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Société - Santé

Le calvaire des Libanais face à la pénurie de médicaments

« Les quantités injectées sur le marché local sont de 20 à 40 % supérieures à l’année passée », affirme pourtant à « L’OLJ » le président du syndicat des importateurs, Karim Gebara.

Le calvaire des Libanais face à la pénurie de médicaments

Un employé dans une pharmacie face à des étagères presque vides, le 28 mai 2021. Mohamed Azakir/Reuters

Une quête sans fin, accompagnée de souffrance, de stress, d’inquiétude pour l’avenir. « Je n’ai pas les mots pour exprimer ma souffrance. J’ai pourtant tellement de choses à dire sur ce que nous endurons pour nous procurer des médicaments. » Reine, une mère de famille dont le fils de 29 ans est hospitalisé après avoir contracté le Covid-19, s’est rendue dans des dizaines de pharmacies à la recherche du traitement nécessaire pour le soigner. Prednisone, Remdesivir, Histamed… Toute la liste figurant dans la prescription fournie par l’hôpital situé à Jbeil et qui n’assure plus les médicaments à ses patients pour cause de pénurie. « J’ai passé une journée entière à sillonner la région de Jbeil à Batroun, malgré la pénurie d’essence. J’ai finalement trouvé un médicament dans une pharmacie, mon second fils en a trouvé un autre à Bab el-Tebbané à Tripoli et un ami a puisé dans sa réserve personnelle pour nous assurer le troisième », dit-elle. Même les pharmacies où Reine a ses habitudes ne lui ont pas fourni les remèdes dont elle a besoin. « Il s’agit de la vie de mon fils. Je ferai l’impossible », martèle-t-elle.

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Toute la population du Liban est touchée par cette crise. Comme Narimane et son époux qui passent leur temps à courir d’une pharmacie à l’autre pour se procurer les nombreux traitements prescrits par leur praticien. « Mon mari et moi avons régulièrement besoin de fluidifiants sanguins, de gouttes oculaires, de médicaments contre le cholestérol, le diabète, les problèmes gastriques… Nous sommes dans une quête continue d’une pharmacie à l’autre », se plaint Narimane. Et comme nombre de médicaments sont introuvables, il n’ont souvent d’autre choix que de demander à leur médecin traitant « de modifier l’ordonnance ». Malades du cœur, cancéreux, diabétiques, tous les patients sont touchés sans exception aucune, même ceux qui présentent des pathologies psychiatriques. « Quelle galère ! Quelle humiliation ! » murmure Jean, père d’un jeune homme dépressif. Soigné dans une institution psychiatrique, son fils doit bientôt réintégrer le domicile familial. Mais sans la possibilité de lui administrer le traitement de manière régulière, comment prendre soin de lui et empêcher la récidive ? « À chaque pharmacie, on me lance la même réponse: en rupture de stock. Ou alors, on me demande de revenir dans les prochains jours », déplore-t-il. « N’existe-t-il vraiment aucune solution pour assurer les traitements réguliers aux personnes présentant des maladies chroniques sans qu’il soit nécessaire de retourner constamment chez le médecin ? » demande-t-il, excédé. « J’ai tellement peur de ramener mon fils à la maison », avoue-t-il, peinant à contenir sa colère contre « un pouvoir politique qui n’a jamais proposé de solution durable ».

Le médicament le moins cher de toute la région

Le calvaire des Libanais en quête de médicaments, voilà un an et demi qu’il dure. Un an et demi que la pénurie s’installe depuis l’effondrement de la monnaie nationale sur fond de crise socio-politico-économique inédite et qu’elle s’aggrave de jour en jour avec l’incapacité d’un État virtuellement en faillite à continuer de subventionner les médicaments et leurs importations comme dans le passé. Nombre de médicaments sont aujourd’hui en rupture de stock ou se font rares dans l’ensemble des pharmacies du Liban, un pays où les médicaments affichent désormais des prix parmi les moins chers dans la région. Certains cherchent à se constituer des réserves pour leur propre usage, d’autres tentent d’en tirer des bénéfices illicites dans des opérations de contrebande vers l’étranger.

« Lorsqu’un produit qui coûte 100 dollars est vendu au prix de dix, il est normal que les gens se précipitent pour en acheter des quantités, quelle que soit la nature de ce produit, médicament ou autre », résume à L’Orient-Le Jour Karim Gebara, président du syndicat des importateurs de médicaments. Il assure en outre que « les quantités de médicaments injectées sur le marché local sont de 20 à 40 % supérieures à l’année passée ».

