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Politique - Pâques

Audi : Les Libanais n'ont pas à payer le prix des erreurs de leurs dirigeants

Le métropolite de Beyrouth s'en prend au gouvernement de Hassane Diab dans son homélie à l'occasion de la fête de Pâques.

Le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Mgr Elias Audi, célébrant la messe de Pâques, le 19 avril 2020 en l'église Saint-Georges, dans le centre-ville de Beyrouth. Photo AFP / ANWAR AMRO

Le métropolite de Beyrouth, Mgr Elias Audi, a célébré dimanche la messe de Pâques à la cathédrale Saint-Georges des grecs-orthodoxes dans le centre-ville de Beyrouth, profitant de cette occasion pour s'en prendre au gouvernement du Premier ministre Hassane Diab et appeler les dirigeants à ne pas faire payer aux Libanais les prix de leurs erreurs.

"Le gouvernement doit faire preuve de sagesse, de patience et de courage pour se défaire de toutes les allégeances, à l'exception de l'allégeance à son peuple. Le gouvernement doit sortir le Liban de sa crise, sans que les citoyens n'aient à payer le prix des erreurs de ses gouvernants", a martelé le prélat orthodoxe, connu pour son franc-parler et ses positions critiques à l'égard des dirigeants du pays. 

"Confisquer les biens de toute une vie est inconcevable, a souligné Mgr Audi. Notre peuple mérite une vie digne et nous espérons que le gouvernement pourra lui assurer une telle vie, loin des pratiques qui prévalaient auparavant. Vous (les dirigeants, ndlr) devez agir pour tout le peuple, et non pour une certaine catégorie de personnes ou de communauté ou d'un parti", a en outre plaidé Mgr Audi.

Le Premier ministre, Hassane Diab, a tenté jeudi soir de rassurer les Libanais après les appréhensions suscitées par la fuite la semaine dernière d’une ébauche du plan de réforme que prépare le gouvernement pour faire face à la plus grave crise économique que traverse le Liban depuis 30 ans. Il a notamment affirmé dans un discours télévisé que 98 % des déposants échapperont à une ponction des dépôts. Le gouvernement examine actuellement un plan de réformes économiques et financières qu'il est censé adopter afin de tenter de sortir le pays de sa crise. Un passage de ce texte affirmant la volonté du gouvernement de "ne pas toucher à l’argent de 90 % des déposants dans les banques" avait suscité des craintes quant à un éventuel haircut, c’est-à-dire une possible ponction sur les avoirs des épargnants. Si le plan de sauvetage économique n’a pas encore officiellement vu le jour, ce passage a causé une véritable tempête politique, tant parmi les composantes du cabinet que dans les rangs de ses opposants.


(Lire aussi : Élias Audi, libaniste pour les uns, trublion pour les autres)



"Justice sociale"

"Le gouvernement doit respecter la Constitution et appliquer les lois, en consacrant le principe de la justice sociale. Il doit agir rapidement, mais sans le faire de manière hâtive", a encore affirmé le métropolite de Beyrouth. "Nous espérons qu'aucune communauté ne sera lésée, et si votre gouvernement transcende les communautés, consacrez alors le principe de la rotation au sein de la fonction publique en vous basant sur les critères de compétence, d'honnêteté et d'expérience, tout en réclamant des comptes à tout le monde". Mgr Audi faisait référence aux propos du Premier ministre qui affirmait récemment que son gouvernement "transcende les communautés". Et le dignitaire orthodoxe de conclure : "Nous prions pour aider nos responsables à lutter contre d'autres virus que le coronavirus, tels que la corruption et la cupidité". 

Pour sa part, le chef du gouvernement, Hassane Diab, a souhaité une joyeuse Pâques aux Libanais, dans un bref message sur Twitter. "En espérant que le chemin de croix au Liban prenne fin lorsque les Libanais reprendront confiance en leur Etat, joyeuses Pâques et une bonne année à tous", a pour sa part écrit le Premier ministre sur Twitter.

De son côté, le chef de l'Eglise maronite, Mgr Béchara Raï, qui a célébré la messe du dimanche au siège patriarcal de Bkerké, a appelé d'une part les Libanais à soutenir le gouvernement, et d'autre part le cabinet à ne pas faire du peuple le bouc émissaire de la crise.

