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Éclairage

Liban : la mobilisation générale face au coronavirus, une solution médiane ?

Les décisions prises par le gouvernement pour lutter contre le coronavirus suscitent quelques interrogations.

Le Conseil des ministres réuni dimanche. Photo Dalati et Nohra

La proclamation dimanche soir par le gouvernement de l’état « d’urgence sanitaire » au Liban, accompagné d’une « mobilisation générale », dans le cadre de sa lutte contre le nouveau coronavirus, a suscité plusieurs commentaires et critiques. Pour certains, le gouvernement aurait dû faire un pas de plus en avant et décréter carrément l’état d’urgence. Pour d’autres, le concept de mobilisation générale, qui doit en principe être concrétisé par des décrets d’application émis séparément par chaque ministère, reste pour l’heure vague et déroutant. Il l’est d’autant plus qu’il ne prévoit pas de décisions contraignantes et ne définit pas clairement le service d’ordre chargé d’assurer son exécution sur le terrain.

La décision du gouvernement est intervenue à la demande du Conseil supérieur de la défense, réuni un peu plus tôt, qui a préconisé la proclamation de l’état de mobilisation générale, une mesure moins drastique que l’état d’urgence sécuritaire. « Le Conseil supérieur de la défense a décidé de demander au Conseil des ministres de décréter la mobilisation générale (...) et à la fin de la réunion, il a été demandé aux administrations publiques et à la direction militaire d’établir des rapports sur la situation et de les transmettre aux autorités », avait indiqué le général Mahmoud Asmar, secrétaire général du Conseil supérieur de la défense, dans un bref communiqué.

La mobilisation générale a été décidée sur la base de la loi sur la défense nationale, qui prévoit, à l’alinéa 1 de l’article 2, la possibilité de « décréter l’état de mobilisation partielle ou générale afin de limiter l’exposition de la population et des infrastructures vitales au danger, et d’assurer les opérations de mobilisation et le recours aux forces armées ». Un cas de figure qui est prévu « si la nation ou une partie de la nation ou l’un de ses secteurs publics ou encore un groupe de sa population ont été confrontés à un danger ».

Par-delà ses implications légales et sa concrétisation sur le terrain, cette décision, venue un peu tardivement selon certains, a suscité une série d’interrogations sur sa pertinence et sur la question de savoir pour quelle raison elle a été préférée à l’option de l’état d’urgence.

Pour certains juristes, l’état d’urgence est une notion qui n’est pas claire dans la Constitution et ne permet donc pas de répondre à la complexité de la situation dans laquelle se trouve le Liban, qui doit jongler entre une triple crise, sanitaire, économique et financière.

Prévues à l’article 65 de la Constitution, la proclamation de l’état d’urgence et sa levée – qui font partie des questions dites fondamentales requérant l’approbation des deux tiers des membres du gouvernement – n’y sont mentionnées que de manière sommaire, sans autre détail quant à leur application, notamment avec la situation exceptionnelle par laquelle passe actuellement le Liban. D’où une première difficulté à le décréter. La deuxième difficulté serait à rechercher en politique, ou encore dans l’éventail des choix limités laissés au gouvernement qui se débat déjà sur plusieurs fronts, dont celui de trouver un juste milieu entre la nécessité de protéger le plus grand nombre possible de citoyens contre le coronavirus et celle de pouvoir laisser une marge de manœuvre de survie économique aux plus vulnérables.


(Lire aussi : Le Liban en état d'urgence sanitaire : voici les principales mesures adoptées)



Mainmise de l’armée ?