D’autre part, est répandue l’idée, évoquée d’ailleurs mardi par le ministre sortant de la Santé, Hamad Hassan, que les importateurs de médicaments ont retenu dans leurs entrepôts d’importantes quantités de marchandises, vu le flou qui régnait jusque-là sur les subventions accordées par la Banque du Liban aux stocks importés avant le mois de mai. Et ce par peur de vendre à perte en cas de levée des subventions et de libéralisation des prix. Un flou qui fait suite au changement de procédure des subventions de la banque centrale au mois de mai imposant aux importateurs d’obtenir une confirmation préalable avant toute commande. « Ce flou devrait être bientôt levé, compte tenu de la promesse du ministre de la Santé de maintenir les subventions sur les médicaments de manière générale, mais aussi sur les stocks importés avant les restrictions adoptées en mai dernier », assure M. Gebara. Il précise dans ce cadre que « la distribution des médicaments est en cours, même si, pour ce faire, les fournisseurs devaient se retrouver à cours de stock ». Une mesure qui coïncide avec la mise en garde, mardi, du ministre sortant Hassan à l’encontre des importateurs, affirmant sa détermination à « aller dans les entrepôts pour libérer les médicaments bloqués par les importateurs, à la condition que la BDL tienne d’abord sa promesse de les subventionner ».Les importations de médicaments sont subventionnées par la BDL qui permet aux importateurs d’acheter 85 % des dollars dont ils ont besoin au taux officiel pour payer leurs fournisseurs, à charge pour eux de ramener eux-mêmes les 15 % de dollars restants. En contrepartie, le prix du médicament demeure stable, fixé par le ministère de la Santé, du moins les 85 % subventionnés.

Commander de France ou de Dubaï

Pour les citoyens, qui se retrouvent au cœur du bras de fer entre les importateurs et les autorités libanaises, fini le temps béni où, en deux temps, trois mouvements, ils s’arrêtaient devant la pharmacie, en ressortaient avec un sac rempli de médicaments pour le mois avec, au passage, une boîte de lait maternisé pour le nouveau-né de la famille. Leur patience est mise à rude épreuve au quotidien, et nombre d’entre eux, après avoir épuisé toutes les possibilités, finissent de guerre lasse par commander le nécessaire à l’étranger. « Je mobilise tous mes proches. J’ai bien trouvé quelques boîtes de Tamoxifène, hormonothérapie contre le cancer, avoue Nicole. Mais j’ai tellement peur d’être à court que j’en commande désormais de France ou de Dubaï. Et pourtant, c’est nettement plus cher que le prix que je paie au Liban. »

Pour mémoire

Dans les pharmacies, les livraisons promises par le ministère se font attendre

Car les génériques et les médicaments fabriqués au Liban se font rares aussi, sans compter que certains médicaments n’ont pas d’équivalent. Une situation qui devient également intenable pour les médecins qui doivent redoubler d’ingéniosité pour assurer à leur patientèle un traitement de qualité. « La situation est très compliquée, dénonce le cardiologue Naji Abi Rached. Nous sommes constamment sollicités par nos patients et par les pharmaciens pour proposer un traitement de rechange. Mais encore faut-il que ces autres traitements soient de qualité. Il arrive aussi qu’en attendant de trouver leur médicament, certains malades interrompent leur traitement. » Le contexte est tout aussi difficile dans le domaine gynécologique qui souffre du manque de pilules contraceptives, de stérilets, de progestérone, de produits pour la fécondation in vitro, de vaccin pour la prévention du cancer du col de l’utérus… « Certes, il ne s’agit pas de traitements qui sauvent la vie. Mais la situation devient infernale ! » s’indigne la gynécologue obstétricienne Gaël Bou Ghannam. « Tous les médicaments semblent avoir disparu des rayons des pharmacies, qu’il s’agisse d’originaux ou de génériques. Même les produits libanais sont en rupture de stock, car la production locale ne suit pas. » Résultat, ses prescriptions sont composées d’une longue liste de médicaments et de similaires « afin de donner au pharmacien toutes les options possibles ». « Il m’arrive même de rédiger des prescriptions pour l’étranger », ajoute-t-elle.

Nous n’avons pas les réponses !

