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Politique - Éclairage

Entre Hariri et le Hezbollah, la fin du modus vivendi ?

Alors qu’une repolarisation de la scène politique est en cours à quelques mois du scrutin législatif, le courant du Futur hausse le ton face au parti de Dieu pour redorer son image aux yeux de son électorat, mais aussi de l’Arabie saoudite.

Entre Hariri et le Hezbollah, la fin du modus vivendi ?

L’ancien Premier ministre Saad Harir en octobre 2020. Photo d’archives AFP

Le courant du Futur redonne signe de vie. Depuis que son chef Saad Hariri a renoncé à former un gouvernement en juillet dernier, le parti à dominante sunnite s’était distingué par son absence. Un silence devenu encore plus lourd depuis les affrontements miliciens de Tayouné, en marge d’une manifestation du tandem chiite Amal-Hezbollah organisée devant le Palais de justice de Beyrouth pour protester contre le juge en charge de l’enquête sur la double explosion au port, Tarek Bitar. Mais hier, le courant du Futur a publié deux communiqués coup sur coup. Comme s’il voulait matraquer sa cible avec son message. Si le premier est plutôt axé sur les propos controversés du ministre de l’Information, Georges Cordahi, qui avait critiqué l’offensive saoudienne au Yémen lors d’une intervention dans une émission qatarie, le second s’en prend au parti de Hassan Nasrallah de manière assez frontale. « Si le Hezbollah a décidé de faire voler en éclats le modus vivendi en insistant pour miner le principe de distanciation et en s’ingérant dans les affaires intérieures des pays arabes (...) au profit de l’Iran, alors le courant du Futur insiste pour dire qu’il refuse de se laisser entraîner dans une sédition confessionnelle », indique le second texte. C’est la première fois depuis 2014, date à partir de laquelle le modus vivendi entre Saad Hariri et le Hezbollah a débuté, que la formation sunnite s’en prend de façon si virulente au parti de Dieu.

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Info et usage de faux

L’ancien Premier ministre avait opté pour cette politique de modération, se justifiant par le fait que la stabilité du pays primait sur tout le reste. Cette approche a favorisé un climat d’apaisement général marqué par la fin des assassinats politiques, a contribué à dépolariser la scène libanaise et a permis également à Saad Hariri de faire son retour dans l’arène politique.

Mais elle lui a aussi coûté le soutien de l’Arabie saoudite, son parrain politique, ennemie jurée de l’Iran dont le Hezbollah est le protégé. Le fils de Rafic Hariri avait été contraint de démissionner depuis Riyad, en novembre 2017, dans un discours particulièrement hostile au Hezbollah. Une fois de retour à Beyrouth, il n’avait toutefois pas remis en question son approche modérée vis-à-vis de la formation chiite. Cette politique lui a valu de nombreuses critiques au sein de la rue sunnite où sa popularité semble connaître un fort déclin.

« Nous n’avons pas les outils nécessaires »

Les événements de Tayouné ont compliqué un peu plus la situation pour le leader sunnite qui a vu une partie de sa rue applaudir le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, qui, contrairement à lui, assume la confrontation avec le parti de Dieu.

Des médias arabophones avaient même spéculé récemment que, en l’absence de soutien populaire et international, mais aussi par manque de moyens financiers, Saad Hariri pourrait renoncer à se présenter aux législatives. C’est cette position fragile, à quelques mois du scrutin de mars 2022, qui aurait poussé le parti bleu à hausser le ton. « Le courant du Futur se prépare à des élections difficiles. En musclant son discours temporairement contre le Hezbollah, Hariri espère mobiliser les sunnites autour de lui, une tactique que les FL et le Hezb ont également utilisée après Tayouné dans leurs communautés respectives », explique le politologue et fondateur du think tank The Policy Initiative Sami Atallah.

Une affirmation que Abdel Salam Moussa, responsable de la communication au sein du parti sunnite, balaie d’un revers de main.

