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Le Libanais Adrian Lahoud, nouveau doyen d’une prestigieuse école d’architecture à Londres

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04/01/2016

La liste des Libanais à la tête de prestigieuses écoles d'architecture s'allonge un peu plus. Après Rodolphe el-Khoury à l'Université de Miami, Amale Andraos à l'Université de Columbia, et Hashim Sarkis à l'Institut technologique du Massachusetts (MIT), c'est au tour d'Adrian Lahoud de prendre les rênes d'une école d'architecture, celle du Royal College of Arts (RCA), à Londres.

La nomination en décembre dernier de l'architecte libanais, «étoile montante doté de l'énergie, de la vision et de l'engagement» nécessaires au poste de doyen, est le fruit d'une «recherche au niveau mondial», selon les termes du Pr Naren Barfield, prorecteur au RCA. «C'est un honneur d'avoir été nommé à ce poste, surtout à 40 ans, affirme Adrian Lahoud à L'Orient-Le Jour. Être doyen signifie avoir la possibilité de rassembler un groupe de jeunes enseignants et d'étudiants brillants et d'agir pour changer d'une certaine façon le cours des choses dans le domaine de l'architecture.»

Adrian Lahoud est né et a grandi en Australie. Mais ses deux parents sont originaires du Liban. «Mon grand-père paternel était un prêtre maronite de Kannoubine, dans la vallée de Kadicha, l'un de mes endroits favoris au monde, même si j'ai rarement l'occasion d'y aller ces derniers temps. Mon grand-père maternel vient de Memneh, au Akkar, précise l'architecte. Les deux familles passaient l'hiver dans le même immeuble à Tripoli, dans le quartier de Kobbé. En 1956, alors qu'il avait 17 ans, mon père a émigré en Australie pour ses études universitaires. Mes parents se sont mariés au Liban en 1968 et ont tous les deux emménagé par la suite en Australie.»

À Sydney, à la fin de la section secondaire, Adrian Lahoud décide au dernier moment de s'orienter vers des études d'architecture. «Dès les six premiers mois de ma première année, j'ai compris que je ferais cela pour le reste de ma vie, mais j'ai aussi su que je voulais emprunter un chemin alternatif dans cette discipline.» Il commence à travailler mais, très vite, on lui propose d'enseigner, notamment à l'University of Technology de Sydney. En 2008, le jeune architecte démarre un projet de recherche sur l'urbanisme post-traumatique en étudiant Beyrouth. Il y embarque ses étudiants dans des ateliers conjoints avec l'AUB. «Je voulais surtout voir comment ce conflit pouvait être un cadre conceptuel qui permette de comprendre toutes les villes, même si Beyrouth était un exemple extrême.»

« Plus important que Baalbeck... »
Enseignant, chercheur, autant qu'architecte, Adrian Lahoud donne des conférences et des ateliers à Ispahan, en Iran, avant de s'envoler pour Londres, où le directeur du Centre pour la recherche en architecture au Goldsmiths College lui demande de postuler au poste de directeur des masters. «J'ai eu le poste et j'y ai passé deux années extrêmement inspirantes.» S'ensuivent des cours dispensés à l'Architectural Association et à The Bartlett School of Architecture où il finit par diriger les masters d'urban design.

En janvier 2016, il prendra ses fonctions de doyen au Royal College of Art. «L'enseignement de l'architecture doit être tourné vers l'extérieur pour examiner les conditions dans lesquelles nous vivons et essayer de faire bouger les choses dans une autre direction, indique-t-il. À cet égard, non seulement le Liban, mais l'ensemble de la région est cruciale.» Et de poursuivre: « Ces dernières années, nos élèves ont réalisé des projets primés sur les réfugiés syriens dans la Békaa, la reconstruction d'Alep et les différends territoriaux autour de la mer Morte. Notre rôle en tant que professeurs est d'agir comme les sages-femmes qui font accoucher ces projets, de les pousser aussi loin que possible pour comprendre que le design est en fin de compte la possibilité d'autres formes de vie et de coexistence.»

Depuis 10 ans, l'architecte est obsédé par la Foire internationale Rachid Karamé conçue à Tripoli par Oscar Niemeyer. «Cet ensemble est plus important que Baalbeck. Aujourd'hui, il existe un vaste regain d'intérêt pour ce genre de projets, surtout auprès de ma génération. On peut les considérer comme les vestiges d'un certain optimisme auquel nous n'avons plus accès; tout ce qu'il nous reste, ce sont ces ruines. Néanmoins, comme des archéologues, nous devons en prendre soin parce qu'ils ont beaucoup de leçons à nous apprendre. Le passé était différent, l'avenir peut l'être aussi.» L'architecte a même imaginé pour la cité du Nord un bâtiment baptisé Collective Tower, alliant tradition et modernité.

« Un conglomérat de cartels »
Pour autant, l'architecte ne se fait pas d'illusions sur le Liban d'aujourd'hui. «Nous avons quelques excellents architectes, mais la situation est un désastre absolu et leur travail est une goutte d'eau d'intégrité suspendue au-dessus d'un tsunami de violence et de dégradation. L'environnement, à la fois urbain et rural, est la conséquence de la forme la plus extrême d'exploitation et de profits. C'est une véritable tragédie, regrette-t-il. Il faut dire que le Liban n'est rien de plus qu'un conglomérat de cartels et de syndicats revêtus d'un vernis de respectabilité, qui ne veulent rien de plus que continuer à manipuler les marchés et exproprier ce qui appartient au peuple. La destruction de l'environnement causée par cette situation n'a pas pris fin avec la guerre. Le problème des ordures n'en est que l'ultime manifestation.»

Dans ce sombre tableau, Adrian Lahoud décèle cependant une lueur positive, celle des «nombreuses expériences surprenantes dans leur forme institutionnelle et la pratique de l'art que je trouve inspirante au Liban »: Christine Tohmé à Ashkal Alwan, Nora Razian au nouveau musée Sursock, Marwa Arsanios à 98 Weeks, Rabih Mroué, Tony Chakar, Walid Raad, Jalal Toufic, Laurence Abu Hamdan. «Il serait impossible de les nommer tous. Leur travail est incroyablement précieux, mais aussi très précaire, car le marché mondial de l'art est déjà positionné pour extraire tout ce qu'il peut de cette situation.»

 

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