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Liban

El-Amine fait faux bond au TSL et Khayat accuse le gouvernement libanais de laxisme

Liban

Karma Khayat et al-Jadeed plaident non coupables devant le tribunal international.

OLJ
14/05/2014

L'audience prévue hier pour la comparution des journalistes d'al-Jadeed et du quotidien al-Akhbar devant le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), Karma Khayat et Ibrahim el-Amine, a mobilisé hier une large partie des Libanais qui ont suivi avec grand intérêt la procédure, mais aussi les débats houleux suscités par les accusations adressées par le TSL aux deux médias et aux journalistes en question.

Alors que les représentants d'al-Jadeed (New TV SAL) et la journaliste Karma Khayat ont obtempéré à la convocation qui leur a été adressée par le tribunal, Ibrahim el-Amine, lui, s'est abstenu, alléguant un « délai insuffisant » pour se préparer.

Le TSL avait ordonné, le 25 avril dernier, la comparution d'Ibrahim el-Amine et Karma Khayat pour outrage et obstruction à la justice.

Al-Akhbar Beirut S.A.L. et Ibrahim Mohammad al-Amine sont accusés d'avoir délibérément et sciemment entravé le cours de la justice en publiant des informations sur de prétendus témoins confidentiels dans l'affaire Ayyache et autres, à savoir l'affaire de l'assassinat de Rafic Hariri.

Ibrahim el-Amine a adressé une lettre au TSL pour demander le report de la procédure le concernant et concernant le journal. Dans cette lettre, dont les grandes lignes ont été dévoilées par le juge Nicola Lettieri qui présidait la séance, M. Amine indique que cette affaire « est très grave et porte atteinte à sa sécurité, à celle de sa famille et à celle de ses collègues d'al-Akhbar ».
Soulignant ne pas avoir été en mesure de choisir un conseil adéquat, il demande le report des comparutions initiales. Le journaliste indique également être « particulièrement préoccupé par les conséquences » de ce qu'il qualifie d'« éventuelle erreur » à son encontre.
Les accusés avaient toutefois la possibilité de choisir de comparaître devant la cour en personne ou par vidéoconférence.

 

(Lire aussi : Affaire al-Jadeed/« al-Akhbar » : violation de la liberté de presse ou crime ?)



« Je peux comprendre que M. Amine ait besoin de temps pour organiser sa défense », a déclaré François Roux, chef du bureau de la défense.
« Nous pouvons comprendre que M. Amine ait besoin de mettre en place un plan de défense, mais ceci ne requiert pas ni ne justifie de ne pas se présenter devant la cour lors de la première convocation », a souligné, de son côté, le juge.


Le juge Lettieri a fixé au 29 mai une nouvelle convocation pour le journaliste, qui persiste et signe dans un entretien à la NTV affirmant qu'il « ne comparaîtra pas » si ses conditions ne sont pas remplies.
Après cette annonce, M. Amine a également indiqué que deux semaines supplémentaires ne lui suffiront pas à se préparer, soulignant qu'il allait consulter ses avocats.
« Je ne me présenterai devant le TSL le 29 mai que si la cour a prouvé qu'elle cherche vraiment la justice », a-t-il également ajouté, s'exprimant depuis les locaux d'al-Akhbar à Beyrouth.

Affaire al-Jadeed
Al-Jadeed et sa journaliste, Karma Mohammad Tahsin Khayat, ont conmparu tôt hier matin à La Haye devant le TSL.
Al-Jadeed TV, New TV S.A.L., Karma Mohammad Tahsin Khayat sont accusés d'avoir délibérément et sciemment entravé le cours de la justice en diffusant des informations sur de prétendus témoins confidentiels, entravant par ailleurs le cours de la justice en ne retirant pas du site Internet d'al-Jadeed TV et de la chaîne YouTube d'al-Jadeed TV des informations sur de prétendus témoins confidentiels.

