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Moyen Orient et Monde

Majed Bamya à « L’OLJ » : Nous sommes tous les enfants d’une Nakba qui continue, de Gaza au Liban

Interview

Le premier secrétaire du ministère des AE de l'État palestinien répond aux questions de « L'Orient-Le Jour » après la trêve conclue entre Israël et le Hamas et insiste grandement sur l'unité Fateh/Hamas.

06/08/2014

Au 29e jour de l'offensive israélienne sur la bande de Gaza, un accord entre les parties au conflit a été conclu au Caire : 72 heures de trêve qui devraient donner l'occasion aux Gazaouis de se ravitailler et de respirer, fût-ce dans les ruines. Sachant que tous les cessez-le-feu précédents ont volé en éclats, y compris le seul accepté par Israël et le Hamas vendredi, la communauté internationale retient son souffle, trop habituée à voir l'un ou l'autre rompre une paix illusoire.


Majed Bamya, premier secrétaire du ministère des Affaires étrangères de l'État palestinien, comprend parfaitement ce scepticisme. En s'appuyant sur des chiffres, le diplomate montre que ce ne serait pas la première fois qu'Israël contreviendrait aux règlements internationaux. « Israël, la puissance occupante, a déjà attaqué les Palestiniens dans la bande de Gaza à 6 reprises en 8 ans, tuant près de 4 000 Palestiniens, y compris près de 1 900 au cours de cette agression, dont 400 enfants. Ces attaques répétées ont eu lieu alors que se poursuivait le siège illégal et inhumain imposé à notre peuple à Gaza. » Pour le diplomate, rien ne garantit que les deux parties vont respecter cette nouvelle trêve, mais il insiste sur le fait qu'aujourd'hui, « il ne s'agit pas d'arrêter les massacres jusqu'à la prochaine fois, mais bien de trouver des solutions durables qui assurent la liberté et la dignité pour les Palestiniens, et par là même la sécurité ».


Avant cet accord de cessez-le-feu, Israël avait retiré une partie de ses troupes de la frontière avec la bande de Gaza. Fin de mission pour l'armée ? La destruction des tunnels est-elle la seule raison qui a poussé Israël à ce geste d'apaisement ? « La puissance occupante n'a cessé d'invoquer de nouvelles raisons pour justifier son agression : la disparition de 3 colons, les roquettes, les tunnels », critique M. Bamya. En fait, l'État hébreu « veut fuir le terrain politique, où sa colonisation est unanimement dénoncée, vers le terrain militaire, où elle espère obtenir plus de soutien ». Ce qui a été le cas, certains États lui ayant reconnu le droit de se défendre. En agissant ainsi, la communauté internationale a « non seulement fait fi du droit international, elle l'a indirectement encouragé à poursuivre son attaque meurtrière ».

 

(Reportage : A Gaza, les chirurgiens plastiques débordés par les horreurs de la guerre)

 

Confiance aveugle
Ce n'est qu'après le troisième bombardement touchant une école onusienne que les grandes capitales du monde ont fait part de leur émoi le plus sincère. Le diplomate confirme ce changement de position : « Face à la magnitude des massacres, les positions internationales ont changé. Désormais, l'argument sécuritaire utilisé par Israël depuis 1948 ne pourra plus justifier ces crimes de guerre. »


Si cette pression internationale n'a jamais vraiment freiné les ambitions de l'État hébreu, elle est clairement une preuve de compassion pour les habitants de la bande de Gaza. Il faut remettre l'offensive israélienne dans son contexte : elle avait débuté quelques jours après une nouvelle alliance Fateh/Hamas autour d'un gouvernement de « consensus » palestinien. Ce cabinet, avait promis le président palestinien Mahmoud Abbas, rejetterait la violence et reconnaîtrait Israël.


Pouvons-nous dire que le Fateh en veut au Hamas pour ses initiatives belliqueuses, qu'il ne s'est pas lâché en privé pour lui asséner ses quatre vérités ? Ou est-ce que rétrospectivement, il a trouvé légitimes les actions du mouvement islamiste ? Majed Bamya est catégorique : « La responsabilité de la détérioration de la situation incombe à la puissance occupante qui, quand elle bombarde Gaza, continue ses incursions, arrestations et exécutions extrajudiciaires en Cisjordanie. Ce sont les actions d'Israël, notamment la poursuite de la colonisation qui constitue un crime de guerre, qui ont décrédibilisé le processus politique. » Et comme pour insister encore sur une confiance et un soutien aveugles entre le Fateh et le Hamas, il assure que si la guerre s'arrêtait aujourd'hui, le Fateh, au nom de l'entente nationale, prêtera main-forte à son allié islamiste et l'aidera à faire face aux pertes humaines, matérielles et économiques. « Les bombes et les balles israéliennes ne font aucune distinction entre les Palestiniens, ni par appartenance politique, ni par âge, ni par genre. Et c'est donc ensemble que nous allons reconstruire ce qu'Israël cherche désespérément à détruire : la Palestine. L'unité palestinienne était une des cibles principales de l'agression israélienne. Préserver cette unité est un des éléments de notre victoire à court et long terme. Nous sommes tous les enfants d'une Nakba qui continue, que ce soit à Gaza, en Cisjordanie, à Jérusalem, dans les camps de réfugiés au Liban ou à l'intérieur de la ligne verte. »