"Soutenons le gouvernement afin qu'il puisse accomplir sa mission. Ce cabinet, qu'il nous plaise ou non, représente l'autorité en place en ce moment de crise exceptionnelle. Il ne peut réussir dans sa mission si nous ne le soutenons pas", a plaidé le prélat Maronite. "En contre partie, le gouvernement doit faire ses preuves et montrer qu'il est solide et indépendant (...). Il doit prendre toutes les dispositions courageuses et difficiles pour mettre un terme à l'effondrement, restituer les fonds volés et regagner la confiance du peuple, du monde arabe et de la communauté internationale, a ajouté Mgr Raï. Ce gouvernement doit accélérer l'application du plan de réforme, dans l'intérêt des Libanais et non aux dépens des efforts de toute leur vie. (...) Nous mettons en garde contre la lutte entre la classe politique et le clan des banques, qui ferait des Libanais des boucs-émissaires", a conclu le chef de l'Eglise maronite.

Le Liban traverse sa pire crise économique et financière en trente ans. Le 17 octobre 2019, une révolte populaire a été déclenchée et se poursuit, malgré une pause dans les manifestations d'ampleur en raison des mesures de confinement mises en place par les autorités pour enrayer la propagation du nouveau coronavirus dans le pays. Le gouvernement Diab, décrié par la rue même s'il affirme être non affilié aux traditionnels partis politiques, affirme vouloir redresser la situation économique du pays, au moment où la livre libanaise a perdu plus de 50% de sa valeur sur le marché parallèle. Le Liban a également fait défaut sur le paiement de sa dette en dollars, une première dans l'histoire du pays. Les bailleurs de fonds internationaux et les créanciers du pays réclament des réformes sérieuses afin de soutenir le Liban.

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commentaires (13)

Quand une erreur de ce genre est répètée , ce n'est plus une erreur , c'est un crime . Un crime se juge et se condamne. Les libanais devraient plutôt former des jurys populaires et actionner la guillotine .

FRIK-A-FRAK

15 h 08, le 20 avril 2020

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Commentaires (13)

  • Quand une erreur de ce genre est répètée , ce n'est plus une erreur , c'est un crime . Un crime se juge et se condamne. Les libanais devraient plutôt former des jurys populaires et actionner la guillotine .

    FRIK-A-FRAK

    15 h 08, le 20 avril 2020

  • Le gouvernement des masques jaunes sera chassé en son temps par la révolution! Pas de solutions possibles sans État, pas d’Etat possible en presence d’une milice plus puissante que l’Etat, et qui gouverne avec l’ombre des armes en coulisses !

    LeRougeEtLeNoir

    23 h 42, le 19 avril 2020

  • Mais vous les dirigeants (les anciens et leurs parrains)paierez chèrement les torts causés à vos populations exsangues! Finie la planque tout le monde à découvert l’OCDE s’occupe déjà de vous car ce n’est pas des abus qu’il y a eu dans le pillage du pays mais des obus !!!

    PROFIL BAS

    19 h 56, le 19 avril 2020

  • Mgr Elias Audi a raison . Je lisais sur FB un jeune libanais qui cherchait de l'aide pour sa maman malade. J'ai des amies qui payent leurs médicaments très chère mais enfin ces voleurs n'ont pas honte

    Eleni Caridopoulou

    19 h 36, le 19 avril 2020

  • Diab jusqu'a présent incarne l'image d'une personnalité qui ne peut se démarquer des desirs de ceux qui l'ont nommé. Il n'ose pas toucher à aucune des nombreuses réformes si urgentes car cela risque d'incommoder ses parrains. Malgré la présence de quelques ministre s valables dans ce gouvernement,ils doivent se sentir blasés par l'abord boiteux de la corruption et de l'absence de décisions réelles productives à ce jour. La façon d'aborder la crise financière, et la facilité de se jeter sur les dépots avant de pratiquer des haircuts dans l'administration,etc... montre la fatalité des choix dangereux déclarés. Combien faut-il attendre ? Ça ne peut pas durer longtemps.

