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Environnement - Incendies

Le sinistre du Akkar sous contrôle après avoir décimé de grandes surfaces

La saison des incendies ravageurs a commencé particulièrement tôt cette année, un signe inquiétant, selon un expert.

Le sinistre du Akkar sous contrôle après avoir décimé de grandes surfaces

Le feu dévastateur a tout dévoré sur son passage. Photo Joseph Eid/AFP

Les premières images et vidéos qui parviennent de Kobeyate, Andqet, Akroum ou ailleurs dans le Akkar, révèlent des paysages de désolation, des espaces verts décimés, des arbres décharnés. Une poudre grisâtre recouvre des sols qui étaient verts il y a quelques jours seulement. Même si le sinistre était quasiment maîtrisé hier, ainsi que l’a confirmé le général Raymond Khattar, directeur général de la Défense civile, à L’Orient-Le Jour en fin d’après-midi, il est clair que les dégâts sont immenses. En soirée hier, il ne restait, toujours selon le général Khattar, qu’un couloir en feu entre le Akkar et le Hermel, dans des étendues particulièrement difficiles d’accès, que les hélicoptères de l’armée se chargeaient d’éteindre.

Impossible, hier, d’obtenir des chiffres sur les superficies perdues : la Défense civile ne peut se prononcer encore, et Georges Mitri, professeur associé à l’Université de Balamand et directeur du programme Terre et ressources naturelles, assure à L’OLJ qu’il faut examiner les images satellitaires une fois que l’incendie sera définitivement éteint. « On peut cependant avancer que l’on a perdu au moins une centaine d’hectares de forêts, sinon plus, mais cela reste à confirmer », dit-il.

En journée, plusieurs zones du Akkar étaient toujours en proie aux flammes pour le troisième jour consécutif, alors que le Liban connaît des pics de chaleurs et des vents forts et que les autorités continuent de briller par leur absence, au grand dam des habitants. « Le feu progresse dans toutes les directions », en raison de vents forts, atteignant même la Syrie voisine, selon le ministre de l’Agriculture Abbas Mortada, interrogé hier par l’AFP. Les équipes de la Défense civile restaient mobilisées hier, mais l’accès à certaines zones est difficile, assurait pour sa part le directeur des opérations de la Défense civile, George Abou Moussa, également à l’AFP.


Les hélicoptères de l’armée luttaient toujours contre le feu entre le Akkar et le Hermel hier en soirée. Photo Joseph Eid/AFP

Kobeyate en alerte maximale trois jours plus tôt

Le plus inquiétant dans l’incendie spectaculaire du Akkar, c’est le signe que la saison des feux dévastateurs a commencé particulièrement tôt cette année, alors qu’elle se situe généralement entre la fin de l’été et l’automne, rappelle Georges Mitri. « Ces grands feux ont été constatés dans plusieurs pays de l’est de la Méditerranée ces derniers jours, souligne-t-il. Il existe plusieurs facteurs qui expliquent ce phénomène, outre les conditions météorologiques qui accompagnent les incendies. Il faut compter le nombre de jours ayant précédé le sinistre et au cours desquels des températures plus élevées que la moyenne saisonnière ont été enregistrées. La longueur de la saison de sécheresse est significative aussi : au Liban, les pluies se sont interrompues très tôt cette année. »

Pour l’expert, il ne convient pas seulement de pointer du doigt le manque de moyens de lutte contre le feu : partout au monde, ces grands incendies ravageurs sont presque impossibles à éteindre une fois qu’ils se sont propagés. « Pour une lutte efficace contre les feux, il existe deux priorités : la prévention et l’intervention précoce », affirme-t-il.

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Or la prévention est notoirement négligée au Liban, « à commencer par la loi absurde qui empêche l’élagage et le défrichage en forêt, ce qui réduirait la biomasse inflammable dans nos espaces verts », déplore Georges Mitri. Il plaide pour « la mise en place de plans de gestion des forêts », incluant des points d’eau, des équipements d’intervention… Et, surtout, il rappelle que certaines informations, pourtant disponibles en ligne, sont ignorées autant par les autorités centrales que locales. « Le “Fire Lab” de notre département à l’Université de Balamand avait placé Kobeyate en alerte maximale de danger incendie trois jours seulement avant le sinistre », assure-t-il.

Enfin, l’expert insiste sur la nécessité d’une enquête criminelle en vue de déterminer les responsables, rappelant que les incendies sont presque toujours provoqués dans ce pays (qu’ils soient criminels ou le résultat d’une négligence), tout en marquant le manque de moyens en la matière. « C’est le chaos autant au niveau de la lutte que de la coordination », remarque-t-il, amer.


Les premières images et vidéos qui parviennent de Kobeyate, Andqet, Akroum ou ailleurs dans le Akkar, révèlent des paysages de désolation, des espaces verts décimés, des arbres décharnés. Une poudre grisâtre recouvre des sols qui étaient verts il y a quelques jours seulement. Même si le sinistre était quasiment maîtrisé hier, ainsi que l’a confirmé le général Raymond Khattar,...

commentaires (1)

"a prévention est notoirement négligée au Liban, « à commencer par la loi absurde qui empêche l’élagage et le défrichage en forêt, (...), déplore Georges Mitri. Il plaide pour « la mise en place de plans de gestion des forêts »". Un plan de surveillance et un plan de gestion des forêts sont, en effet, indispensables. Comment se fait-il que personne, au niveau du pouvoir, ne s'en soit jamais préoccupé? Je l'ai déjà maintes fois souligné en ce qui concerne la Qadicha où, alors que les gendarmes tolèrent la chasse, même en saison de reproduction, ils interdisent le ramassage su bois mort (lequel est un facteur de propagation des incendies)!

Yves Prevost

07 h 47, le 31 juillet 2021

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Commentaires (1)

  • "a prévention est notoirement négligée au Liban, « à commencer par la loi absurde qui empêche l’élagage et le défrichage en forêt, (...), déplore Georges Mitri. Il plaide pour « la mise en place de plans de gestion des forêts »". Un plan de surveillance et un plan de gestion des forêts sont, en effet, indispensables. Comment se fait-il que personne, au niveau du pouvoir, ne s'en soit jamais préoccupé? Je l'ai déjà maintes fois souligné en ce qui concerne la Qadicha où, alors que les gendarmes tolèrent la chasse, même en saison de reproduction, ils interdisent le ramassage su bois mort (lequel est un facteur de propagation des incendies)!

    Yves Prevost

    07 h 47, le 31 juillet 2021

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