Selon le directeur exécutif chargé des indices mondiaux à l’Insead, Bruno Lanvin, le Liban peut capitaliser sur plusieurs atouts pour améliorer sa gestion des talents.
La seconde édition de l'Indice mondial de compétitivité des talents (GTCI) de l'Insead (l'Institut européen d'administration des affaires, l'une des meilleures écoles de commerce au monde) classe le Liban en 57e position sur 93 pays. Cet indice mesure la capacité des pays à développer, attirer et retenir les talents, en se basant sur une soixantaine de critères. À première vue, les performances du Liban paraissent très moyennes. Comparé aux pays de même catégorie – les pays à revenus intermédiaires –, le Liban est 12e sur 28. Parmi les 13 pays de la région d'Asie de l'Ouest et d'Afrique du Nord, le Liban n'arrive qu'à la 6e position, derrière les Émirats arabes unis, le Qatar et l'Arabie saoudite. « Mais si les pays du Golfe ont un bon classement, c'est aussi en partie grâce aux Libanais qui y travaillent, souligne Bruno Lanvin, directeur exécutif chargé des indices mondiaux à l'Insead. Un grand nombre de talents libanais ont quitté leur pays, mais il en reste aussi beaucoup. »
« Car le Liban est dans une situation assez paradoxale, poursuit-il. Son niveau global est moyen, mais il est parmi les meilleurs dans ce qu'il y a de plus difficile à faire : générer des compétences de haut niveau, de grands managers. » Le pays est en effet classé 39e mondial à ce niveau. Cela s'explique par la qualité de l'éducation dans le pays mais aussi par le fait que de nombreux Libanais se forment à l'étranger, dans de grandes universités, avant de rentrer dans leur pays.
Le Libanais, compétiteur dans l'âme
Au-delà des classements, « l'objectif de ce rapport est d'aider les gouvernements à identifier les forces et les faiblesses de leur pays et de s'inspirer des meilleures pratiques mondiales en termes de gestion des talents », souligne M. Lanvin, selon qui le Liban devrait capitaliser aussi sur d'autres atouts : « Les Libanais sont compétiteurs dans l'âme, c'est une caractéristique culturelle de taille. »
Beyrouth a aussi l'avantage d'évoluer dans une économie ouverte en mesure d'accueillir des investissements directs étrangers. « Mais il faut savoir les exploiter sans forcément s'inspirer des modèles égyptien ou tunisien qui ont accueilli les centres d'appels de grandes entreprises qui créent certes des emplois, mais des emplois non qualifiés, sans transferts de compétences, souligne M. Lanvin. Il faut plutôt prendre exemple sur des pays comme le Costa Rica, qui a réussi à convaincre des multinationales de s'installer dans le pays et de former des cadres locaux. »
Le Liban a également un atout qu'il est très difficile de développer : le style et la qualité de vie, un critère qui lui vaut la 35e place mondiale.
Manque de formation continue
Mais le pays souffre aussi de nombreuses lacunes en matière de gestion de ses talents, dont une essentielle : l'absence de formation continue. » « Le Liban s'inscrit dans la tradition française selon laquelle on étudie puis on travaille, explique Bruno Lanvin. Or on sait aujourd'hui que la moitié des connaissances acquises dans les universités sont déjà dépassées lorsqu'on arrive sur le marché du travail. D'où l'importance de proposer des formations tout au long de la vie, pas seulement pour les élites, mais aussi pour développer les compétences techniques. » Par exemple, le Liban est 13e mondial au niveau de la qualité de ses écoles de management, mais 68e au niveau de l'étendue des formations proposées en entreprise.
Mais le critère qui vaut au Liban le plus mauvais classement est évidemment l'instabilité politique (91e sur 93 pays). Difficile dans ce contexte de retenir les talents et encore moins de les attirer. « La marge de manœuvre des décideurs libanais peut paraître limitée aujourd'hui, mais il faut préparer l'avenir », souligne M. Lanvin en proposant quelques axes de réflexion. D'abord, renforcer la coordination entre l'État, le système éducatif et les entreprises pour impliquer les jeunes de moins de trente ans et leur donner des opportunités, en développant notamment l'éducation à distance. Ensuite, réfléchir à un modèle de société dans laquelle chacun peut réussir. « Le Liban peut s'inspirer du modèle estonien. Lorsque ce petit pays a pris son indépendance, 95 % de son commerce extérieur a disparu. Mais très vite, il a développé les services de gouvernement en ligne et mis en place l'écosystème qui a permis l'essor des entreprises de technologies de l'information et de la communication, dont la plus célèbre est Skype », dit-il.
Le Liban doit aussi se préparer selon lui aux bouleversements du marché du travail. « Les technologies de l'information ne vont pas seulement affecter les postes manuels. La définition de tous les métiers est en train d'évoluer, notamment dans le secteur bancaire », conclut-il.
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06 h 45, le 07 février 2015