« Le courant du Futur n’a jamais eu un accord avec le Hezbollah. Nous nous sommes au contraire opposés à lui sur plusieurs fronts, comme celui du Tribunal spécial pour le Liban et du 7 mai 2008 (quand le Hezbollah avait envahi plusieurs quartiers de Beyrouth et de la Montagne, NDLR). Notre attachement à la paix civile nous pousse à vouloir arrondir les angles, mais cela ne veut pas dire livrer le pays au Hezbollah », explique-t-il, en mentionnant toutefois deux exemples datant de la période précédant le modus vivendi.

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De son côté, Tarek Merhebi, député du Futur, nie vouloir mobiliser les masses contre le Hezbollah. « Nous ne sommes pas en train d’œuvrer pour une confrontation avec qui que ce soit. Nous n’avons pas les outils nécessaires pour confronter le Hezb. D’ailleurs, ceux qui croient qu’ils possèdent ces outils se trompent », lâche le jeune député. Une allusion à peine masquée aux Forces libanaises, qui souhaitent se positionner en porte-étendard de la lutte « souverainiste » contre les armes du Hezbollah.

La volonté des cadres du courant du Futur de rester sobres malgré le ton incendiaire des deux communiqués soulève des questions, tout comme le fait que Saad Hariri ne se soit pas prononcé en personne sur le sujet. Le parti a-t-il entamé un nouveau chapitre dans ses relations avec le Hezbollah ou cherche-t-il simplement à se montrer présent sur une question si sensible à quelques mois des élections ?

Les faveurs de Riyad

L’ancien Premier ministre Fouad Siniora, bien que connu pour ses positions intransigeantes face au Hezbollah, se refuse à commenter cette évolution, mais en profite pour lancer une pique à destination du parti de Samir Geagea. « Le discours des FL reste enraciné dans la division confessionnelle. Or notre pays a besoin en ce moment d’une politique patriote qui dépasse le clivage sectaire », fait-il savoir.

La formation de Samir Geagea, perçue comme radicalement opposée au Hezbollah, bénéficie de l’appui de l’Arabie saoudite. Un soutien que le courant du Futur souhaite par-dessus tout récupérer. « Il faut mettre fin à la folie du Hezbollah, qui utilise le Liban pour attaquer ses frères arabes, l’Arabie saoudite en tête », lance par exemple Tarek Merhebi. Il est rejoint ici par Fouad Siniora, qui qualifie de « suicide collectif » les attaques qui émanent du Liban à l’intention des Saoudiens. « Nous avons des intérêts économiques importants en Arabie saoudite du fait de la présence de nombreux expatriés libanais là-bas. Il faut donc prendre position contre ces attaques », rappelle-t-il. Les textes publiés hier par la formation de Saad Hariri, qui dénoncent « une attaque virulente contre l’Arabie saoudite et les pays du Golfe » de la part du Hezbollah, vont dans ce sens. « Les deux communiqués du courant du Futur envoient des messages positifs aux Saoudiens, mais je ne sais pas si ce sera suffisant pour bénéficier des faveurs de Riyad », suppute Sami Atallah. Selon notre chroniqueur politique Mounir Rabih, des initiatives de réconciliation entre Riyad et Saad Hariri sont en cours mais celles-ci auront du mal à aboutir.

Le message pourrait aussi être adressé à Washington, qui vient de sanctionner trois personnalités libanaises, parmi lesquelles Jihad el-Arab, réputé proche de Hariri. « En se repositionnant aux antipodes du Hezbollah, le courant du Futur cherche également à gagner les faveurs de Washington pour éviter les sanctions », ajoute Sami Atallah. Des sanctions que Tarek Merhebi juge d’ailleurs incohérentes. « À un moment, il faudrait que la communauté internationale nous dise ce qu’elle veut de nous. D’un côté, nous sommes censés boycotter et affronter le Hezbollah. De l’autre côté, certains pays négocient avec l’Iran en parallèle. Si nous devons vraiment confronter le Hezbollah, nous avons besoin d’un soutien régional et international. C’est à ces niveaux-là que se trouve la solution à la question des armes du Hezb », estime le député.