Assurément, l’épuisement gagne tout le secteur, aussi bien les patients et les médecins que les pharmaciens. « Nous sommes constamment en rupture de stock, gronde Layal, une pharmacienne de Beyrouth dont nous avons modifié le nom. Car les fournisseurs, eux-mêmes contraints de se restreindre par des autorités en faillite, nous livrent les médicaments au compte-gouttes. Ce qui est loin de suffire aux besoins du marché. » Conséquence, « les patients en deviennent hargneux, s’en prennent parfois à nous, nous accusant de stocker les médicaments. C’est injuste », s’insurge-t-elle. Une réalité qui a poussé une pharmacie à placarder sur sa vitre un papier comportant quelques recommandations à sa clientèle, lui demandant expressément et avec une note d’humour de ne pas se plaindre de la situation et de l’État, de ne pas demander si les subventions seront levées ou non, si la pénurie de médicaments va se poursuivre ou non, ni pourquoi tel ou tel médicament est en rupture de stock. « Nous n’avons pas les réponses ou les solutions », conclut le mot.

Tous les regards sont tournés aujourd’hui vers les nouvelles restrictions imposées mardi par le ministre sortant de la Santé à l’importation de médicaments, notamment la suspension de l’importation de ceux disposant de deux équivalents fabriqués localement et la priorité donnée à l’importation de génériques.

Ces restrictions permettront-elles de régler la crise du médicament ou vont-elles, au contraire, l’exacerber ? Et qu’en est-il des 600 millions de dollars de dettes accumulées par la BDL auprès des entreprises pharmaceutiques internationales ? 


Une quête sans fin, accompagnée de souffrance, de stress, d’inquiétude pour l’avenir. « Je n’ai pas les mots pour exprimer ma souffrance. J’ai pourtant tellement de choses à dire sur ce que nous endurons pour nous procurer des médicaments. » Reine, une mère de famille dont le fils de 29 ans est hospitalisé après avoir contracté le Covid-19, s’est rendue dans des...

commentaires (3)

Patience après le carburant, le barbu va vous fournir des médicaments aussi. Non mais qu’est ce vous croyez? Il a tout fait pour vous mettre dans la mouise totale avec ses alliés, vos protecteurs de toujours pour vous vendre au prix fort les marchandises frelatées de tout genre qu’il reçoit pour se remplumer et pouvoir continuer à distribuer de l’argent à ses supporters. Il vous faut un dessin ou ça commence à rentrer? Prenez le temps de réagir, il n’y a plus que l’air pollué que vous respirez qu’ils n’ont encore coupé pour vous le vendre à un prix mirobolant. Pour l’argent? Mais vous vous débrouillez et vous vendez le peu qui vous reste de bien ou alors vous envoyez vos enfants grossir les rangs de sa milice vendue pour obtenir sa clémence et de quoi manger. Je ne sais pas moi en tout cas il arrive à vous mener par le bout du nez jusqu’à l’enfer sans que vous trouviez à redire. L’HUMILIATION DANS TOUTE SA SPLENDEUR.

Sissi zayyat

17 h 12, le 10 juin 2021

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Commentaires (3)

  • Patience après le carburant, le barbu va vous fournir des médicaments aussi. Non mais qu’est ce vous croyez? Il a tout fait pour vous mettre dans la mouise totale avec ses alliés, vos protecteurs de toujours pour vous vendre au prix fort les marchandises frelatées de tout genre qu’il reçoit pour se remplumer et pouvoir continuer à distribuer de l’argent à ses supporters. Il vous faut un dessin ou ça commence à rentrer? Prenez le temps de réagir, il n’y a plus que l’air pollué que vous respirez qu’ils n’ont encore coupé pour vous le vendre à un prix mirobolant. Pour l’argent? Mais vous vous débrouillez et vous vendez le peu qui vous reste de bien ou alors vous envoyez vos enfants grossir les rangs de sa milice vendue pour obtenir sa clémence et de quoi manger. Je ne sais pas moi en tout cas il arrive à vous mener par le bout du nez jusqu’à l’enfer sans que vous trouviez à redire. L’HUMILIATION DANS TOUTE SA SPLENDEUR.

    Sissi zayyat

    17 h 12, le 10 juin 2021

  • quelles chances d'en obtenir a l'etranger pour ce qui est des medicaments vendus sur ordonnance ?

    gaby sioufi

    09 h 54, le 10 juin 2021

  • Et si les médicaments n’étaient délivrés que sur ordonnance médicale comme partout ailleurs? Ça ne limiterait pas la contrebande vers la Syrie ou autre?

    Gros Gnon

    06 h 27, le 10 juin 2021

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