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Liban

Farrell : « Aujourd’hui, nous avons une meilleure compréhension de la manière dont s’est déroulé l'assassinat de Hariri »

TSL

Le bureau du procureur se dit « non concerné » par les accusations dirigées contre les journalistes d'« al-Akhbar » et de la NTV.

Jeanine JALKH | OLJ/Propos recueillis à La Haye
05/05/2014

« Ce sont les requêtes déposées devant le tribunal qui parlent à ma place ainsi que l'émotion que j'exprime et continuerai à exprimer au cours du procès. » C'est par ces propos que le procureur du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), Norman Farrell, répond à la question de savoir pourquoi il évite tant de parler en public et en particulier devant les médias.

À ce sujet, plus précisément concernant la procédure engagée contre deux de nos confères, Ibrahim el-Amine, al-Akhbar, et Carma Khayat, al-Jadeed, accusés d'outrage et d'entrave à la justice, le procureur se contente d'une phrase lapidaire : « L'amicus curiea est tout à fait indépendant de nous et soumet ses rapports directement au juge » compétent en matière d'outrage. M. Farrell ne dira pas un mot de plus sur cette affaire qui, le répète à l'envi l'un de ses collaborateurs, « ne concerne l'accusation ni de près ni de loin. »

(Lire aussi : Karma al-Khayat et Ibrahim al-Amine sommés de comparaître devant le TSL)


L'amicus curiea, rappelons-le, est une personnalité non directement liée à l'affaire Hariri, chargée d'offrir des informations, d'assister le tribunal, d'enquêter et d'engager des poursuites dans le but de trancher une affaire donnée, l'outrage au tribunal et l'entrave à la justice présumés portés devant le TSL dans ce cas précis.
Kenneth Scott, qui a succédé à Stéphane Bourgon, est celui qui est actuellement en charge de ce dossier précis, après avoir été désigné à cette fin par le greffier sur demande du juge compétent en matière d'outrage, David Baragwanath.

Dans un entretien exclusif accordé à L'Orient-Le Jour – M. Farrell s'était exprimé avec une extrême parcimonie lors d'un point de presse devant trois médias libanais à la veille de l'ouverture du procès portant sur l'affaire de l'assassinat de Rafic Hariri –, le procureur renonce quelques instants à ses réserves et laisse entrevoir des facettes inédites de sa personnalité.

Pour la première fois également, il révèle des points fascinants relatifs au dossier dit « Ayache et autres ». Sa renommée internationale et son excellente réputation de « technocrate en droit pénal international », couplée à sa « rigueur et à son sens de la perfection » dès qu'il travaille sur un dossier, ont fait de lui l'un des procureurs les plus redoutés, mais aussi des plus discrets publiquement.
De toute évidence, il préfère consacrer son travail à l'enquête plutôt qu'à la communication non justifiée, murmurent ses auxiliaires.

Son professionnalisme a même été reconnu et admis publiquement par son adversaire au sein du TSL, le chef du bureau de la défense, François Roux, qui pourtant ne le ménage pas dès qu'il est question d'évoquer notamment l'affaire Hassan Merhi.

D'ailleurs et à la question de savoir comment M. Roux, qui ne se prive pas de lui lancer des fleurs en public mais ne l'épargne pas pour autant pour avoir volontairement traîné, du moins « pris son temps », avant de soumettre l'acte d'accusation relatif à ce cinquième accusé dans l'affaire Hariri, il répond, de manière subtile. Il refuse ainsi de reconnaître qu'il s'agit là d'une attitude pour le moins « étrange » ou « contradictoire » de la part de son adversaire et s'abstient d'émettre un avis personnel sur M. Roux qu'il « continue de respecter tout autant », comme il dit.

« Je dis tout simplement que ce n'est pas à la défense d'estimer si le bureau du procureur est oui ou non satisfait des éléments de preuves » relatives à l'affaire Merhi, tranche M. Farell. Et d'insister que lui seul et son équipe sont « à même de juger du temps suffisant et nécessaire pour soumettre les actes d'accusation ».

