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Diplomatie

Après Paris, Washington entre en scène

Attendu ce soir à Beyrouth, David Hale porte un message principal : les Libanais doivent avoir leur mot à dire dans le choix de leurs représentants au pouvoir.


Après Paris, Washington entre en scène

David Hale à Beyrouth en janvier 2019. Mohammad Azakir/Reuters

Le sous-secrétaire d’État américain pour les Affaires du Proche-Orient, David Hale, est attendu ce soir à Beyrouth, pour une visite officielle dont la durée n’a pas été précisée, au cours de laquelle il aura une série d’entretiens avec les responsables libanais, mais aussi avec des représentants de la société civile et des activistes au sein de la contestation populaire. La visite, annoncée la semaine dernière, s’inscrit dans le cadre d’une dynamique diplomatico-politique occidentale qui s’est mise en place en faveur du Liban après la terrible explosion de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées au port de Beyrouth, ravageant plusieurs quartiers de la capitale. L’innommable irresponsabilité politique et administrative qui a conduit à ce désastre ayant coûté la vie à plus de 170 personnes (171 selon un dernier bilan mardi, alors qu’une trentaine d’individus restent portés disparus) fait qu’aujourd’hui le Liban se trouve dans une phase charnière engageant son avenir, s’accorde-t-on à dire dans divers milieux locaux et occidentaux. L’onde de choc provoquée par l’explosion, qui a révélé l’étendue de l’incurie de la classe gouvernante et son inaptitude à gérer les affaires publiques, est trop puissante pour que les choses restent en l’état, et la démission du gouvernement, lundi, n’est rien qu’une pierre dans l’édifice vermoulu qu’une grande partie de Libanais voudraient voir s’écrouler. Leur appel récurrent à un changement, depuis le 17 octobre 2019, devenu plus pressant récemment, a trouvé un écho tout aussi puissant auprès des capitales occidentales amies.

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Le discours de David Hale à Beyrouth s’articulera ainsi autour d’un point principal, souligne-t-on de source diplomatique occidentale, à savoir que les Libanais doivent avoir leur mot à dire dans le choix de leurs représentants au pouvoir. Un message qui intervient au moment où les dirigeants libanais, toujours aussi indifférents aux appels de la rue, maintiennent les mêmes pratiques politiciennes en ce sens qu’ils comptent aujourd’hui s’entendre entre eux sur la nature, la composition et l’identité du successeur de Hassane Diab, avant de lancer le processus constitutionnel devant déboucher sur la nomination d’un nouveau chef du gouvernement. De même source, on indique que le responsable américain n’est porteur d’aucune proposition aux Libanais, démentant ainsi des informations ayant récemment circulé et selon lesquelles il envisagerait de discuter avec les autorités de la formation d’un nouveau gouvernement et de leur soumettre une proposition de règlement du dossier de la délimitation des frontières maritimes avec Israël qui les rassurerait. Les États-Unis considèrent que les Libanais ont suffisamment souffert de l’absence de services élémentaires, notamment de l’électricité, puis, avec la crise financière, de l’évaporation de leurs économies, de la dévaluation de leur monnaie et de la perte de leurs emplois. Aujourd’hui, ils réalisent que leurs dirigeants ne peuvent même pas assurer leur sécurité, déplore-t-on de mêmes sources. Durant ses discussions avec les officiels libanais, David Hale devrait réitérer le point de vue de Washington quant à une sortie de crise, difficilement possible avec le Hezbollah qui contrôle pratiquement tous les rouages de l’État. Il devrait donc faire passer le message selon lequel les Libanais ont désespérément besoin d’un changement et devraient être écoutés.

« Un game changer »

Washington voit dans l’explosion du 4 août le genre d’événements qui changent la donne (un game changer), à l’instar de la France, dont le président, Emmanuel Macron, en visite à Beyrouth jeudi dernier, avait affirmé qu’ « il y aura un avant et un après 4 août » au Liban. M. Macron avait sans détour jugé que les autorités ne peuvent plus se permettre de ne pas réaliser des réformes profondes si elles veulent bénéficier du soutien de la communauté internationale. Un discours que David Hale devrait aussi tenir à Beyrouth tout en réaffirmant que son pays se tient toujours prêt à soutenir le Liban. Si les autorités libanaises n’engagent pas des réformes structurelles sérieuses, elles commettraient une grave erreur, soutient la source diplomatique occidentale qui estime qu’il n’est plus possible pour le pays du Cèdre, plongé dans une corruption endémique, de maintenir les mêmes pratiques.