 

(Lire aussi : Dessine-moi un mouton ? Non, juste une maison bombardée par des avions...)

 

L'impunité d'Israël
Et c'est dans ce but que s'est rendue au Caire une délégation palestinienne. Car finalement cette trêve n'est pas qu'un simple répit dans la guerre, c'est aussi une apparente volonté des parties de trouver à la crise une solution politique. Le bras de fer entre Israël et le Hamas se poursuivra-t-il pendant les négociations sous médiation égyptienne ? « La présence d'une délégation unitaire palestinienne en Égypte est un signal important. L'agression israélienne vise le peuple palestinien tout entier, et c'est le peuple palestinien qui exige la fin des massacres, mais aussi la fin du siège et la libération des prisonniers, autant d'étapes indispensables vers la libération. Toutes ces demandes palestiniennes ne sont pas seulement légitimes et conformes au droit international, elles devraient être une exigence internationale », a martelé le diplomate. « Nous refusons de coexister avec l'oppression, et nous demandons donc à tous de nous soutenir pour y mettre fin, et non pas chercher un calme illusoire alors que celle-ci se poursuit. Nous devons tous œuvrer pour mettre fin à l'impunité d'Israël qui est la principale menace à la paix et à la sécurité dans la région », conclut le diplomate, comme pour certifier que la Palestine n'est prête à aucun compromis.

 

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M.V.

Non ! je regrette ,désolé je ne suis pas un enfant de cette fameuse nakba ...et je refuse cet amalgame en forme de slogan facile...! d'ailleurs au Liban ont a déjà payé trop trop cher ! pour ce genre de contre vérité palestino/sophiste ...

Ged Antoine

Antoine Ged

Quand je considère le territoire si exigu de Gaza, coupé du reste de la Cisjordanie, enclavé dans une terre hostile, sans aucunes richesses naturelles, souffrant en outre d'une surpopulation, d'une misère et d'un
chômage endémiques, ne pouvant compter pour sa
survie quotidienne que sur les maigres subsides versés par la communauté internationale, je
m'effraie et je m'interroge :

Ne vaudrait-il pas mieux une Cisjordanie élargie où vivraient dans une paix retrouvée ces millions de Palestiniens de Gaza aujourd'hui affamés,
déshérités et désespérés ?

Le Hamas continuerait-il alors de jouir de cette totale impunité que lui confère son rôle auto-proclamé de seul leader de toute la communauté palestinienne ?

Mais un transfert aussi massif de tout un peuple vers cette nouvelle Terre Promise pourrait-il être réalisé sans qu'en pâtissent avec trop de
douleur ces pauvres gens déjà effroyablement meurtris par les vicissitudes qu'ils ont connues dans leur vie de tous les jours ?

Oui, vraiment ! Je m'effraie et je m'interroge.

Mais vous, qu'en pensez-vous...?

A vous lire,

Antoine Hakim-Ged

Le Figaro
Le 28 Décembre 2008, à 10h19

Ged Antoine

Mes chers Ami(e)s,

Permettez-moi de vous remémorer une réflexion de Monsieur Raymond Aron,le célèbre philosophe et politologue français, à propos de la conduite d'Israël vis-à-vis de ses voisins arabes.

Je précise que ces propos remontent à l'année 1976 :

" Israël, depuis 1948 jusqu'à ce jour, agit en fonction d'une doctrine de sécurité dont l'efficacité militaire va en sens contraire de la finalité politique ".

" Si les Israéliens renforcent leur réussite militaire, ils réduisent leurs chances d'une reconnaissance politique ".

Eh bien, à voir comment les dirigeants israéliens persistent dans leurs errements pour ce qui est de leur conduite envers les populations arabes, on peut légitimement se demander s'il ne serait pas opportun de leur conseiller de lire, ou relire, les principaux ouvrages de ce grand professeur juif aujourd'hui disparu.

Et vous, qu'en pensez-vous...?

Très fidèlement,

Antoine Hakim-Ged

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