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Société - Liban

Hausse ''alarmante'' des cas d'abandon et de maltraitance d'enfants

Les défis économiques compliquent la capacité des parents à ''offrir un environnement propice et sûr à leurs enfants", estime l'Unicef.

Un enfant court dans la rue d'un quartier de Tripoli, au Liban-Nord. Photo d'illustration Joao Sousa

Le Liban a récemment connu une augmentation "alarmante" de diverses formes de maltraitance envers les enfants, qu'elles relèvent de la négligence ou de la maltraitance physique ou sexuelle, a affirmé à L'Orient Today le chef du plaidoyer et de la communication du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) au Liban, Christophe Boulierac. Selon lui, cette hausse est notamment due à l'impact de la crise financière sur les familles et à ''l'inaction'' face à l'effondrement dans le pays.

''L'impact de la crise multiforme qui sévit au Liban, aggravé par les défis éducatifs et financiers, est indéniablement un scénario lié à ''l'inaction", qui a de graves conséquences pour les soignants, les parents et, surtout, le bien-être des enfants", a indiqué M. Boulierac, ajoutant que les défis économiques compliquent la capacité des parents à ''offrir un environnement propice et sûr à leurs enfants".

Le Liban est en proie à une grave crise économique depuis 2019, qui a considérablement réduit le pouvoir d'achat de la plupart des citoyens. La livre libanaise a perdu plus de 98 % de sa valeur par rapport à l'ancien taux de change officiel. Le pays a été témoin d'une inflation galopante, rendant de plus en plus difficile l'accès aux produits de première nécessité, ce qui a entraîné une forte baisse du niveau de vie et profondément impacté la vie quotidienne des habitants.

Les données à disposition de l'Unicef montrent que la crise va en s'aggravant pour les petits Libanais, a ajouté le Christophe Boulierac. 

Hausse attendue des abandons
Les familles vivant dans la pauvreté ont ainsi eu recours à l'abandon de nourrissons, tandis que les enfants sont confrontés à des risques accrus d'enlèvements, selon l'Unicef, qui estime que cette tendance ''inquiétante'' devrait être amenée à augmenter. 

Récit

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En moins d'un mois, L'Orient Today a rapporté quatre cas d'abandon d'enfants, le dernier en date étant un nourrisson retrouvé près de la localité de Sibline, dans le Chouf. Deux autres bébés avaient été retrouvés à Tripoli les 18 et 24 juillet, tandis que deux enfants avaient été abandonnés à Nahr Ibrahim, dans la région de Jbeil à la même période. 

Interrogé sur les mesures légales qui peuvent être prises au Liban lorsqu'un enfant est retrouvé abandonné, M. Boulierac a expliqué que "l'enfant doit être placé dans une structure d'accueil alternative, sur base d'une décision judiciaire". Les parents ou tuteurs qui ont abandonné l'enfant peuvent être retrouvés et font alors face à des ''conséquences judiciaires, l'abandon étant un acte criminel'', ajoute le responsable. 

Dans un rapport publié en 2021 sur les enfants grandissant dans le Liban en crise, l'Unicef avait déjà relevé un taux élevé de séparation entre les enfants et leur famille, avec environ 20.000 d'entre eux hébergés dans des centres d'accueil.

"La dure réalité de la crise, avec le chômage généralisé et la flambée des prix, fait que les parents luttent pour pouvoir mettre de la nourriture sur la table'', a expliqué Christophe Boulierac. Selon le rapport de la Banque mondiale sur la sécurité alimentaire publié en avril, l'inflation au Liban a atteint le chiffre alarmant de 261 % par rapport à l'année précédente. De son côté, le dernier rapport d'Unicef Liban publié en juin, 90 % des personnes s'occupant d'enfants manquent d'argent pour acheter des produits de première nécessité, contre 76 % il y a un an, tandis qu'une proportion écrasante de 75 % des ménages contractent des prêts pour acheter des denrées alimentaires ou des produits de première nécessité.

Négligence et maltraitance
Dans ce contexte, les enfants au Liban font face à un grave problème de négligence, selon le responsable. "Les parents et les personnes qui s'occupent des enfants sont accablés par les circonstances difficiles et se concentrent principalement sur la survie et la prise en charge de leur famille", a-t-il ajouté. "En conséquence, de nombreux enfants sont laissés sans soins ni surveillance adéquats. Il est choquant de constater qu'environ 1,8 million d'enfants vivent dans des foyers où le désespoir prévaut, ce qui pousse les parents à s'en remettre à des mesures désespérées, comme le travail ou le mariage des enfants, pour survivre''.

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Les enfants font également face à une intensification ''troublante'' de la maltraitance, avec une hausse ''alarmante du travail des enfants, des châtiments corporels, des abus sexuels et de l'exploitation'', selon Christophe Boulierac. Le dernier rapport en date de l'Unicef indique notamment que 9 % des ménages au Liban comptent au moins un enfant qui travaille. Un phénomène nettement plus élevé dans les foyers de réfugiés syriens. Par ailleurs, les cas signalés de violence fondée sur le genre à l'encontre des petits ont augmenté de 6 % par rapport à l'année précédente, selon les données du Système de gestion de l'information sur la violence sexiste (Gender-Based Violence Information Management System - GBVIMS).

Les cas les plus répandus de violence basée sur le genre touchant les enfants sont le mariage forcé et les abus psychologiques/émotionnels, qui représentent respectivement 52 et 15 % des abus signalés, selon le responsable de l'Unicef. Les agressions physiques représentent, elles, 13 % des cas signalés, et les agressions sexuelles 12 %''.
L'affaire Lynn Taleb, petite Libanaise de cinq ans décédée en juillet à la suite d'agressions sexuelles répétées, est malheureusement devenue ces dernières semaines un cas emblématique de ce type de maltraitances. 

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Face à toutes ces tendances à la hausse, M. Boulierac fait état d'une ''crise croissante de la protection et du bien-être des enfants'' qui souffrent d'une ''vulnérabilité exacerbée face aux abus et négligences'', aggravée par la crise socioéconomique et l'instabilité politique.

Attention urgente
Ces lacunes concernant la protection de l'enfance nécessitent une attention urgente de la part des autorités, qui devraient notamment mettre à disposition ''suffisamment d'abris et de structures d'accueil temporaires pour les femmes et enfants victimes de violences et d'abus'', a ajouté l'Unicef. Il est également nécessaire d'homogénéiser la réponse des parties concernées en cas d'urgence, avec notamment une ligne d'assistance téléphonique, centralisée et accessible aux enfants ayant besoin d'aide ou d'une protection. 

Revenant en outre sur l'affaire de maltraitance d'enfants dans une garderie du Metn, dévoilée après la fuite de vidéos dans le courant du mois de juillet, l'Unicef a indiqué que le ministère libanais de la Santé travaille à l'élaboration d'une politique de protection de l'enfance à laquelle devra adhérer tout le personnel des centres accueillant des enfants. L'organisation a encore rappelé qu'en 2020, "un programme d'action national pour la protection des femmes et des enfants a été lancé avec le soutien de l'Unicef, ce qui démontre l'engagement des autorités à traiter les questions de protection de l'enfance''. "Cependant, il est important de noter que malgré ces initiatives, il y a toujours des défis qui empêchent la pleine réalisation d'un système de protection de l'enfance robuste", a ajouté le responsable."Des efforts doivent être déployés à l'échelle nationale pour renforcer les programmes de protection sociale, offrir une aide financière aux familles vulnérables et promouvoir des campagnes de sensibilisation axées sur la protection de l'enfance et le soutien aux parents''.

Le Liban a récemment connu une augmentation "alarmante" de diverses formes de maltraitance envers les enfants, qu'elles relèvent de la négligence ou de la maltraitance physique ou sexuelle, a affirmé à L'Orient Today le chef du plaidoyer et de la communication du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) au Liban, Christophe Boulierac. Selon lui, cette hausse est notamment due à...

commentaires (3)

Quand un semblant d'Etat abandonne ses citoyens à la misère, il ne faut pas trop s'étonner de ces abandons de nouveaux nés.

Esber

21 h 07, le 07 août 2023

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Commentaires (3)

  • Quand un semblant d'Etat abandonne ses citoyens à la misère, il ne faut pas trop s'étonner de ces abandons de nouveaux nés.

    Esber

    21 h 07, le 07 août 2023

  • C'est une des conséquences de la decivilisation. Il y en a beaucoup d'autres : la violence disproportionnée lors des petits litiges au quotidien, les hits and runs, les violences conjugales, l'augmentation/le recours de la croyance á des puissances supra naturelles, l'analphabetisme, le racisme et l'intolérance dont pâtit entre autres et de manière injuste la communauté syrienne légalement installée etc... On ressemble plus aux pays d'Afrique où les individus littéralement se battent entre eux pour survivre qu'aux pays européens. Tout ceci en moins de 4 ans. Et le pire est que ces pratiques acquises perdureront longtemps après/si il y a un rétablissement. Mais la clique au pouvoir trop occupée á mendier du haut de sa tour d'ivoire ne voit pas ces transformations. Il faut un petit peu d humanité pour cela

    Moi

    13 h 17, le 07 août 2023

  • Ils nous rabâchent sans cesse que l’Occident n’a pas de valeurs morales. Bon, qu’ils nous montrent leur supériorité morale maintenant.

    Mago1

    20 h 41, le 06 août 2023

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