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Selon le Wall Street Journal, Washington pourrait en outre bien accentuer ses pressions sur le Liban et irait jusqu’à imposer des sanctions anticorruption contre d’importants responsables politiques et hommes d’affaires proches du Hezbollah, notamment Gebran Bassil, « afin de réduire l’influence » du parti chiite. Le prestigieux quotidien américain cite des « responsables américains et des sources familières avec ces plans » et précise que « l’explosion (...) a accéléré les efforts à Washington pour inscrire sur la liste des sanctions des leaders libanais alignés sur le Hezbollah (...) ». Le quotidien américain mentionne aussi, selon ces sources, d’éventuelles sanctions contre des personnes proches de l’ex-Premier ministre Saad Hariri. « Certains responsables américains veulent agir vite afin que des pénalités constituent un message selon lequel le Liban doit changer de trajectoire, alors qu’il cherche des milliards de dollars d’aide pour reconstruire Beyrouth », souligne le quotidien. Pour les responsables américains cités par le WSJ, « sanctionner des individus méticuleusement sélectionnés vise à orienter la formation du nouveau cabinet à travers deux objectifs : pousser la classe politique à cibler la corruption endémique (...) et s’assurer que le Hezbollah n’aura pas la main sur les décisions du gouvernement ». « Nous ne frapperons pas la tête, nous ciblerons d’abord les genoux », affirme une source au WSJ.


Le sous-secrétaire d’État américain pour les Affaires du Proche-Orient, David Hale, est attendu ce soir à Beyrouth, pour une visite officielle dont la durée n’a pas été précisée, au cours de laquelle il aura une série d’entretiens avec les responsables libanais, mais aussi avec des représentants de la société civile et des activistes au sein de la contestation populaire. La...

commentaires (11)

What we have is a recidivist and a repeat offender political class at the helm. The situation will not get better until we have better men in charge.

EL KHALIL ABDALLAH

12 h 23, le 13 août 2020

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Commentaires (11)

  • What we have is a recidivist and a repeat offender political class at the helm. The situation will not get better until we have better men in charge.

    EL KHALIL ABDALLAH

    12 h 23, le 13 août 2020

  • à la mort de rafic hariri il y a eu 1 million de personnes dans la rue , et maintenant si le peuple libanais veut le changement il faut faire autant une partie du peuple est complice de ces zaims: on sait pour dominer un peuple il faut l affamer pour qu il vient mendier à l image de tous les gouvernements depuis 30 ans n ont rien fait de productif ils comptaient sur l argent qui vient d ailleurs

    youssef barada

    11 h 22, le 13 août 2020

  • Comme dirait l’autre , « on branle le mammouth ». Toutes ces gesticulations et ces déclarations d’intention ne servent à rien . Demander à ce pouvoir de faire des réformes c’est lui demander de se suicider et de scier la branche sur laquelle il est assis. Il faut qu’une force exogène les balaye tous pour mettre en place de nouvelles têtes avec les mains propres, pas les mains souillées par le sang des innocents ! Cette force exogène ne peut être qu’une coalition internationale approuvée par l’ONU pour sauver les libanais de leurs bourreaux, conduite par la France de préférence pour des raisons liées à l’histoire du Liban avec la France.

    Ziad CHOUEIRI

    10 h 41, le 13 août 2020

  • Que ceux qui sous entendent que l’intervention des occidentaux est une ingérence alors que le Liban est entre les mains de l’Iran et des ses milices nous expliquent comment peut on accepter l’ingérence depuis des décennies d’un pays qui veut notre mort et refuser celle des pays qui œuvrent pour les en empêcher. Ça aussi c’est mon avis et nous sommes dans un pays où La Liberté de la parole est encore notre seule luxe je n’irait pas jusqu’à qualifier ce fait de démocratique loin de là puisque ça n’est que temporaire alors j’en profite.

    Sissi zayyat

    10 h 14, le 13 août 2020

  • """sortie de crise, difficilement possible avec le Hezbollah qui contrôle pratiquement tous les rouages de l’État"""- J'ajouterais moi,que tant que l'on continuera de repeter le refrain ci-haut, rien a faire. Par contre lorsque l'on dira les choses comme elles sont, que michel aoun & j bassile sont essentiellments coupables au meme degre que nasroullah , alors on pourra arriver. Arriver ou diriez vous? Ben a ce ques les usa fassent pression REELLES -et on sait qu'ils le peuvent s'ils le veulent vraiment- sur ces 2 la pour qu'ils laissent tomber le 3e -ou pour le moins cessent de profiter de lui, ce dernier se trouvera alors denude de tte couverture et s'assagirait bon gre mal gre. PS. sauf qu'il sera impossible a forcer ces 2 la a changer de politique , plus difficile que forcer nasroullah a amadouer la sienne propre .