Le courant du Futur redonne signe de vie. Depuis que son chef Saad Hariri a renoncé à former un gouvernement en juillet dernier, le parti à dominante sunnite s’était distingué par son absence. Un silence devenu encore plus lourd depuis les affrontements miliciens de Tayouné, en marge d’une manifestation du tandem chiite Amal-Hezbollah organisée devant le Palais de justice de Beyrouth...

commentaires (10)

Sanioura accuse les FL d’être sectaires ! Doit on lui rappeler que les FL sont celles qui ont fait la guerre pour sauver les 10.452km alors que ses représentants de l'époque manigançaient avec les Palestiniens puis les Syriens contre les intérêts Libanais au nom du panarabisme dont les arabes eux même n'en ont cure ? Bizarre que des que les Chrétiens se rebiffent, dans l’intérêt général et en légitime défense, ils sont sectaires ! Seulement voile mes chers amis, les Chrétiens souverainistes, essentiellement les FL, ne fuyons pas, comme vous l'auriez voulu, devant leurs responsabilités nationales et le danger. Nous ne fuiront ni en Pyjama (Aoun 1990), ni parce que nous n'avons pas les couilles d'affronter les criminels et les traîtres (Hariri 2008). Il n'y a plus de place pour la tergiversation et la soit disant politique pour éviter la guerre civile. Le Hezbollah EST la guerre civile personnifiée. Elle ne sera que retardée jusqu’à ce qu’elle vous pète a la gueule. pour avoir la paix il faut préparer la guerre. Les FL et le PSP l'ont compris, il est temps que vous reprenez vos sens pour ne pas rater le train de indépendance et du souverainisme qui se rapproche a grande vitesse maintenant.

Pierre Hadjigeorgiou

10 h 18, le 01 novembre 2021

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Commentaires (10)

  • Sanioura accuse les FL d’être sectaires ! Doit on lui rappeler que les FL sont celles qui ont fait la guerre pour sauver les 10.452km alors que ses représentants de l'époque manigançaient avec les Palestiniens puis les Syriens contre les intérêts Libanais au nom du panarabisme dont les arabes eux même n'en ont cure ? Bizarre que des que les Chrétiens se rebiffent, dans l’intérêt général et en légitime défense, ils sont sectaires ! Seulement voile mes chers amis, les Chrétiens souverainistes, essentiellement les FL, ne fuyons pas, comme vous l'auriez voulu, devant leurs responsabilités nationales et le danger. Nous ne fuiront ni en Pyjama (Aoun 1990), ni parce que nous n'avons pas les couilles d'affronter les criminels et les traîtres (Hariri 2008). Il n'y a plus de place pour la tergiversation et la soit disant politique pour éviter la guerre civile. Le Hezbollah EST la guerre civile personnifiée. Elle ne sera que retardée jusqu’à ce qu’elle vous pète a la gueule. pour avoir la paix il faut préparer la guerre. Les FL et le PSP l'ont compris, il est temps que vous reprenez vos sens pour ne pas rater le train de indépendance et du souverainisme qui se rapproche a grande vitesse maintenant.

    Pierre Hadjigeorgiou

    10 h 18, le 01 novembre 2021

  • Trop peu … trop tard mon ami .. ou alors il vas falloir mettre les bouches doubles pour pouvoir combler le tout !!

