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Environnement - Environnement

Tollé après l’abattage d’arbres dans la forêt de Baabda

Le ministère de l’Agriculture a gelé les travaux, entrepris sur base d’un permis qui fait l’objet d’un recours pas encore tranché par le Conseil d’État.

Tollé après l’abattage d’arbres dans la forêt de Baabda

Les arbres avant l’abattage...

En se réveillant, hier, les habitants de Baabda ont eu la mauvaise surprise d’apprendre que des arbres avaient été abattus et déracinés par une pelleteuse dans la forêt de Baabda, l’espace vert majeur de cette région. L’association Terre-Liban et le Mouvement écologique libanais (LEM), qui tentent de protéger cet espace vert depuis des années, ont immédiatement rendu l’affaire publique, afin d’obtenir que soit mis un terme à l’abattage des arbres. Le ministre de l’Agriculture Abbas Mortada a répondu présent, bien que l’entrepreneur dispose effectivement d’un permis d’abattage du département de développement rural de ce même ministère. Mais M. Mortada a assuré hier à L’Orient-Le Jour avoir « gelé les travaux quand il a été au courant de l’importance du site, et ce, jusqu’à ce que le dossier soit examiné en profondeur ».

L’affaire date déjà depuis plusieurs années. Le terrain de la forêt de Baabda, ou forêt des moines comme on l’appelle en arabe, est la propriété du couvent Saint-Antoine des pères antonins, à Hadath. Mais le terrain où l’abattage a eu lieu hier est loué à un homme d’affaires, Chadi el-Sabeh, qui compte y construire une station d’essence.

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« Non seulement cette forêt est un havre de biodiversité qu’il faudrait absolument préserver, mais ce terrain se trouve juste au niveau d’une bifurcation abrupte pas du tout adaptée à la construction d’une station d’essence, explique Paul Abi Rached, président du LEM, à L’OLJ. Pour une telle installation, il faut prévoir une visibilité d’au moins une centaine de mètres afin d’éviter les risques d’accidents. Un double problème donc, qui nous pousse à poursuivre la lutte contre tout projet dans le périmètre de ce site naturel important. » Et ce sont ces deux points qui ont été à la base d’un recours présenté par Terre-Liban et le LEM contre ce projet devant le Conseil d’État en 2019. Un recours qui n’a toujours pas été tranché.

Autant Paul Abi Rached que le président du conseil municipal de Baabda, Antoine Hélou, reconnaissent que le projet dispose des permis nécessaires, mais ils arguent que la priorité doit être donnée à la protection du site, qui n’a pas été prise en compte selon eux. « Je n’ai moi-même pas signé le permis, étant donné que je pense que la forêt est le poumon de Baabda, explique M. Hélou à L’OLJ. Mais l’entrepreneur s’est adressé au mohafez du Mont-Liban qui, se basant sur les lois en vigueur, a délivré le document. » Qu’est-ce qui justifie que l’abattage d’arbres ait eu lieu si le recours en Conseil d’État n’a toujours pas fait l’objet d’une décision ? « En fait, le Conseil d’État a accepté le recours, mais rejeté la demande de gel des travaux entre-temps », souligne M. Hélou, qui est lui-même avocat.

... et le même lieu après. Photos publiées par le LEM sur les réseaux sociaux

Possibilité de classement ?

Contacté par L’OLJ, Chadi el-Sabeh se dit surpris de la décision du ministre de l’Agriculture – en vertu de laquelle il assure avoir arrêté momentanément les travaux – et confirme avoir obtenu tous les permis nécessaires de toutes les administrations concernées. Pourquoi avoir relancé les travaux aujourd’hui? « Cela fait des années que nous avons entrepris ce projet qui représente déjà un investissement très lourd, dit-il. Nous avons commencé les travaux aujourd’hui (hier) parce que le permis du ministère de l’Agriculture nous a été délivré récemment, il y a un mois environ. Et puis le Conseil d’État n’a pas approuvé le gel des travaux, rien ne nous empêche de nous lancer. »

Chadi el-Sabeh ne comprend pas la campagne menée contre lui. « Le terrain que je loue est de 2 000 mètres carrés, je vais construire sur 915 mètres, alors que la forêt représente 103 000 mètres, assure-t-il. Je me trouve à la lisière, du côté de Betchay, loin de l’entrée principale. J’ai présenté une étude d’impact environnemental qui a été approuvée par le ministère de l’Environnement, contrairement à ce que prétendent les écologistes. Et la Direction générale de l’urbanisme a décrété que l’emplacement ne comportait aucun risque. » Concernant l’étude d’impact environnemental, le LEM martèle que les techniciens du ministère de l’Environnement ont assuré avoir refusé la mise en place d’une station d’essence aussi proche d’un site naturel tellement sensible.