    gaby sioufi

    10 h 09, le 13 août 2020

  • Tous ces palabres et ces gesticulations du monde entier pour soit disant sauver le pays ne sont pas crédibles. Cela fait des mois que les américains menacent de sanctionner les voleurs, pendant que la Suisse refuse de geler leurs comptes et les français appellent à une union nationale alors qu’ils savent que c’est mission impossible vu la présence d’un parti aux ordres de l’Iran avec des armes illégales qui tuent tous les jours un peu plus des libanais. On se demande à la fin si ça n’est pas un complot international contre notre pays. Pourquoi autant de promesses sans qu’aucun acte concret ne voit le jour. Pourtant ça semble si facile de sauver notre pays en gelant tous les comptes de toute cette mafia dans le monde entier puis de procéder à une réunion internationale pour faire appliquer les décrets de notre constitution qui stipulent qu’aucun parti ne doit posséder des armes tout en exigeant de l’Iran de donner l’ordre à ses mercenaires de battre les pattes, et le tour est joué. Je suis naïve mais ils n’ont pas l’air de se rendre compte que le but proche de ces vendus est de réduire en cendre notre pays juste pour avoir le dernier mot. ALORS IL Y A URGENCE À AGIR POUR LES EMPÊCHER DE LE FAIRE CAR LA MORT DU PAYS ET DE SES CITOYENS HANTERAIT TOUS LES RESPONSABLES POLITIQUES DU MONDE ENTIER. ILS NE POURRONT PAS DIRE ON NE SAVAIT PAS ILS ONT ASSISTÉ PRESQUE EN DIRECTE À L’EXPLOSION DU PORT QUI ÉTAIT LE PREMIER ÉPISODE D’UNE SÉRIE DE LEUR PLAN MACABRE.

    Sissi zayyat

    10 h 08, le 13 août 2020

  • Evidemment que les Libanais ont leur mot à dire, mais en ont ils seulement la possibilité, entre un président, par son indécision permanente et une certaine incohérence dans son comportement en outre des députés du hezb.. qui prônent "la fermeture des boites de nuit" et insistent sur le fait que c'est une affaire purement intérieure (sur ce point il a raison, l'iran n'a pas levé le petit doigt suite à l'explosion) des députés qui ont peur de perdre leurs avantages ( payés pour ne rien faire, bénéficier d'une escorte et d'un véhicule avec une immatriculation à 2 ou 3 chiffres...) cela fait bien dans le décors . Des chefs de partis politiques qui veulent, une nouvelle fois, se partager le gateau... en d'autres termes nous tombons de Charybde en Scylla , on prendra les mêmes et on recommencera

    c...

    08 h 55, le 13 août 2020

  • Pourquoi vous intéressez vous à ce point au quotidien des personnes qui vivent au Liban? Pas d'électricité etc... Américains et européens et les diplomaties en générale ne font jamais dans l'altruisme. C'est quoi la finalité? N'en déplaise à certaines citoyens, que l'on aime ou non certains partis, c'est le principe de la démocratie. Et que quelqu'un de l'extérieur vienne s'assurer qu'il n'y aura pas son mot à dire, appelez ça comme vous voulez mais ca s'appelle de l'ingérence. C'est supposé se régler en local. Entre citoyens. Entre libanais. (Je partage simplement mon avis).

    Sybille S. Hneine

    07 h 39, le 13 août 2020

  • IL FAUT DES PRESSIONS FERMES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    07 h 24, le 13 août 2020

  • Trump a besoin d une victoire immediate avant les elections , Natanyahou a besoin de fortifier sa situation fragile : Trump a dit a Natanyahou qu'il n'a aucune objection que le Liban soit tout entier detruit si le resultat est de detruire le Hezb . Macron a compris et veut faire l'intermediaire dans les negociations avec l'Iran . Mais l'Iran n'aime pas negocier en position de faiblesse . Car Daech est dejà au Liban et en train d'etre armé . Le Hezb dit que s'il doit être désarmé par la force il a des suicidaires prêts a une deflagration génerale et s'il le faut , que nous mourions tous ensemble amis et ennemis ... Mais les Russes sont aux aguets en Syrie avec toutes leurs troupes de choc ! Il est impensable pour Poutine de rester sans bouger en voyant les enormes gisements sous marins envahis par Israel qui a deja commencé les exploitations ! Je suis le seul a apleler a des negociations tranquilles pour eviter un surplus de tragedies mais malheureusement les esprits sont surchauffés

    Chucri Abboud

    03 h 50, le 13 août 2020

  • ESPÉRANT UN PEU QUE ÇA SOIT VRAI TOUT ÇA ! . PEUT ÊTRE QU'ILS VONT SANCTIONNER BASSIL ET JE NE SAIS QUI. MAIS QU'EST CE QU'ILS ATTENDENT ALORS POUR METTRE CES PAROLES EN ACT ? QUE L'AEROPORT SOIT EXPLOSÉ AUSSI ? OU LE PORT DE TRIPOLI SE DISPARAISSE ? L'ESPOIR FAIT VIVRE.

    Gebran Eid

    03 h 03, le 13 août 2020