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Liban

Abdallah, l’homme-clé du sommet arabe de Beyrouth

Commentaire
Élie FAYAD | OLJ
24/01/2015

En mars 2002, Beyrouth, capitale d'un État à la diplomatie encore très bridée par la tutelle syrienne et son dogme de la « concomitance des volets » face à Israël, s'apprête à accueillir un sommet arabe qui fera date à plus d'un titre. À l'époque, le roi d'Arabie saoudite, Fahd ben Abdel Aziz, malade, avait délégué l'exercice du pouvoir au prince héritier Abdallah. Ce dernier venait de lancer une initiative visant à mettre un terme au conflit entre Israël et les Arabes. Son appel était le couronnement d'un processus lent engagé vingt ans plus tôt, au sommet arabe de Fès.

La conférence, tenue à Beyrouth en l'absence de certains poids-lourds arabes, tels le président égyptien Hosni Moubarak, le numéro un irakien Saddam Hussein, le roi Abdallah de Jordanie et le chef de l'OLP Yasser Arafat, allait néanmoins entériner l'initiative du prince héritier Abdallah, laquelle était appelée à devenir ultérieurement une arme de paix aux mains des Arabes modérés face à l'État hébreu, d'un côté, et à l'axe de la « moumanaa » conduit par l'Iran et la Syrie, de l'autre.

 

(Lire aussi : Les trois défis diplomatiques de Salmane : I – Les relations entre Riyad et Téhéran)


Mais pour l'heure, c'est à l'unanimité que le plan est adopté par les participants au sommet, y compris le tout jeune président syrien, Bachar el-Assad, venu au pouvoir à Damas mois de deux ans plus tôt. Mais il est vrai que le dirigeant syrien aura tout tenté, avec son style didactique singulier, pour freiner les ardeurs pacifiques du prince Abdallah et limiter la portée du plan. Quant à son protégé libanais Émile Lahoud, il ne mentionnera même pas l'initiative Abdallah dans son intervention, préférant développer une approche radicale du processus de paix.
La participation de Bachar à ce sommet avait été regardée à l'époque comme une première amorce de reconnaissance effective, sinon formelle, de l'existence d'un Liban indépendant par la Syrie.
Le sommet sera en outre l'occasion d'un rabibochage irako-koweïtien et irako-saoudien, le prince héritier Abdallah allant jusqu'à consentir une accolade au numéro deux irakien, Izzat Ibrahim.

Mais il ne s'agissait là que de broutilles à côté du vrai plat de résistance du sommet, l'offre faite à Israël. Pour la première fois depuis le début du conflit, en effet, le monde arabe proposait des relations normales à l'État hébreu, moyennant un retour aux frontières de 1967, la création d'un État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale et un règlement juste de la question des réfugiés palestiniens, sans que cela ne signifie nécessairement leur retour dans la Palestine historique.

 

(Lire aussi : « Avec Salmane les grandes lignes restent les mêmes, et Moqren fait l'unanimité »)


Une nuance sera tout de même introduite sur ce dernier point. Sur l'insistance de la partie libanaise, un article est ajouté au plan, rejetant « toutes les formes de réinstallation de Palestiniens qui serait incompatible avec la situation particulière dans les pays d'accueil arabes ». On sait que l'opposition à « l'implantation » des Palestiniens, question hautement sensible aux yeux de l'opinion publique libanaise, figure dans le préambule de la Constitution.
Hélas, ce rajout va aussitôt permettre au Premier ministre israélien d'alors, Ariel Sharon, d'entrer par la brèche pour rejeter l'initiative arabe dans son ensemble. En réalité, Sharon considérait, tout comme Benjamin Netanyahu aujourd'hui, que les frontières de 1967 étaient mortelles pour son État, mais il n'était pas sûr que l'opinion mondiale était prête à le suivre sur ce point. L'Europe, en particulier, mais aussi les États-Unis accueillirent très favorablement l'initiative, et la France alla même jusqu'à tancer la Syrie et le Liban pour leur attitude négative.
Cependant, la conjonction des extrêmes finit souvent par avoir le dessus : Israël n'épargnera aucun effort pour enterrer le plan de paix et renforcer ses adversaires dans le monde arabe, lesquels feront tout pour s'assurer que le texte demeure lettre morte.

 

(Lire aussi : Abdallah, main dans la main avec...)


Sept ans plus tard, en 2009, lors d'un minisommet arabe à Doha, Bachar el-Assad tentera – explicitement cette fois-ci – d'amener ses pairs à enterrer définitivement le plan. Il aura face à lui le président d'un État fraîchement libéré de l'emprise syrienne : Michel Sleiman venait il y a quelques mois d'inaugurer son mandat. Il s'oppose à la remise en question du plan, rétablissant ainsi à Baabda une diplomatie émancipée qui n'était plus de mise depuis Taëf.
Officiellement, l'initiative de paix du défunt roi Abdallah reste le dernier mot du monde arabe...

 

Lire aussi
Continuité, mode d'emploi, l’éditorial de Issa Goraieb

Dis-moi ce qui te rend heureux et je te dirai..., l'article de Ziyad Makhoul

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