    Bery tus

    21 h 18, le 30 octobre 2021

  • Il est trop tard Mr Hariri vous avez eu plusieurs fois votre chance et vous n'avez jamais eu le courage de vos convictions...la rue Sunite reclame un Achra Rifi qui avec Geagea et les Druzes ne seront pas assez pour faire face aux iraniens ...l'alliance de toutes les autres communautés ouverte aux chiites pro liban pourra nous sauver. Chacun seul ne fera pas le poids

    Liban Libre

    17 h 28, le 30 octobre 2021

  • HARIRI, LIGUEZ-VOUS AVEC LES F.L. POUR POUVOIR DEBARRASSER LE PAYS DE LA TRINITE DIABOLIQUE DU MAL QUI LE MARTYRISE ET TUE PRATIQUEMENT SON PEUPLE APPAUVRI ET AFFAME PAR LES EXACTIONS CRIMINELLES DE CETTE MALEDICTION DIVINE.

    CENSURE GRAND PROBLEME POUR REABONNEMENT + SOUTIEN

    12 h 41, le 30 octobre 2021

  • tout comme le gouv. doit imperativement se débarrasser des ploucs parmi ses ministres, Hariri doit le faire avec ses propres hommes , qu'ils soient MPs et conseillers !

    Gaby SIOUFI

    09 h 59, le 30 octobre 2021

  • Saad el Hariri, bien que j apprecie sa moderation, est en train de faire de grosses betises en ne presentant pas un front uni avec geagea contre le parti des armes.

    Le Liban d'abord

    09 h 40, le 30 octobre 2021

  • LIBANAISES, LIBANAIS, LA LIBERTE, LES REFORMES, LES CHANGEMENTS RADICAUX NE SE DONNENT PAS. ILS SE PRENNENT. SOUFFLEZ COMME UN CYCLONE ET TOUT EST A VOTRE PORTEE ! MAIS SOUFFLEZ !

    CENSURE GRAND PROBLEME POUR REABONNEMENT + SOUTIEN

    08 h 38, le 30 octobre 2021

  • Je pense que depuis longtemps les Saoudiens et la majorité des sunnites libanais ont compris que l’opposition de Hariri au Hezbollah et au projet néo-safavide c’est comme l’opposition de Assad à Israël. De plus même un soi-disant faucon du courant bleu comme Fouad Sinioura en profite surtout pour accuser les FL d’être sectaires ! Mais cher Mr Sinioura les sectaires ne sont pas plutôt vous mêmes, Saad Hariri et votre club d’ancien ministres qui entravez l’enquête du juge Bitar et soutenez vos co-religionnaires Hassan Diab et Nouhad Machnouk dans leur refus de comparaître ? Ouvrez les yeux ! Une partie non négligeable de votre propre rue est montée à Meerab main dans la main avec la rue chrétienne pour soutenir la vraie Résistance libanaise de notre Hakim contre la mascarade du tribunal militaire que vous accusez de dissension confessionnelle. Allez-y tant que vous y êtes dites aussi que l’enquête du juge Bitar est une mascarade. Je vous met au défi de trouver 100 sunnites qui vous défendent contre sûrement plus que 100.000 avec la justice. Mafia Milice Safavide M&MS vous, Hariri et votre courant bleu êtes la quintessence de la mafia complice de la milice au service du projet safavide, et là 100.000 sunnites sont prêts à se lever pour vous le crier à la face croyez-moi.

    Citoyen libanais

    06 h 30, le 30 octobre 2021

  • Mr. Hariri has no tangible political and economic plan that would form the basis of his reelection campaign aimed at lifting the majority of the population out of poverty and moving the country forward. Being against Hezbollah is not sufficient and does not feed people, provide them with housing, send their children to school or allow them to get back to work. These are the real issues that Lebanese care about most. Mr. Hariri has not shown competence when he was a prime minister when he had ample time to implement much-needed reforms. Why should we reelect him and his Party members and affiliates?

    Mireille Kang

    04 h 27, le 30 octobre 2021

  • Moustaqbal est devenu le moustahiil et le moustakil!y’a hasra !

    PHENICIA

    03 h 05, le 30 octobre 2021

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