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Réveillons-nous avant qu’il ne soit trop tard

Réveillons-nous avant qu’il ne soit trop tard

Un homme cherchant à manger dans une benne à ordures, à Saïda, le 30 juin 2020. Ali Hashisho/Reuters

Nous ne retrouverons pas de sitôt le Liban d’avant. Nous allons devoir nous adapter, au moins pendant quelques années, à une triste réalité : pertes massives d’emplois, baisse générale du niveau de vie, contrôle officiel ou officieux de nos capitaux. Plus nous mettrons du temps à accepter ce constat, à faire le deuil du Liban d’hier, plus il nous sera difficile de construire le Liban de demain. Beaucoup de Libanais semblent ne pas avoir encore pris conscience de l’ampleur de la catastrophe, ou l’attribuent à des causes exogènes. C’est, sans doute, l’une des raisons de notre apathie collective face à une situation qui se dégrade quotidiennement. Nous avons toujours tendance à penser que tout dépend de l’extérieur, de la géopolitique. La classe politique alimente cette lecture des événements car elle lui permet de ne pas faire face à ses responsabilités. On discute des heures durant des rumeurs d’une nouvelle guerre avec Israël – rumeurs qui viennent de sources qui semblent si informées qu’elles doivent avoir une ligne directe avec Benjamin Netanyahu ! – et l’on semble oublier que le pays n’a pas besoin d’un nouveau conflit pour s’autodétruire.

La configuration régionale, le bras de fer américano-iranien, la guerre en Syrie, l’afflux de réfugiés ont certainement compliqué la situation et réduit les marges de manœuvre du Liban. Mais ce n’est pas la géopolitique qui est à l’origine de notre descente aux enfers et ce n’est pas elle qui nous en sortira. À moins que le régime iranien ne s’effondre dans les prochaines semaines, que le Hezbollah décide de lui-même de rendre ses armes ou que des pays occidentaux ou arabes se rendent tout à coup compte que le Liban est essentiel à leur survie et se montrent par conséquent très généreux à son égard, aucune évolution sur la scène régionale ou internationale ne va permettre au pays du Cèdre de recevoir les milliards nécessaires, dans l’immédiat, pour le remettre à flot.

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Le FMI est notre seul horizon. Un accord avec l’institution internationale permettra au Liban de débloquer des crédits, de financer des réformes structurelles et, surtout, de redevenir crédible auprès de la communauté internationale. Après des semaines de négociations et malgré l’urgence de la situation, nous en sommes encore au point de départ. Pourquoi ? Pas parce que le Hezbollah bloque les tractations ou parce que Washington refuse de débloquer des fonds. Mais parce que les autorités libanaises, c’est-à-dire le triumvirat gouvernement/Parlement/Banque du Liban, est incapable de s’entendre sur un plan de base pour entamer les négociations. De l’aveu même du FMI, qui a pourtant été confronté aux situations les plus difficiles, celle-ci est tout simplement inédite. Les autorités libanaises n’arrivent même pas à s’accorder sur le bilan des pertes. Les banques, la BDL et une partie non négligeable de la classe politique, parmi laquelle des parrains du gouvernement, essayent de saboter le plan proposé par ce même gouvernement, et pourtant reçu positivement par le FMI. L’enjeu de ce bras de fer au cœur du pouvoir : la répartition des pertes. Autrement dit, qui va payer la note, entre les banques et l’État.

Les négociations avec le FMI seront tout aussi compliquées par la suite. Quand l’organisation va demander un plan de réforme de l’électricité, les aounistes vont sans doute persister dans leur volonté de construire une centrale à Selaata, que tous les experts considèrent comme coûteuse et inutile. Quand elle va demander une réduction des dépenses publiques, tous les politiques qui survivent grâce au clientélisme risquent de s’y opposer. Quand elle va demander un contrôle plus strict de la frontière avec la Syrie, des ports et de l’aéroport, elle aura alors affaire au Hezbollah.

