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Liban

Le Liban dans l’attente des grandes échéances de mars

La situation
Élie FAYAD | OLJ
23/02/2015

Saad Hariri reste, pour le moment, à Beyrouth. C'est la principale information qui circulait au cours du week-end écoulé dans les arcanes politiques.

Les raisons qui auraient amené le chef du courant du Futur à prendre cette décision sont, semble-t-il, multiples. D'après une source proche de la « Maison du Centre » (la résidence de M. Hariri), citée par notre chroniqueur diplomatique Khalil Fleyhane, c'est essentiellement la querelle autour du mécanisme de l'action gouvernementale et le risque qu'elle fait peser sur la survie du cabinet Salam qui auraient persuadé l'ancien Premier ministre de modifier son agenda, celui-ci prévoyant initialement un bref séjour au Liban.

Mais d'autres sources politiques font état de motifs plus vastes, liés à la poursuite du dialogue avec le Hezbollah, aux impératifs du maintien de la stabilité au Liban, politique mais aussi et surtout sécuritaire, et enfin aux importantes échéances régionales prévues en mars prochain, ou en tout cas pour deux d'entre elles, à partir de mars.

(Lire aussi : Que s'est-il passé au cours de la réunion entre Sleiman et huit ministres ?)

Une chose est sûre : M. Hariri est depuis son arrivée à Beyrouth, le jour du dixième anniversaire de l'assassinat de son père, redevenu le centre de gravité d'une vie politique qui a été quelque peu redynamisée ces jours derniers, sans que cela n'augure pour l'instant d'une fin prochaine des blocages institutionnels que le pays connaît.

Sachant que sa formation est engagée dans un dialogue jugé fructueux avec le Hezbollah, qu'il est lui-même en contact sinon amical, du moins apaisé et souriant avec le général Michel Aoun, et qu'il a eu une entrevue manifestement importante vendredi soir avec le président de la Chambre, Nabih Berry, on peut déduire de tout cela, ainsi que l'a souligné le député du Futur Ahmad Fatfat, que l'époque où le 8 Mars s'efforçait de gratifier Saad Hariri d'un « one way ticket » est désormais bien révolue.

L'ancien Premier ministre est ainsi en train de récolter aujourd'hui les fruits de l'ouverture politique qu'il avait enclenchée au soir de la première séance du procès des assassins de Rafic Hariri, à La Haye, il y a un peu plus d'un an, notent les observateurs. À l'époque, cette ouverture, notamment en direction du Hezbollah, avait pavé la voie à la formation du gouvernement Salam.

(Lire aussi : Rifi : « Le Hezbollah court au suicide »)

Dans l'immédiat, M. Hariri devra donc s'atteler à la tâche d'aider à remettre sur pied l'équipe gouvernementale en place, paralysée par un mécanisme « extraconstitutionnel » inhibant, adopté pour parer à la vacance présidentielle et aux termes duquel l'unanimité des vingt-quatre membres du cabinet est requise pour toutes les décisions prises en Conseil des ministres.

Il se trouve que l'ensemble des composantes chrétiennes du gouvernement sont attachées au maintien de ce mécanisme, dans le but déclaré d'éviter de banaliser l'absence d'un président de la République. Cette position fait écho à celle exprimée par le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï.

Seule voix discordante au plan chrétien, les Forces libanaises qui, tout en étant hors du gouvernement, se déclarent attachées à la stabilité ministérielle et prônent le retour à la Constitution. Celle-ci prévoit, dans son article 65, que les décisions ordinaires sont prises en Conseil des ministres à la majorité simple, les mesures portant sur les questions sensibles devant être adoptées à la majorité des deux tiers.

M. Berry et le chef du PSP, Walid Joumblatt, préconisent eux aussi un rétablissement de ces règles. Quant au Premier ministre, Tammam Salam, qui devait regagner hier soir Beyrouth, il avait proposé une solution médiane.

(Lire aussi : Hariri : Le dialogue vise à fournir un minimum de stabilité politique et économique au pays)

Les prochaines quarante-huit heures vont donc être employées à décider si une séance du Conseil des ministres sera tenue ou pas jeudi prochain et en vertu de quel mécanisme.
Au-delà de ces considérations ponctuelles, mais néanmoins urgentes, se poseront les grandes échéances du mois prochain et dont on peut escompter des retombées sur la scène libanaise. Il s'agit, en premier lieu, des élections israéliennes, prévues le 17 mars. Le scrutin paraît loin d'être joué d'avance, ce qui, à en croire certains observateurs, pourrait peut-être ouvrir la voie à des scénarios divers, y compris de déstabilisation militaire.

En deuxième lieu se profile l'accord-cadre irano-américain censé préparer le terrain à une entente définitive, prévue en juin, sur le dossier du nucléaire. Dans les milieux du 8 Mars, on pense d'ores et déjà que si l'accord est conclu, Téhéran va en toucher les dividendes en termes de reconnaissance de son influence dans la région. Rien n'est moins sûr, rétorque-t-on en face, où l'on met l'accent sur les désordres que suscite jusqu'ici cette influence iranienne partout où elle se manifeste.

Enfin, la troisième échéance, encore problématique, est la mise en place d'un processus politique en vue d'une solution à la crise syrienne. C'est dans la perspective de ce processus que le régime syrien a lancé d'importantes offensives militaires ces dernières semaines afin de tenter d'améliorer sa position à la table des pourparlers. Force est de constater qu'à ce stade, ces offensives n'ont guère changé fondamentalement la donne sur le terrain.


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LA TABLE RONDE

Toutefois la source avoue: «Sans le soutien américain, nous aurions été obligés d'accepter les dons russes et iraniens, ce qui nous aurait créé des problèmes avec le bloc du 14-Mars , mais aussi avec les Américains et les Européens. Certes, le soutien des États-Unis contribue surtout à nous empêcher d'aller vers les Russes et les Iraniens comme solution de rechange».
Pour sa part, la Grande-Bretagne a offert divers programmes de formation militaire et de sessions . «Américains et Britanniques fournissent au service de renseignement militaire libanais de précieux renseignements dans la lutte contre le terrorisme» explique la source.
Quand aux Britanniques, "ils poursuivent ce qu’ils ont commencé à faire il y a près d'un an, c’est-a-dire la construction de 13 à 20 sentinelles de surveillance, munis de radars et de dispositifs de contrôle le long de la frontière libano-syrienne, à partir de Qouleiat jusqu'à Ersal, évitant les zones où les combattants de la résistance sont répandus. Ces équipements permettent de couvrir de grandes zones géographiques périphériques, sous la supervision d’une cellule d'opérations de l'armée " précise la source.
Dans ce contexte, on comprend pourquoi la source affirme que «l'armée ne ressent pas de pression venant de la part des Etats-Unis ou de la Grande-Bretagne en raison d’une "coordination" avec le Hezb résistant ».

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