    Esber

    19 h 30, le 19 avril 2020

  • LA VOIX DE LA CONSCIENCE ! BAS LES MAINS DES ECONOMIES D,UNE VIE DES DEPOSANTS QUI POUR LA PLUPART SONT AGES ET N,ONT QUE CES ECONOMIES POUR VIVRE LE RESTE DE LEURS JOURS HONORABLEMENT. RECUPERER L,ARGENT VOLE DES CORROMPUS VOLEURS ET DES PROPRIETAIRES PREDATEURS BANQUIERS ET DE RIAD SALAME QUI BERNAIT LES GENS AVEC SES ASSURANCES POUR DEPOSER LEURS ECONOMIES AU LIBAN. CHOISIR UNE PARTIE DES DEPOSANTS POUR UN HAIRCUT EST ENCORE PLUS CRIMINEL QU,UN HAIRCUT GENERAL. NOUS AVONS UN NOMBRE PAS MAL DE MILLIARDAIRES ET DE MULTI MILLIONNAIRES AU LIBAN EN PLUS DES ALIBABAS DE LA CAVERNE ETOILEE ET LES CHEFS ET MINISTRES DES TRENTE DERNIERES ANNEES. FAITES LEUR UN HAIRCUT AU LIEU DE VOUS PRENDRE AUX ECONOMIES D,UNE VIE DES GENS AGES ET DE LES APPAUVRIR. JUSTOCE AU NOM DE DIEU !

    LA LIBRE EXPRESSION

    19 h 08, le 19 avril 2020

  • Le métropolite de Beyrouth a raison aucun gouvernement et aucune banque ne doivent voler l'argent du peuple .

    Antoine Sabbagha

    18 h 36, le 19 avril 2020

  • Le métropolite de Beyrouth s'en prend au gouvernement de Hassane Diab dans son homélie à l' occasion de la fête de Pâques. vous avez raison il ne faut pas toucher à l économie de toute une vie des gens par contre la solution est chez Monseigneur RAI il faut poursuivre les voleurs et confisquer leurs argents plaise ou non le gouvernement ne peut réussir dans sa mission si nous ne le soutenons pas", a plaidé le prélat Maronite. "En contre partie, le gouvernement doit faire ses preuves et montrer qu'il est solide et indépendant (...). Il doit prendre toutes les dispositions courageuses et difficiles pour mettre un terme à l' effondrement , restituer les fonds volés et regagner la confiance du peuple pour ca il faut une feuille de route pour les reformes à venir pas seulement économiques pour regagner la confiance des bailleurs de fond.

    youssef barada

    15 h 21, le 19 avril 2020

  • Avec tout le respect que je lui dois, ces dirigeants sont élus par le peuple depuis des décennies.

    Bachir Karim

    14 h 49, le 19 avril 2020

  • "Le gouvernement doit faire preuve de sagesse, de patience et de courage pour se défaire de toutes les allégeances, à l'exception de l'allégeance à son peuple..." Des mots que le gouvernement doit graver dans sa conscience et son cœur! Il doit apprendre de ces libanais affamés pour du pain mais surtout affamés pour un état réel, indépendant et maître de sa destinée!! Que de Dieu protège Mgr Audi, son esprit ainsi que tous ceux qui pense mais surtout agissent de même!! Une lueur d'espoir après la mort est certaine!

    Wlek Sanferlou

    14 h 49, le 19 avril 2020

  • Un grand bravo à ce Prélat honnête et courageux, qui n'a pas peur de dire à nos politiciens leurs quatre vérités en face. Quand nos dirigeants actuels écouteront-ils enfin la voix de la raison, la voix de leur conscience, et non celle de leurs parrains et commanditaires? Quand se libéreront-ils des chaînes qui les attachent à ceux qui les ont nommés? Quand commenceront-ils à travailler uniquement dans l'intérêt du pays et de son peuple?

    Georges Airut

    14 h 31, le 19 avril 2020

  • Ils n’auront plus à payer les FAUTES de leurs dirigeants, car ils en ont assez de payer depuis des décennies. Je me pose cette réflexion sur l’attitude du clergé libanais envers leurs fidèles. Craignent-ils d’être rattraper par la grogne populaire, d’être désavoués ? En tout cas, joyeuses Pâques au Métropolite Audi, et à tous ceux qui sont dans l’esprit de la fête. La photo est récente, la barbe grisonnante, encore bonne fête Monseigneur.....

    L'ARCHIPEL LIBANAIS

    14 h 19, le 19 avril 2020

  • Le patriarche maronite Béchara Raï en un seul mot : "Restituer les fonds volés." C'est tout dire.

    Un Libanais

    14 h 09, le 19 avril 2020

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