Une mobilisation massive

Chaque jour que l’on perd sans parvenir à un accord avec le FMI a un coût exorbitant et assombrit nos perspectives pour l’avenir. Sans accord, la livre va continuer de s’effondrer, le pouvoir d’achat de baisser, les entreprises de fermer, les conditions de vie de se détériorer. Combien de temps allons-nous encore regarder le pays être pris en otage par les intérêts de quelques-uns avant de réagir? Qu’attendons-nous pour nous réunir massivement, dans l’esprit du 17 octobre, pour faire pression sur le gouvernement, sur le Parlement, sur la BDL et sur les banques pour que les générations futures ne soient pas à leur tour sacrifiées en raison de nos erreurs ou de notre inertie ? Les Libanais sont fatigués. Profondément. Cela fait des décennies que tout cela dure, et l’année a été particulièrement rude. Beaucoup ne comprennent pas les enjeux de la situation actuelle, le plus souvent car elle leur est mal expliquée. Beaucoup considèrent qu’ils ne peuvent plus rien faire, que la bataille est déjà perdue. Beaucoup se demandent en qui ils peuvent encore avoir confiance et sur quoi la mobilisation devrait aujourd’hui se concentrer.

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Les nouveaux clivages sur la scène politique ne sont pas clairs, ce qui contribue à compliquer un peu plus toute prise de position. Il y a un gouvernement composé à la fois de personnalités proches du 8 Mars et de technocrates proches de la société civile. Il y a au sein de cette alliance du 8 Mars des divergences majeures sur la question des réformes à entreprendre, ce qui fait que les partis qui ont parrainé le gouvernement passent le plus clair de leur temps à le critiquer. Il y a une opposition parlementaire qui s’est montrée jusqu’ici incapable de présenter une alternative sérieuse. Et il y a, enfin, une société civile divisée, incapable de s’organiser et de faire entendre sa voix sur ce que doivent être les priorités pour gérer la crise.

Ces priorités, elles sont pourtant matraquées par tout ce que le pays possède d’experts sérieux depuis des mois : une loi sur le contrôle des capitaux, une dévaluation officielle de la livre, un accord avec le FMI qui prévoit notamment une restructuration du système bancaire et plusieurs grandes réformes structurelles, au premier rang desquelles figure celle de l’électricité.

Mais comment mobiliser la population sur des thématiques aussi techniques ? On fait la révolution pour se débarrasser des Syriens, pour conspuer la classe politique, pour rompre avec le confessionnalisme, mais pas pour demander l’intervention du FMI et la cure d’austérité qui va l’accompagner. C’est pourtant la seule solution pour sortir la tête de l’eau : une mobilisation massive, pluricommunautaire et n’ayant pour seul mot d’ordre que de réformer au plus vite.

Il sera temps ensuite d’organiser des élections, de définir clairement le Liban que nous voulons, de poser la question des armes du Hezbollah et de se débarrasser de toute la classe politique. Mais à vouloir s’attaquer dès maintenant à ces problématiques, qui ne peuvent être résolues à court terme, nous accélérons le naufrage du navire libanais. Faut-il que nous ne puissions plus manger de viande, que nous n’ayons plus du tout d’électricité, d’emploi ou de salaires, pour enfin nous révolter ? À quel point faut-il que la situation se dégrade encore avant d’enfin nous réveiller ?



Nous ne retrouverons pas de sitôt le Liban d’avant. Nous allons devoir nous adapter, au moins pendant quelques années, à une triste réalité : pertes massives d’emplois, baisse générale du niveau de vie, contrôle officiel ou officieux de nos capitaux. Plus nous mettrons du temps à accepter ce constat, à faire le deuil du Liban d’hier, plus il nous sera difficile de...

commentaires (14)

Il semble que le blocage ne vienne pas d'un 'désaccord' sur le montant des pertes mais de la peur d'un audit de la BDL et des banques qui révélerait qui a croqué. Les banques et une partie de la classe politique bloquent le processus pour cette raison semble-t-il. Ceux qui poussent à la roue de l'audit sont soit hiors du système bancaire (c'est le cas du Hezbollah par exemple qui était interdit de banque par les Américains et donc passait sans doute par d'autres circuits), soit honnêtes. Je pense au PM qui se fait taper dessus par les corrompus enragés. Lire d'ailleurs ce papier paru ce matin dans le Times https://www.thetimes.co.uk/article/5725faae-bc68-11ea-84a6-a03a9956ea0a?shareToken=389211767a74d48ca76675d3f1528cb3

Marionet

20 h 50, le 03 juillet 2020

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Commentaires (14)