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Mais qu’en pense le propriétaire ? Le père Nader Nader, supérieur du couvent Saint-Antoine de Hadath, s’insurge contre la duplicité des institutions étatiques, qui délivrent des permis avant de se rétracter, en référence au ministère de l’Agriculture, ce qui attise les conflits. « Si la décision me revenait, j’aurais préféré que le projet ne se fasse pas, étant donné que je ne trouve pas cet endroit adapté à une station d’essence, dit-il. Mais j’ai été nouvellement nommé à ce poste, je ne peux résilier le contrat sans de graves pénalités financières. »

Le père Nader trouve que pour mettre fin aux polémiques récurrentes et protéger efficacement cette forêt, qui se trouve déjà sur la voie du projet titanesque d’autoroute arabe (qui tarde à se réaliser), il faudrait suivre la voie classique de l’expropriation et du classement, ce à quoi il ne serait pas hostile. Paul Abi Rached, de son côté, rappelle qu’un ancien supérieur de ce même couvent, aujourd’hui décédé, le père Hanna Salim, avait envoyé une lettre en 2005 au ministère de l’Environnement demandant le classement de cette forêt comme « site naturel ». Mais l’idée n’a pas fait son chemin. Antoine Hélou est aussi d’avis de classer et protéger cette forêt, unique dans l’entourage de Beyrouth.

Hier en soirée, le LEM a envoyé une lettre ouverte au père Maroun Abou Jaoudé, supérieur de l’ordre antonin, lui demandant de geler tous les travaux dans le périmètre de la forêt, « en attendant son classement comme réserve par le biais de l’expropriation du terrain ou de sa location par des municipalités ou des organisations ».


En se réveillant, hier, les habitants de Baabda ont eu la mauvaise surprise d’apprendre que des arbres avaient été abattus et déracinés par une pelleteuse dans la forêt de Baabda, l’espace vert majeur de cette région. L’association Terre-Liban et le Mouvement écologique libanais (LEM), qui tentent de protéger cet espace vert depuis des années, ont immédiatement rendu l’affaire...

commentaires (3)

La corruption, l'inconscience et la pourriture n'a sûrement ni genre, ni couleur et ni religion!!! Kelloun yaané kelloun risque de vider le pays sauf de ses cèdres!

Wlek Sanferlou

13 h 01, le 09 décembre 2020

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Commentaires (3)

  • La corruption, l'inconscience et la pourriture n'a sûrement ni genre, ni couleur et ni religion!!! Kelloun yaané kelloun risque de vider le pays sauf de ses cèdres!

    Wlek Sanferlou

    13 h 01, le 09 décembre 2020

  • AH BON ! TIENS DONC, LE PERE ABI NADER EST CONTRE LE PROJET DE L'HOMME D'AFFAIRES ? MAIS ALORS CE PRETRE S'ATTENDAIT A CE QUE LE TERRAIN LOUE SERVE A QUEL PROJET SINON COMMERCIAL ET DONC L'ABATTAGE DES ARBRES ETAIT IMPLICITE ? DIEU DE DIEU LA CORRUPTION EST VRAIMENT, MAIS VRAIMENT GENERALISEE DANS NOTRE PAYS.

    gaby sioufi

    08 h 58, le 09 décembre 2020

  • Nous remarquons qu'à chaque conflit entre plusieurs parties, incluant aussi des responsables officiels, chacune de ces parties clame haut et fort avoir agi correctement en respectant les les lois...etc.! Et pourtant notre pays est devenu la vitrine de toutes les corruptions et malversations au détriment de notre environnement, qui contlnue d'être détruit au nom du dieu Dollar... - Irène Saïd

    Irene Said

    08 h 51, le 09 décembre 2020

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