 

(Lire aussi : Modalité et date de la comparution des journalistes accusés dans les affaires d'outrage)


Lors de sa comparution, Karma Khayat s'est exprimée face à la cour.
« Je suis ici devant vous pour répondre de charges qui touchent mes principes fondamentaux et ceux du journalisme international. » « La recherche de la vérité est un droit sacré », a poursuivi la jeune femme, assurant vouloir « défendre ses droits ».
« Je suis jugée aujourd'hui tout simplement car nous avons voulu protéger des informations secrètes, confidentielles, qui venaient de chez vous (du TSL, NDLR) », a-t-elle ajouté.
S'attaquant au gouvernement libanais, Mme Khayat a regretté de ne pas avoir à rendre des comptes devant la justice libanaise.
« Mon gouvernement, malheureusement, est régi par des forces externes et a décidé d'abandonner sa souveraineté et de remplacer la tutelle syrienne par une autre, une tutelle internationale », a-t-elle encore lancé, avant de souligner « ne pas être dans l'erreur ».

Karma Khayat a ensuite indiqué qu'elle plaidait non coupable, à l'instar d'al-Jadeed quelques minutes plus tôt.
Après la déclaration de la journaliste, son avocat, Me Karim Khan, qui représente aussi les accusés de ce média et son journaliste, a demandé au juge Lettieri une extension du délai de deux semaines à 60 jours pour l'étude du dossier. La cour lui a accordé un délai jusqu'au 16 juin pour soumettre ses arguments à la cour.

Lors des deux comparutions, M. Khan, un juriste de réputation internationale, a appelé l'accusation à préciser la dénomination de l'accusé, précisant qu'al-Jadeed est une entité juridique différente de New TV S.A.L.
« C'est une différence fondamentale, d'où la nécessité de préciser les choses », a-t-il insisté à l'adresse du juge Lettieri. La cible de l'accusation est-elle al-Jadeed « une personne morale ? » ou New TV SAL, a-t-il insisté. Le juge a répondu en demandant à l'avocat de présenter une demande de clarification par écrit au TSL.
« Chacun des accusés fait l'objet de deux chefs d'accusation : délit d'outrage et entrave à la justice, a poursuivi le juge. Des chefs d'accusation considérés comme des délits », a rappelé la cour.

Le juge a tenu à préciser que ces chefs d'accusation ne concernent pas d'éventuelles critiques formulées à l'encontre du TSL ou de ses activités. Ces critiques sont autorisées par le droit et font partie des fonctions fondamentales des médias, a-t-il souligné.
« Les chefs d'accusation concernent en revanche une interférence alléguée dans la bonne administration de la justice via la publication par certains médias des noms de certaines personnes présentées comme des témoins protégés », dans l'affaire de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Hariri, a encore déclaré le juge.

Les accusations portées contre les journalistes d'al-Jadeed et d'al-Akhbar d'avoir mis en danger la sécurité de plusieurs centaines de témoins ou de personnes qualifiées comme telles sont lourdes et sérieuses, les poursuites engagées à leur encontre pouvant aboutir à des sanctions allant jusqu'à 7 ans de prison et/ou une amende jusqu'à cent mille euros. Ils peuvent tout aussi bien être innocentés.

Parallèlement à l'audience, la campagne de soutien et de solidarité avec les journalistes libanais s'est poursuivie hier. Plusieurs voix critiques du TSL ont attaqué frontalement l'institution judiciaire, l'accusant d'être « politisée », « instrumentalisée » et pratiquant la politique « des deux poids, deux mesures ». La question est de savoir pourquoi le TSL s'est contenté d'engager des poursuites contre des journalistes libanais exclusivement, ignorant totalement les « fuites » parvenues à des quotidiens occidentaux, notamment le Der Spiegel, Le Monde, Le Figaro et la chaîne canadienne CBC. Interrogé à plusieurs reprises par L'Orient-Le Jour sur cette question précise, le TSL et le bureau du procureur se sont abstenus de répondre.

Je.J.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Tel est pris qui croyait prendre ! Bien fait pour leur faciès.

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