  • Il semble que le blocage ne vienne pas d'un 'désaccord' sur le montant des pertes mais de la peur d'un audit de la BDL et des banques qui révélerait qui a croqué. Les banques et une partie de la classe politique bloquent le processus pour cette raison semble-t-il. Ceux qui poussent à la roue de l'audit sont soit hiors du système bancaire (c'est le cas du Hezbollah par exemple qui était interdit de banque par les Américains et donc passait sans doute par d'autres circuits), soit honnêtes. Je pense au PM qui se fait taper dessus par les corrompus enragés. Lire d'ailleurs ce papier paru ce matin dans le Times https://www.thetimes.co.uk/article/5725faae-bc68-11ea-84a6-a03a9956ea0a?shareToken=389211767a74d48ca76675d3f1528cb3

    Marionet

    20 h 50, le 03 juillet 2020

  • A part quelques "privilégiés" c'est l'ensemble des Libanais qui subissent ce naufrage ... l'on peut déjà voir des malheureux se pencher sur les poubelles afin de survivre ... Si on se souvient ,ceux qui nous "gouvernent" avaient pris des mesures pour encadrer les prix de certains produits dits de première nécessite ... Le sucre en poudre à 10000 LL, les haricots rouge à 21750 LL( 1 Euros en France) , les lentilles à 17000 LL .... Et si l'on décidait de boycotter tous ces produits "de luxe"....

    c...

    13 h 59, le 03 juillet 2020

  • Il était trop tard, il y a 100 ans déjà!

    George Fares

    12 h 05, le 03 juillet 2020

  • AUSSI IL FAUDRA NE JAMAIS OUBLIER QUE, N'ETAIT CE LA VOLONTE FOLLE DES CHRETIENS DU LIBAN DE S'ATTACHER A NOTRE NATION QUE LES PALESTINO-SYRO-MOUVEMENT NATIONAL LIBANAIS- AVAIENT PERDU LEUR GUERRE ... JUSQU'AU JOUR NEFASTE OU CES MEMES CHRETIENS LIBANAIS ON COMMIS LE CRIME DE REJETER LE CHOIX DE M DAHER A LA PRESIDENCE.

    gaby sioufi

    11 h 41, le 03 juillet 2020

  • ASSEZ REPORTER A PLUS TARD, ASSEZ CRAINDRE FAIRE FACE-SUFFIT DE SE RAPPELER DE L'EPISODE 1968 A 1988 ( AU MOINS), EXPERIENCE QUI A PERMIS AUX YASSER ARAFAT DE TS GENRE & NE L'OUBLIONS JAMAIS ACOQUINES A DES LIBANAIS DE PURE SOUCHE DE FAIRE LA LOI SUR NOTRE SOL, QUI A ABOUTI A NOTRE TRES CHERE GUERRE-DITE CIVILE- OUI FAIRE FACE A HN, A SES ALLIES AU POUVOIR, A TTE CETTE MAFIA EST IMPERATIF, QU, IL ET QU,ELLE NE NOUS EFFRAIENT PAS DE GUERRE CIVILE ET AUTRES BALIVERNES. NASRALLAH EST LE 1er A RECULER DEVANT UNE TELLE INITIATIVE ET METTRA BAS SES ARMES DE PEUR DE CTTE GUERRE CIVILE - BAS LES ARMES SUIVANT UN SCENARIO QUELCONQUE. HN SERA LE 1er A BAISSER LE TON DE PLUSIEURS CRANS, A FAIRE DE SORTE QUE LE "MONDE" L'OUBLIE ET SE RAPPELLE DE NOTRE LIBAN .

    gaby sioufi

    11 h 37, le 03 juillet 2020

  • A force de grignoter les resources économiques du pays depuis des décennies, ils se sont trouvés avec de milliards de provisions pour mettre à genoux les libanais en dévaluant sa monnaie et la prochaine étape serait d’imposer des lois à la méthode chinoise. Des décrets qui empêcheraient tout citoyen à protester contre leur politique sous peine de sanction. Il faut que tous les médias se consacrent à motiver les citoyens en leur expliquant clairement se qui s’y passe et à nommer sans trembler tous les responsables de ce complot avec les qualificatifs qui vont avec. Il faut parler le langage de la foule et arrêter avec les analyses financières et politiques qui ne parlent pas aux gens et qui est du charabia pour eux. Les médias ont un rôle important à jouer pour démentir tous les mensonges du camp adverse sans répit. Encore et toujours jusqu’à ce que le peuple comprenne de quoi il retourne. C’est à ce moment là que le peuple de tout bord descendra dans la rue et réclamerait d’une seule voix un pays souverain et le Karsher pour nettoyer tous ces parasites qui rongent le pays. Assez de déontologie il faut de la pédagogie.

