environnement dément avoir donné son accord à l'accueil des ordures ménagères du Liban, expliquant que le document faisant état de cette décision était "faux".

 

19 février

La compagnie britannique Chinook est mise hors jeu pour n'avoir pas fourni les documents réclamés par le gouvernement.

 

12 mars

Le troisième plan du ministre de l'Agriculture est approuvé. Il s'étend sur quatre ans et prévoit des mesures temporaires et immédiates. Deux décharges, sur le site de Costa Brava et à Bourj Hammoud, seront aménagées près de Beyrouth et celle de Naamé sera rouverte pendant deux mois pour permettre l'enfouissement des déchets accumulés depuis juillet dernier.

Le jour même, environ 3.000 personnes se rassemblent sur la Place Riad Solh pour demander une vraie solution, durable et respectueuse des exigences sanitaires. Cette manifestation du "dernier avertissement" est portée par le collectif "Vous Puez !", qui menace de paralyser le pays si le gouvernement n'agit pas rapidement.

 

14 mars

Des activistes du même collectif se rassemblent sur trois entrées menant à Beyrouth, ne bloquant que partiellement des routes mais créant des embouteillages monstres dans ces zones.


20 mars 

Des camions commencent à enlever les "fleuves" d'ordures amoncelées hors de Beyrouth.

 

4 avril

Les premiers ballots de déchets commencent à être transportés sur le site de stockage temporaire de la décharge de Costa Brava.

 

12 mai

Ouverture des plis pour le site de Costa Brava. L'appel d'offre est remporté par la société Jihad el-Arab.

 

18 mai

La décharge de Naamé, rouverte le 12 mars dernier pour deux mois, est définitivement fermée.

 

13 juin

Le procès de Sukleen et d'autres compagnies, accusées de négligence et de malversations dans l'affaire de la gestion des déchets de 1997 à 2015, est reporté sine die.


21 juin

L'entreprise de Dany Khoury remporte l'appel d'offres pour construire une digue marine, traiter l'ancienne montagne de déchets et mettre en place une décharge sanitaire côtière temporaire à Bourj Hammoud, pour un coût d'un peu plus de 109 millions de dollars.


29 juin

Après comparaison des prix entre les appels d'offres de Costa Brava et celui de Bourj Hammoud, le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) décide d'annuler le premier, jugé trop cher. Alors qu'un nouvel appel d'offre est en cours, les travaux de remblayage se poursuivent. Les associations parlent de "comédie opaque".

 

14 juillet

"On se dirige vers l'installation d'incinérateurs dans la région de Beyrouth", annonce le ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk, alors que la capitale avait récemment annoncé une gestion indépendante de ses déchets.

 

15 juillet

Six offres sont présentées pour la décharge du Costa Brava dans l'appel d'offres renouvelé. Suivant la procédure, les offres seront examinées par une commission technique au Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) pour décider lesquelles sont techniquement recevables. L'ouverture des plis est prévue pour la fin juillet.

 

Dossier
Dossier spécial : Historique et impact de la crise des déchets

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