Hier, des informations largement partagées sur les réseaux sociaux faisaient état d’un débat houleux qui aurait eu lieu en Conseil des ministres, entre ceux qui souhaitaient se diriger vers l’adoption de l’état d’urgence et ceux qui n’étaient pas en faveur de cette option, notamment le Hezbollah qui « craindrait la fermeture de l’aéroport ». Autant d’informations qui n’ont pas pu être vérifiées auprès de sources officielles et qui semblent contredire les récentes décisions prises par le gouvernement, notamment pour ce qui est de la fermeture de l’aéroport, effective dès demain soir. Selon des informations obtenues par notre correspondante Hoda Chedid, la question de l’état d’urgence n’a été évoquée dans aucune des deux réunions. Selon des sources informées, qu’elle ait suscité un débat ou non au sein du Conseil des ministres dimanche soir, la question de la proclamation de l’état d’urgence « n’est logiquement pas souhaitée par le président de la République, Michel Aoun, ni par le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, encore moins par le Hezbollah ». « Aucune de ces trois parties, et pour des raisons différentes, ne verrait d’un bon œil l’armée prendre en charge le commandement sur le terrain, comme le requiert logiquement ce cas de figure », soulignent ces sources, en allusion notamment à une éventuelle perte du pouvoir de décision de la présidence en faveur du commandement en chef de l’armée. Interrogé, un analyste proche des milieux du Hezbollah dément le bien-fondé de ces « rumeurs », expliquant que le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait clairement laissé entendre vendredi dernier dans son discours qu’il était en faveur de toute décision que prendrait le gouvernement, dont celle de la proclamation de l’état d’urgence. « C’est également le cas de Gebran Bassil qui, lors de sa conférence de presse samedi, avait exprimé un avis similaire en se prononçant pour l’état d’urgence », précise l’analyste.

Le véritable débat aurait plutôt eu lieu lors de la réunion du Conseil supérieur de la défense qui a réuni dimanche les représentants de l’institution militaire et l’ensemble des services de sécurité qui, dans leur grande majorité, n’étaient vraisemblablement pas enthousiastes à l’idée de voir la troupe prendre les choses en main. « L’état d’urgence suppose que le mot d’ordre reviendrait à l’armée pour ce qui est de l’application concrète des décisions prises, ce qui minimiserait systématiquement le rôle des autres services de sécurité qui se verraient alors hiérarchiquement placés sous le commandement suprême de l’institution militaire », commente une source informée.

Au final, c’est pour une solution médiane qu’ont opté le Conseil supérieur de la défense et le gouvernement, soit la mobilisation générale. « Il est extrêmement difficile de décréter actuellement l’état d’urgence qui suppose l’annonce concomitante d’un couvre-feu, une décision extrêmement coûteuse et pénible du fait de la crise économique », commente un analyste dans une allusion notamment aux journaliers, chauffeurs de taxi notamment, qui tentent de survivre au jour le jour.


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La proclamation dimanche soir par le gouvernement de l’état « d’urgence sanitaire » au Liban, accompagné d’une « mobilisation générale », dans le cadre de sa lutte contre le nouveau coronavirus, a suscité plusieurs commentaires et critiques. Pour certains, le gouvernement aurait dû faire un pas de plus en avant et décréter carrément l’état...

commentaires (3)

je ne vois pas qu est ce que vient foutre l armée dans l état d urgence sanitaire . je constate que le gouvernement ne fait pas ce qu il veut et il n a pas les moyens de ses ambitions.

youssef barada

11 h 18, le 17 mars 2020

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Commentaires (3)

  • je ne vois pas qu est ce que vient foutre l armée dans l état d urgence sanitaire . je constate que le gouvernement ne fait pas ce qu il veut et il n a pas les moyens de ses ambitions.

    youssef barada

    11 h 18, le 17 mars 2020

  • Avec l’économie à l’arrêt complet, plus de taxes, plus de TVA, plus d’impôts. De quoi va survivre cet État déjà en faillite? Que se passera-t-il le jour où ils diront aux forces de l’ordre et à l’armée "sorry, on n’a plus de quoi vous payer"?

    Gros Gnon

    08 h 57, le 17 mars 2020

  • ETAT DE MOBILISATION GENERALE OU ETAT D,URGENCE LES CITOYENS DOIVENT SE CONFORMER AUX CONSIGNES EMISES PAR LES MINISTERES RESPONSABLES DE LEURS APPLICATION.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    01 h 12, le 17 mars 2020