    Sissi zayyat

    11 h 09, le 03 juillet 2020

  • Le problème du Liban : 17 ethnies, 3 classes sociaux-économiques, 3 générations de citoyens, diaspora internationale nombreuse sous 3 influences doctrinaires, 3 langues avec leur soft-power, sans compter le poids des communautés de réfugiés et travailleurs étrangers. Cette équation nous ramène à de : 17x3x3x3x3 = 1377 sous-groupes d’opinion et d’intérêt diffèrent. L’intérêt général n’est pas possible dans le model libanais. La classe politique joue de cette diversité pour se partager le gâteau en donnant quelques miettes à leurs sous-groupes. D’où, le Krach de ce petit pays en attendant un poids lourd qui dominera. Les autres devront partir ou se mettre à genoux. D’où, le Hezb-d’Allah, un parti armé et monolithique, qui attend sa totale hégémonie.

    DAMMOUS Hanna

    10 h 57, le 03 juillet 2020

  • Après que certains SALOPARDS aient finalisé par la propagation de rumeurs dans les Médias ou les réseaux sociaux , leur campagne De dénigrement et de démolitions entamée depuis plus de Trois ans à l encontre de la Monnaie Nationale , des Banques , de la Banque Centrale .... Leurs Combats par la propagation de rumeurs mensongères continuent aujourd hui vers la destruction totale de certains secteurs économiques qui respirent encore tel l aéroport et le tourisme : leur but final l expiration totale et final de tout un pays et de sa population semant la panique .... Sachez Messieurs Qu on ne vous laissera pas faire , nous passerons nos vacances d été au Liban .... ....

    Menassa Antoine

    10 h 12, le 03 juillet 2020

  • il n'est jamais trop tard ;cessons de tuer l'espoir dans l'oeuf ,c'est le meilleur moyen de ne plus rien faire; que faisaient les libanais pendant 15 ans de guerre?ils ont vécu malgré tout ,se sont organisés MALGRE tout ;plus de pain:on le fait !plus de viande:on mange des oeufs !plus de légumes ,on se retrousse les manches et on va aider les agriculteurs pour partager les récoltes etc etc oui : et quand il reste du temps(!) on forme un gouvernement digne de ce nom;J.P

    Petmezakis Jacqueline

    09 h 31, le 03 juillet 2020

  • IL EST DEJA TROP TARD. CE N,EST PLUS DE REVEIL QU,IL FAUDRAIT MAIS D,UNE REVOLUTION ORGANISEE AVEC COMITE ET TETE. LE BORDEL N,A PLUS SA PLACE. LES CORROMPUS, VOLEURS ET INCOMPETENTS DOIVENT DE BONGRE OU DE MALGRE PARTIR. UNE NOUVELLE AUBE DOIT SE LEVER SUR LE PAYS. TOUS LES LIBANAIS EN ONT BESOIN.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 09, le 03 juillet 2020

  • Est-ce vraiment à nous de nous réveiller? Nous le sommes, O que trop... Qui de nous se fait encore la moindre illusion sur la situation du pays?

    NAUFAL SORAYA

    07 h 43, le 03 juillet 2020

  • Mais dans le fait de pousse tout le monde comme en 2005 oui ça je suis pour et avec vous à 100%

    Bery tus

    06 h 55, le 03 juillet 2020

  • Pas d’accords du tout sur la fin de l’article mais alors là pas d’accords ... les investissements ne viennent pas avec des promesses mais des actes Mr Samrani Les investisseurs ont besoins de sécurités, de viabilité à court long et moyen terme ... En ne s’attaquant pas aux racines on ne pourra jamais changer en profondeur !! Oui il faut négocier avec le FMI, mais sans GARANTIS et palpable cette fois ci même Hariri lui ne pourra rien faire

    Bery tus

    06 h 53, le 03 juillet 2020

  • Le bâteau coule, il a déjà pris l'eau de toutes parts, et nos gouvernants sont encore à se chamailler pour savoir qui va prendre la direction des opérations d'évacuation du navire. Ce sont des inconscients, des irresponsables, des criminels....

    Georges Airut

    03 h 01, le 03 juillet 2020