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Nabil, 38 ans, cameraman : « Je joue au jeu du chat et de la souris »

Un homme, un métier...
Rana ANDRAOS | OLJ
04/11/2013

Nabil a le regard de ceux qui auraient déjà vu défiler trois vies... Originaire de Bab el-Tebbané, il habite dans une banlieue de Beyrouth et occupe le poste de cameraman auprès d’une télévision locale depuis bientôt 8 ans. Son salaire mensuel s’élève à 1 300 dollars. « Nous sommes toujours payés en retard », tient-il toutefois à préciser en ajoutant que, certains mois, lui et ses collègues doivent attendre 45 jours avant d’être rémunérés. Les heures supplémentaires ne sont pas comptabilisées dans un service qui manque de personnel. « L’équipe est composée de 2 cameramen au lieu de 5 », déplore-t-il.


L’essentiel de son salaire est englouti par les postes budgétaires du loyer et de l’essence : 400 et 200 dollars respectivement ; les allers-retours de Beyrouth à Tripoli étant coûteux. Le reste de son salaire (700 dollars) sert à rembourser une carte de crédit à hauteur de 150 dollars par mois, un prêt personnel (275 dollars) et un ordinateur acheté à crédit (125 dollars par mois).


Certains mois, Nabil doit soutenir sa famille nombreuse (10 frères et sœurs). Ses sœurs ne travaillent pas et trois de ses frères sont au chômage. Il s’en sort en ne payant pas ses mensualités. « Certains mois, je me trouve dans l’obligation d’aider ma famille, alors j’esquive mes paiements, mais je sais que le mois d’après, je devrais payer des intérêts. » « En fait je joue constamment au jeu du chat et de la souris », ironise-t-il. Quelquefois il obtient de petits boulots en free-lance qui lui rapportent entre 2 000 et 4 000 dollars, « mais ça n’arrive qu’une fois l’an », ajoute-t-il.
Nabil est un féru de plaisirs marins, mais aussi de ski. Alors comment fait-il pour s’adonner à ses loisirs ? « Pendant la saison estivale et durant les mois skiables, je ne paie pas mes dus de manière systématique, mais je sais que je finirai par payer plus à cause des intérêts. »


S’il a déjà refusé des offres de travail dans les pays du Golfe, c’est qu’il estime que ce sont des emplois où il n’y a aucune garantie. « On m’a proposé un boulot avec un salaire de 7 000 dollars par mois à Dubaï mais j’ai refusé. » C’est que, selon lui, plusieurs de ses amis ont déjà été attirés par des propositions similaires, mais on les licenciait au bout de six mois parce que les employeurs embauchaient des personnes avec des salaires moindres.
Alors, Nabil, comme des milliers de Libanais, attend des jours meilleurs... Heureusement pour lui, le soleil est au rendez-vous 300 jours l’année...

 

 

Pour mémoire

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