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Société - Épidémie

Coronavirus au Liban : 109 cas, dont onze jésuites, et deux guérisons enregistrées

Les différentes régions du pays se sont conformées hier à la décision du gouvernement de réduire au minimum les déplacements.

Le souk de Saïda, au Liban-Sud, était vide hier. Photo Mountasser Abdallah

Avec dix nouveaux cas enregistrés en 24 heures, le nombre de personnes contaminées par le nouveau coronavirus au Liban s’établissait hier à 109, selon le ministère de la Santé. En revanche, deux nouveaux patients ont été déclarés guéris, après un premier cas la semaine dernière.Parmi les malades figurent onze pères jésuites des couvents de Bickfaya et de Beyrouth, dont quatre sont hospitalisés. Dans un communiqué, les pères jésuites ont rappelé qu’à Beyrouth, les prêtres se trouvent en auto-isolement depuis le 7 mars, après que deux religieux ont été diagnostiqués avec le coronavirus. « Ils font l’objet d’un contrôle médical continu et se font tester périodiquement », a indiqué le communiqué, soulignant qu’un jésuite de Bickfaya les a rejoints le 15 mars. « Les prêtres contaminés ont averti les personnes avec qui elles étaient en contact de leur situation », selon le texte, qui a invité « toute personne qui a été en contact avec l’un des pères jésuites contaminés à observer l’auto-isolement ». Dans ce cadre, la présidente du conseil municipal de Bickfaya, Nicole Gemayel, a appelé les fidèles ayant assisté à des messes célébrées en l’église Notre-Dame de la Délivrance par un des pères jésuites à s’auto-isoler. Ce prêtre a célébré des offices le 4 mars à 7h15, le 7 mars à 7h15 et le 8 mars à 8h. Le conseil municipal a rappelé que « plusieurs » pères jésuites ont été en contact avec un ressortissant italien qui a été contaminé par le nouveau coronavirus.

Par ailleurs, à l’hôpital universitaire Rafic Hariri où sont cloîtrés les malades, un patient diagnostiqué avec le virus a tenté de fuir hier, mais a été vite rattrapé par les forces de l’ordre. « Le patient avait peur, souligne à L’Orient-Le Jour une source de l’hôpital. Ce qui est normal avec toute la panique que suscite cette pandémie à l’échelle mondiale. Les malades se trouvent sous stress, d’autant qu’ils sont isolés du monde extérieur. Une équipe de l’hôpital lui a parlé. Elle a réussi à le calmer et à le convaincre de rester. »

La présidence du Conseil des ministres a, quant à elle, affirmé qu’un consultant du cabinet Lazard, que certains médias disaient être contaminé et qui aurait selon eux transmis la maladie au chef du gouvernement Hassane Diab et à plusieurs ministres, avait subi des examens en France et n’était pas porteur du virus. Elle a par ailleurs démenti des informations de presse selon lesquelles un jardinier bangladais du Sérail serait contaminé par le virus. « Son épouse est suspectée d’avoir contracté le virus, mais elle a subi les tests nécessaires », a précisé la présidence du Conseil, indiquant que dans l’attente des résultats, « des mesures ont été prises à l’égard de toutes les personnes qui sont rentrées en contact avec cet employé ».


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Les postes-frontières fermés

La progression jusque-là contenue du Covid-19 au Liban intervient au lendemain de la proclamation, jusqu’au 29 mars, de la mobilisation générale dans le pays, dans le cadre des mesures renforcées prises par le gouvernement pour lutter contre cette pandémie.

Toutes les frontières, les ports et les aéroports du pays seront fermés du 18 au 29 mars, le temps de donner aux personnes se trouvant à l’étranger la possibilité de rentrer au pays.

Les postes-frontières de Masnaa et de Qaa ont toutefois déjà été fermés dimanche, à minuit. L’entrée au Liban par cet accès est ainsi interdite à tous les Libanais, Syriens ou autres ressortissants possédant un permis de séjour au Liban, rapporte notre correspondante dans la Békaa, Sarah Abdallah. Elle explique que la Sûreté générale permet uniquement aux Syriens voulant se rendre dans leur pays de passer, tandis que « les Libanais voulant se rendre en Syrie sont refoulés dans leur pays par la Sûreté générale syrienne ».