 

(Lire aussi : Assassinat Hariri : le procès suspendu jusqu'à mai)


D'ailleurs, le facteur « temps » reviendra souvent dans la bouche du procureur, son appréciation étant selon lui uniquement conditionnée par le travail requis pour « clarifier le rôle joué par les accusés et s'assurer de la solidité des preuves et de leur irréfutabilité devant la Cour ».
Une définition qui cadre bien avec le principe sacro-saint d'une justice « accélérée, mais non expéditive », guidée par le simple critère de la rigueur, aime-t-il à rappeler.

M. Farrell tient à souligner à cette occasion que l'acte d'accusation en lui-même n'est aucunement « l'aboutissement » d'une procédure judiciaire internationale – « contrairement aux idées reçues et à la perception qu'en a le grand public » –, mais plutôt « une feuille de route ». Celle-ci sert à guider l'équipe pluridisciplinaire d'investigation ainsi que le procureur et ses collaborateurs tout au long d'un processus appelé à progresser selon le rythme d'une « enquête continue dans le temps », mais aussi de la procédure judiciaire en place.
D'ailleurs le procureur – et ce n'est pas la première fois qu'on l'entend le dire en public – préfère faire l'éloge et toujours mettre en avant son équipe d'experts et ses auxiliaires, refusant de se prévaloir du crédit en premier.
« Ce ne sont pas mes réalisations, mais celles de toute une équipe qui me soutient », dit-il à la question de savoir « quels sont finalement les accomplissements qu'il a faits à ce jour, sachant que l'acte d'accusation avait déjà été soumis avant son mandat et que le plus gros du travail avait déjà été achevé dans une large mesure grâce aux efforts cumulés de ses prédécesseurs ».

Merhi, le médiateur
Imperturbable et avec un calme désarmant, Norman Farrell brandit le diagramme que lui et son équipe ont mis en place au lendemain du premier acte d'accusation présenté par son prédécesseur, Daniel Bellemare. Un acte d'accusation qu'ils ont peaufiné par la suite, en apportant les modifications à ce document-clé révélant l'existence d'un cinquième accusé, Hassan Merhi.

 

(Voir ici et ici des documents du TSL sur le système de téléphonie mobile utilisé avant et après l'assassinat de Rafic Hariri)



Le tableau, qui représente le système de téléphonie mobile utilisé en amont et en aval de l'assassinat de Rafic Hariri, montre clairement la « valeur ajoutée » du travail effectué durant son mandat, comme il l'explique. « Aujourd'hui nous avons une meilleure compréhension de la manière dont le crime s'est produit », dit-il, en expliquant les détails figurant sur les nouveaux tableaux reproduits par son équipe. « Ces derniers montrent les réseaux verts (en haut du diagramme) et leurs relations respectives avec le réseau violet et, à partir de là, avec le réseau bleu et par la suite, rouge, dans un mouvement de connexions liées et descendantes », dit-il.
Il rappelle à ce propos que les communications effectuées dans le cadre du réseau vert fonctionnaient de manière exclusive entre Badreddine, Ayache et un « troisième acteur » à l'époque inconnu, qui s'est avéré par la suite être M. Merhi.

L'énigme était de savoir comment ces trois personnes qui se trouvent à la tête du diagramme et qui étaient les principaux acteurs de l'opération communiquaient à leur tour avec le reste de l'équipe, représentée au bas de l'organigramme : à gauche par le réseau violet (Oneissi et Sabra), à droite par le réseau bleu et le fameux réseau rouge (Ayache et autres, encore inconnus à ce stade), actionné immédiatement avant et après l'assassinat de Rafic Hariri, avant de disparaître à jamais.
« La découverte de l'existence de M. Merhi a permis d'expliciter cette énigme, ce cinquième accusé s'étant avéré être le médiateur entre les réseaux verts et les réseaux violets », explique le chef du bureau du procureur. Bref, un lien d'une importance vitale en termes de preuves à présenter devant la Cour, affirme en substance M. Farrell.

