X

Culture

Karine Fakhry et Diane Sawaya emmènent le Liban à la Triennale de Milan

Événement

La 21e édition de l'Exposition internationale de design, d'architecture et d'art ouvre ses portes le samedi 2 avril. Deux architectes partenaires libanaises y participent.

Zéna ZALZAL | OLJ
30/03/2016

C'est un événement d'envergure qui s'ouvre ce samedi 2 avril dans la capitale italienne du design. Après une pause de deux décennies, la Triennale de Milan, créée en 1933, redémarre de plus belle, avec près de quarante mille mètres carrés d'expositions internationales, de conférences et d'événements couvrant tous les domaines artistiques (design, mode, architecture, audiovisuel, graphisme et communications...). Présentés sous les pavillons d'une quarantaine de pays participants, ils sont répartis sur 12 lieux emblématiques de la ville, parmi lesquels : le Palazzo dell'Arte, une partie du site de l'Exposition universelle de Milan 2015 ou encore le Musée de la science et de la technologie Leonardo Da Vinci. C'est là, dans les anciennes étables transformées en extension du musée, que Karine Fakhry et Diane Sawaya, les deux partenaires du studio d'architecture FaR Architects, exposent leur installation futuriste. Une œuvre qui représente le Liban, une première pour le pays du cèdre dans le cadre de cette importante plateforme internationale de créativité et de réflexion. Et qui, ironiquement intitulée « Stay at Home » (en référence au fameux « Welcome Home » de Airbnb), invite, justement, le visiteur à réfléchir sur « les limites et les contradictions de l'économie de partage », soutiennent les architectes associées.

 

(Lire aussi : Le projet Holcom Beyrouth rafle la deuxième place d’un concours international)

 

« Design after Design »
Répondant à la problématique de cette 21e édition de la Triennale : « XXIst Century - Design after Design » – un thème qui invite les participants à « explorer le nouveau millénaire et les changements importants qu'il a engendrés » –, Karine Fakhry et Diane Sawaya ont imaginé une mallette contenant une sorte de capsule gonflable que l'on peut incorporer à une fenêtre et dans laquelle le propriétaire d'un appartement Airbnb, ayant loué la moindre parcelle de son intérieur, peut se glisser pour dormir.
Dans une époque qui tend à une « uberisation » croissante des comportements sociaux, cette conception, qui apparaît aujourd'hui fantasmagorique, pourrait être explorée par les architectes et designers du futur dans leurs projets d'aménagement des intérieurs.
« L'idée que nous avons voulu développer, c'est que sous prétexte de solidarité et d'économie de partage, tout devient monnayable, explique le duo à l'origine du projet. Chacun offre à louer une partie de sa maison ou un siège de sa voiture pour générer un revenu parallèle. Du coup, l'espace privé se restreint au point où le propriétaire va finalement se retrouver de plus en plus poussé en dehors de chez lui. »

 

(Lire aussi : Entre Babel et Lucullus, la tour de Lina Ghotmeh trônera au cœur de Paris)


Pour traduire cette critique sociale sous forme d'installation, les deux architectes libanaises avaient d'abord envisagé de faire construire une façade d'un étage et demi, avec cette fameuse capsule (en métal et tissu tendu translucide) intégrée à l'une des fenêtres, de manière à permettre aux visiteurs de la Triennale de déambuler en dessous, mais aussi de s'y glisser afin de vivre réellement cette expérience de logement du futur. « Malheureusement, le projet étant entièrement à notre compte, il s'est révélé trop coûteux. Et, ne pouvant bénéficier d'un financement de l'Etat – le ministère libanais de la Culture qui parraine notre participation ayant, comme tout le monde le sait, un budget très restreint –, nous avons dû revoir nos ambitions à la baisse, en le limitant à une expérience virtuelle », regrettent-elles.

 

« Stay at Home »
Du coup, à Milan, dans le bel espace de 65 m2 de surface et de 7 m de hauteur sous le plafond dont elles bénéficient, elles feront pénétrer virtuellement les visiteurs, « à travers une animation incorporée dans une reconstitution de façade d'immeuble », dans l'intimité de l'un de ses habitants. De la même manière qu'un usager du réseau Airbnb s'introduit dans celle de son logeur.
« Toute l'équipe de FaR Architects a collaboré à ce projet », tiennent à signaler les deux partenaires principales. À savoir : Joanne Choueiri, Aline Daoud, Mathieu Kerbage et Peter Matar. Et de citer aussi Nayla Gedeon (Motion Graphics), Karim el-Khazen (Sound Design) et Lama Zouein pour les booklets qui offrent explication du concept et sketchs du projet initial.
Une œuvre qui reste profondément intéressante. Autant au niveau du concept, à la fois critique et architecturo-futuriste qu'elle propose, que par la créativité dont ont fait preuve ses auteures pour contourner l'obstacle de l'absence de financement et parvenir à emmener le Liban à l'international dans un domaine où il est trop souvent absent.

 

« C'est à titre privé que nous avons été approchées par la Triennale »

Le Liban n'ayant (bizarrement) pas reçu la lettre d'invitation officielle envoyée par la Triennale de Milan, c'est à titre privé que Karine Fakhry a été approchée, « tardivement », dit-elle, par les organisateurs de l'événement milanais. « Malgré le temps restreint que nous avions, nous avons décidé d'y participer. Et le projet que nous avons envoyé au comité ayant été immédiatement accepté, nous l'avons soumis au ministre de la Culture Rony Araiji qui nous a offert son parrainage – nécessaire pour obtenir un pavillon d'exposition aux couleurs nationales. Les choses se sont donc faites à l'envers, dans le sens où ce n'est pas le Liban qui a lancé une demande de participation aux architectes et designers libanais, mais nous-mêmes qui avons saisi au vol la chance que le Liban soit représenté à cette Triennale », signalent les deux partenaires. Fondatrices en 2007 du studio FaR Architects, Karine Fakhry (master en architecture à la Rhode Island School of Design) et Diane Sawaya (architecte DPLG, Université Paris Villemin) ont à leur actif plusieurs projets au Liban (notamment Paper Cup et Origami), au Moyen-Orient, mais aussi à Londres et à New York.

 

De Chirico à Frank Gehry

Créée en 1933, la Triennale de Milan a lieu, comme son nom l'indique, tous les 3 ans dans la capitale italienne du design. Cet événement international majeur, dédié à l'architecture, au design, à l'art et au savoir-faire, est plus qu'un Salon, un lieu de réflexion qui permet de dresser des ponts entre ces différentes disciplines. Près de 500 000 visiteurs sont attendus à cette triennale de reprise, qui s'étendra du 2 avril au 12 septembre.
Parmi les plus célèbres artistes qui y ont présenté leurs travaux à ce jour, on peut citer : Giorgio de Chirico, Le Corbusier, Frank Lloyd Wright, Picasso, et plus récemment Frank Gehry et Renzo Piano.

 

Lire aussi
Regarder le passé de Beyrouth et ne plus lui en vouloir

Serge Najjar, « l'avocat de l'architecture modeste »

 

À la une

Retour à la page "Culture"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants