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Campus - TÉMOIGNAGES

Ces étudiants étrangers qui aiment le Liban en dépit de tout

Ils avaient choisi d’étudier au pays du Cèdre, la plupart par intérêt pour cette région du Moyen-Orient qui les passionne tant, ou pour vivre une nouvelle expérience. Un an plus tard, ceux qui ont dû retourner dans leur pays d’origine ne rêvent que d’une chose : revenir s’installer au Liban.

Ces étudiants étrangers qui aiment le Liban en dépit de tout

Aubin Eymard. Photo Jade Dessaint

Encouragés par les accords des échanges universitaires établis entre leur pays et le Liban, ils ont franchi le pas, non sans une certaine appréhension au début. Les premiers mois, ils ont été déboussolés par l’anarchie régnante et le manque d’infrastructures dans le pays, mais ils ont finalement réussi à « s’adapter et à se débrouiller comme tous les Libanais » et sont tombés sous le charme de ce pays « si attachant ». « Le plus difficile, c’est d’expliquer aux Libanais les raisons qui nous poussent à revenir vivre ici », affirme dans un sourire Nùria Roma Font, qui a complété, il y a un an, un master en droits humains et démocratie dans le monde arabe à l’Université Saint-Joseph (USJ). De retour à Barcelone, la jeune avocate espagnole a la nostalgie du Liban, de son chaos et de ce « quelque chose d’unique qui existe dans ce pays ». Elle plie bagage, demande à l’organisation internationale pour laquelle elle travaille de lui accorder la possibilité de travailler à distance à partir du Liban et savoure intensément, depuis trois mois, chaque instant dans ce pays qui l’attire tant. « En Autriche où j’ai passé quelques années, je ne me suis jamais sentie “chez moi”. Les gens sont plus distants, plus froids », précise-t-elle, avant d’ajouter : « Je me sens même beaucoup plus en sécurité ici qu’à Barcelone. Dans les cafés au Liban, je n’ai aucun problème de garder mon ordinateur ou mon téléphone portable sur la table si je dois m’absenter quelques minutes et je ne suis jamais aux aguets des pickpockets dans la rue. Alors qu’à Barcelone, je n’aurais jamais osé le faire, car on vous volerait immédiatement votre portable et votre sac. »

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Même ressenti pour Timo Lehaen, un étudiant belge qui, après avoir obtenu son master en droits humains à l’USJ, a dû rentrer en Belgique « malgré moi ». Il revient dès le mois d’août au Liban revoir ses copains libanais et faire découvrir le pays à deux amis. « Un endroit se définit par les personnes que l’on y rencontre. Au Liban, l’hospitalité du peuple, sa culture, sa gentillesse et surtout sa résilience ont été une véritable leçon et une expérience merveilleuse pour moi européen qui possède tout et en demande toujours plus », avoue-t-il.

Núria Roma Font. Photo Shabna

Au Liban, on ne se sent jamais seul

« La première chose qui marque les Français qui arrivent au Liban, c’est la proximité entre les gens, leur entraide et la gentillesse du peuple. En un mot, il y a une dimension familiale qui existe encore dans ce pays, le rendant moins individualiste que d’autres pays occidentaux », indique quant à lui Aubin Eymard, jeune reporter français qui a poursuivi sa deuxième année de master en journalisme à l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK). D’après son expérience dans ce pays qu’il visitait pour la première fois, le jeune homme parle « d’une année riche en découvertes », mais également d’une « lutte constante pour s’adapter » qui a été « très formatrice d’un point de vue personnel ». Et d’ajouter : « À Bordeaux, la ville où j’ai grandi, je n’ai jamais connu les commerçants de ma rue. Alors qu’ici, il m’a suffi de quelques mois pour me familiariser avec tous les boutiquiers de ma rue à Jounié. Cette interaction formidable entre des personnes qui se connaissent à peine, se sourient, se saluent sans se connaître est extraordinaire et fait que vous ne vous sentez jamais seul. C’est quelque chose d’unique pour nous, étrangers ! » Après avoir terminé son master, le journaliste multiplie les stages dans différents médias au Liban, dont un au bureau de l’AFP à Beyrouth, se rend avec sa caméra à la rencontre des gens dans les régions et approfondit sa connaissance de la vie libanaise qui lui plaît tant. À la question sur l’impact de la crise sur la qualité de la vie au Liban, le jeune homme répond : « En tant qu’expatriés, nous sommes privilégiés sur le plan du pouvoir d’achat par rapport aux 80 % des Libanais qui vivent sous le seuil de pauvreté. Par conséquent, nous ne pouvons pas nous plaindre, et ce ne sont certainement pas ces petites difficultés du quotidien que je rencontre au Liban qui marquent mon expérience dans ce pays », affirme-t-il fermement. Maelle Liut partage le même point de vue. L’étudiante qui a suivi sa troisième année de sciences politiques à l’American University of Beirut (AUB) confie avoir apprécié le temps passé au Liban qui « m’a permis de côtoyer des réalités différentes de la mienne et à relativiser mon confort ». Elle admet toutefois avoir été bouleversée par le faible pouvoir d’achat et les difficultés quotidiennes d’un grand nombre de Libanais.