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Les régions confinées

Au lendemain de la proclamation de « mobilisation générale », les différentes régions libanaises semblaient se conformer aux directives du gouvernement hier, selon nos correspondants. Alors que les habitants limitaient au maximum leurs déplacements, des patrouilles des forces de l’ordre et des polices municipales circulaient dans les rues des grandes villes pour s’assurer que les commerces respectaient les consignes de prévention. « Les gens commencent à prendre la menace au sérieux », a affirmé un habitant de Dar Dalloum, à Tripoli, qui a précisé à notre correspondante Ornella Antar que « si les magasins n’étaient pas fermés, les gens seraient sortis ». « Mais au moins maintenant, tout le monde est obligé de se confiner, ils n’ont nulle part où aller », a-t-il ajouté.

Partout dans le pays, les routes étaient vides. Même dans les camps des réfugiés palestiniens de Saïda, Aïn el-Héloué et Miyé Miyé, les fermetures étaient totales, selon notre correspondant Mountasser Abdallah. Les mêmes images de confinement se répétaient d’une région à une autre. À Machghara, un joailler a ouvert son magasin hier matin, mais les forces de l’ordre l’ont obligé à fermer boutique, indique notre correspondante Sarah Abdallah. À Nabatiyé, les habitants et les propriétaires de négoces se sont conformés aux ordres, observe notre correspondante Badia Fahs. Et à Beyrouth, des patrouilles de la police municipale forçaient les commerces encore ouverts, à l’exception des supermarchés et boulangeries, à baisser le rideau.


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Éviter les transports en commun

Par ailleurs, le ministre de la Santé, Hamad Hassan, a mis en garde hier contre l’utilisation des transports en commun, « un des principaux vecteurs de contagion ». Il a appelé les personnes devant se déplacer à favoriser l’utilisation des voitures privées, invitant à « arrêter la circulation des vans et des bus ».

Lors d’une réunion avec des représentants de la fédération des syndicats des transporteurs terrestres, M. Hassan a mis l’accent sur la nécessité que ce secteur se conforme également à l’appel à la mobilisation générale. Afin de faire face aux répercussions économiques de cet arrêt de travail forcé, le ministre a appelé à la création d’un « fonds social », via des appels à contribution. Il a précisé que le ministère des Affaires sociales allait lancer une campagne de dons afin de soutenir les familles les plus défavorisées.

Dans un entretien à la chaîne télévisée al-Manar, le ministre de la Santé a par ailleurs déclaré que « les deux semaines à venir sont les plus dangereuses », ce qui justifie selon lui la fermeture de l’aéroport de Beyrouth lors de cette période. Il a ajouté que « 60 à 70 % des personnes contaminées, qui ont été testées jusqu’à présent, ne présentent pas de symptômes » de la maladie.

De son côté, le président de l’ordre des rédacteurs, Joseph Kosseifi, a appelé les entreprises de presse à « prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des collègues ». Dans un communiqué, il les a exhortées à privilégier « le télétravail » et à « imposer un système de vacation pour se rendre aux bureaux ».


La campagne de donations de la part des responsables se poursuit

Emboîtant le pas à leur collègue à la Santé publique, Hamad Hassan, et à plusieurs députés, la ministre de l’Information, Manal Abdel Samad, et celle des Déplacés, Ghada Chreim, ont annoncé hier qu’elles verseraient leur salaire du mois de mars à la Caisse nationale prévue pour combattre l’épidémie de coronavirus, et ce « pour soutenir les hôpitaux gouvernementaux dans leur lutte contre l’épidémie ». Le député Farid Boustani a également annoncé qu’il donnera son salaire du mois de mars à la Caisse.

Réagissant à cette campagne, le directeur général du ministère de la Santé, Walid Ammar, a précisé qu’il n’avait pas les prérogatives « d’accepter des dons, de quelque pays ou origine que ce soit », appelant les personnes souhaitant effectuer des donations à s’adresser à la présidence du Conseil des ministres. De son côté, le conseil municipal de Hadeth a annoncé avoir donné la somme de 250 millions de livres libanaises à la Croix-Rouge libanaise.



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