(Pour mémoire : Une justice internationale pour ressusciter la mémoire collective)

 

Hamadé, Haoui et Murr
Si les yeux restent encore rivés sur le dossier dit « Ayache », qui continue de bénéficier d'une attention et d'une promotion relativement importante, qu'en est-il donc des affaires dites « en connexion » avec l'affaire Hariri (Hamadé, Haoui et Murr) et sur lesquelles le procureur fait preuve d'un mutisme absolu à ce jour ?
Refusant comme on pouvait s'y attendre d'entrer dans les détails, le procureur se contente de dire que « l'investigation se poursuit de manière accélérée et intensive », assurant que son bureau lui accorde « une importance tout aussi significative que l'affaire Hariri ».
À cette fin, une équipe d'experts et d'analystes a été mise sur pied pour examiner et étudier les preuves que détient l'accusation à ce jour.

(Lire aussi : Sleiman valorise la liberté de l'information et la bonne marche du TSL)

« Maintenant que nous avons réussi à prouver la connectivité collective de ces trois dossiers avec celles de l'affaire Hariri – le modus operandi, la nature et le motif du crime –, nous nous penchons désormais sur chaque cas à part et de manière individuelle pour faire ressortir ses particularités », indique Norman Farrell.
Autant de tâches et de responsabilités qui incombent à son bureau et ses équipes respectives et qui lui font croire que le procès, selon ses « propres estimations », n'est pas prêt de se terminer avant 2015.

« Encore faut-il connaître les arguments qui seront présentés en faveur de la défense des accusés tout au long du processus et voir si par exemple les conseils de défense feront appel ou non sur certains points au cours du procès. De toute évidence, celui-ci serait retardé dans ce cas de figure », explique le procureur. Une inconnue qu'il ne saurait prédire à ce stade de la procédure, nuance-t-il toutefois. Quoi qu'il en soit, Norman Farrell reste confiant pour ce qui est de son obligation de s'acquitter du devoir de coopérer avec la défense, et de lui remettre les dossiers et documents requis pour l'aider à avancer dans son enquête et dans la procédure. « Pour la seule affaire Merhi, nous avons déjà remis aux conseils de la défense plus de 350 000 pages d'éléments relatifs à ce dossier », dit-il. Autre chiffre tout aussi parlant : près de 780 000 pages de dossiers ont été remis à la défense, les derniers en janvier 2014.

C'est dire l'immensité du travail en cours, le volume de documents qui circulent à l'intérieur du TSL et le temps nécessaire aux parties pour les créer, les analyser, puis les éplucher un à un. Un travail de fourmi qui justifierait, en partie, la lenteur d'un processus que le grand public a souvent du mal à comprendre.


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APRÈS NEUF ANS ILS COMMENCENT À COMPRENDRE LA MANIÈRE... IL LEUR FAUT BIEN ENCORE LE DOUBLE POUR COMMENCER À COMPRENDRE, PEUT-ÊTRE, QUI... ET LA MANNE CONTINUE À TOMBER... COMME "PAIE"...

CBG

Petit à petit l'oiseau fait son nid....il y aura des resultats quand ils seront prêts ...

ACE-AN-NAS

Resultat a la saint glin glin .....

Halim Abou Chacra

Le procureur du Tribunal spécial pour le Liban, Norman Farrell, met des années pour avoir "une bonne compréhension de la manière dont s'est déroulé l'assassinat de Hariri". Elles sont extrêmement sophistiquées les méthodes des assassaints de Hariri !

Sabbagha Antoine

Sauf ingérence de la politique espérons que le procès finisse bien avant 2015 pour voir vraiment qui a tué Hariri .

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Rafîk Hariri, le martyr le plus improbable ! Car ce richissime affairiste et empereur du bâtiment, ne devait sa fortune au Liban et celle politique d'ici qu'à la coterie bääSSyriaNique. Mais il eut un jour le tort de raidir l’échine !

ACE-AN-NAS

A la Bonheur ! le machin pourra donc s'attaquer au mystere de l'assassinat de JFK , de Mabhouh , du Cheikh Yassine etc... etc,,, etc.....

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