Maëlle Liut. Photo Lucia Cebreiros

Paul Healy, étudiant en sciences économiques et sciences politiques à l’USJ depuis septembre 2021, a choisi le Liban pour la poursuite de ses études car « vivre au cœur des événements est nettement plus enrichissant que de les étudier dans des livres ». Le jeune homme de 25 ans, qui admet ne pas connaître « les problèmes financiers et les restrictions auxquels les Libanais font face », relève « la différence frappante qui existe dans ce pays, tant entre les différentes régions qu’au sein d’une même ville, et qui m’a marqué ». Il confie : « Il suffit parfois de traverser quelques rues, de passer d’une région à une autre, comme par exemple entre Batroun et Tripoli, ou encore du centre-ville scintillant de Beyrouth au camp des réfugiés palestiniens de Bourj el-Barajneh, pour découvrir un autre visage du pays, une autre réalité qui est très troublante. »

Timo Lehaen. Photo Brigitte Van der Horst

Un contact plus facile avec les professeurs

Sur un autre plan relatif à leur parcours universitaire, les étudiants soulignent unanimement « l’engagement des enseignants envers leurs étudiants, toujours à l’écoute de leurs problèmes ». Pour Maelle Liut, l’enseignement à l’AUB est « plus horizontal, moins hiérarchique » qu’en France, « grâce notamment à la méthode d’enseignement anglophone » qui favorise la disponibilité des enseignants pour les étudiants. « Ce qui est beaucoup plus enrichissant pour les apprenants », assure-t-elle. Commentant son expérience à l’USJ, Paul Healy confie : « C’est grâce aux encouragements de mes professeurs que j’ai pu surmonter mes lacunes en français. Ils m’ont beaucoup poussé à perfectionner cette langue, ce qui m’a permis de progresser. En Allemagne, aucun professeur ne l’aurait fait. Il faut dire qu’avec le nombre élevé d’étudiants dans les grands amphithéâtres des universités allemandes, nous sommes des numéros parmi d’autres, et c’est là toute la différence ! » Même constat chez Timo Lehaen, qui souligne qu’en Belgique, « lorsque les étudiants veulent communiquer avec les professeurs, ils doivent contacter les assistants et non les professeurs eux-mêmes, ce qui est très frustrant. Alors qu’au Liban, ce sont les professeurs qui nous répondent et nous conseillent. Et je trouve cela extraordinaire. »

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Cependant, les étudiants relèvent quelques bémols dans leur expérience, comme « l’absence d’une vie estudiantine semblable à celle des universités à l’étranger », pour Paul Healy, ou l’organisation des cours et des examens, « moins rigoureuse que dans les universités belges », selon Timo Lehaen. « En Belgique, c’est au mois de septembre que nous sommes mis au courant de la date de nos examens. Alors qu’ici, on nous les communique une semaine à l’avance », précise-t-il.

Paul Healy. Photo Paul Desmond Healy

Aubin Eymard, quant à lui, remarque une « différence entre l’enseignement au Liban et celui en Europe, avec deux philosophies d’apprentissage distinctes ». « En France, nous privilégions un système formateur basé sur la pratique et l’expérience sur le terrain, tandis qu’ici, l’enseignement est davantage axé sur la théorie et moins sur la pratique, du moins en journalisme, à l’USEK », précise-t-il. Cependant, le jeune journaliste ne regrette absolument pas son expérience au Liban, puisqu’elle lui a permis de trouver un emploi dans un média francophone qu’il entamera au mois de septembre.

De retour dans leur pays d’origine, les étudiants interviewés confient se remémorer, avec un plaisir teinté parfois de tristesse, leur année universitaire passée au Liban. « J’éprouve beaucoup de peine pour mes copains libanais, avoue Paul Healy. La plupart d’entre eux ont été contraints de quitter leur pays, alors qu’ils n’avaient qu’une envie, c’est de rester dans leurs villes entourés de leur famille. Moi, je n’ai jamais eu à vivre une situation où je devais prendre une décision qui allait à l’encontre de mes convictions. » La plupart de ces jeunes aspirent à retourner travailler au Liban pour retrouver « la chaleur humaine », « l’énergie positive », et « cette leçon de courage et de générosité qu’offrent toutes les personnes rencontrées sur leur chemin, qui manquent de tout mais donnent tant ».


Encouragés par les accords des échanges universitaires établis entre leur pays et le Liban, ils ont franchi le pas, non sans une certaine appréhension au début. Les premiers mois, ils ont été déboussolés par l’anarchie régnante et le manque d’infrastructures dans le pays, mais ils ont finalement réussi à « s’adapter et à se débrouiller comme tous les Libanais » et...
commentaires (3)

Ça ne devrait pas être trop difficile de trouver des étudiants libanais inconscients de leur chance au point de désirer s'installer à l'étranger quitte à laisser leur place au paradis à ces étudiants étrangers.

M.E

13 h 10, le 16 juin 2023

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Commentaires (3)

  • Ça ne devrait pas être trop difficile de trouver des étudiants libanais inconscients de leur chance au point de désirer s'installer à l'étranger quitte à laisser leur place au paradis à ces étudiants étrangers.

    M.E

    13 h 10, le 16 juin 2023

  • L'office du tourisme poursuit sa campagne estivale.

    Georges Lebon

    08 h 38, le 16 juin 2023

  • Merci pour cet article qui fait chaud au cœur. « Rien ni personne qui est entré dans ce pays qui n ait été transformé par lui » Bammates Au liban ,même les pierres sont hospitalières. Je maudis les personnes qui m ´ont arraché de ma zone de confort et de repos d âme,de mes racines.

    Robert Moumdjian

    06 h 42, le 15 juin 2023

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