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Lorsque le progrès va trop vite

En mars 2015, le cofondateur de Microsoft, Bill Gates, soulignait, dans le cadre d’une des minicauseries TED Talk, que le principal danger qui menacera le monde au cours des années à venir ne serait pas une guerre nucléaire, mais plutôt la propagation d’un virus fortement contagieux. Il avait alors relevé que l’humanité n’était pas prête à affronter une telle menace. Deux ans plus tard, au cours d’une conférence à Munich, il appelait les dirigeants internationaux à investir davantage pour mettre au point les moyens adéquats qui permettraient de faire face à une pandémie dévastatrice.

La rapide diffusion aux quatre coins de la planète du nouveau coronavirus montre à quel point le cri d’alarme lancé au moins à deux reprises ces cinq dernières années par Bill Gates est resté lettre morte. Cette pandémie, qui place actuellement une large partie de la planète en confinement, fournit en tout état de cause l’occasion de se livrer à une rapide réflexion sur l’impact des développements technologiques initiés à un rythme effréné par l’homme.

Il conviendrait, d’emblée, de relever à cet égard que les recherches effectuées par les astronomes s’accordent à souligner que l’âge de l’Univers qui nous entoure est estimé à un peu plus de 13,5 milliards d’années, à compter du mystérieux Big Bang, cet énigmatique instant « t » à partir duquel tout a commencé dans un long et complexe processus évolutif.

Dans le sillage de ces 13,5 milliards d’années, nombre de civilisations sont certes apparues et ont disparu. Elles ont cependant revêtu un caractère plutôt « primaire » si nous les comparons à notre degré de développement actuel. Les moyens de transports étaient alors rudimentaires et la vie socio-économique était fondée essentiellement sur le travail artisanal réduit, l’élevage ou une production agricole à très petite échelle.

Dans cette longue histoire de l’Univers, le milieu du XVIIIe siècle environ aura constitué un véritable point d’inflexion avec l’émergence de la révolution industrielle en Angleterre et son extension au XIXe et au début du XXe siècles à l’Europe et aux États-Unis. Avec la machine à vapeur et le moteur à explosion, la vie économique, les moyens de transports et, par le fait même, l’organisation de la société ont été très rapidement bouleversés. Et depuis, les progrès technologiques ne cessent de croître à un rythme exponentiel. Nous en sommes aujourd’hui à l’ère de l’intelligence artificielle, du Big Data, de la nanotechnologie qui constituera une nouvelle révolution dans le domaine scientifique.

Ces bonds technologiques successifs se sont produits en moins de 300 ans, depuis le début de la révolution industrielle. Trois cents ans par rapport aux 13,5 milliards d’années, cela constitue en termes mathématiques une quantité plus que négligeable. Pendant 13,5 milliards d’années, rien ne s’est passé, ou presque, au niveau des développements techniques et en moins de 300 ans, nous sommes passés de la machine à vapeur à la robotique et aux ordinateurs quantiques, prochainement. L’accélération exponentielle, un peu trop rapide, de telles avancées ne pourrait être que source d’inquiétude.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, il aura fallu 18 mois à la grippe espagnole pour s’étendre à l’ensemble de la planète. Le nouveau coronavirus, lui, s’est répandu en un peu plus de deux mois uniquement. Comment s’en étonner lorsque le monde est devenu un grand village sous le poids de la mondialisation et, précisément, des vertigineuses avancées technologiques. Le développement hallucinant des moyens de transports, aussi bien aériens que terrestres, le tourisme de masse – avec le cortège de méga-aéroports et de stations souterraines de métro bondées de passagers – la multiplication des grandes surfaces commerciales, en lieu et place des petits commerces de quartier, la prolifération des vastes lieux de loisirs ou des grands stades sportifs constituent autant de foyers fertiles à la propagation des virus.

Il n’est certes pas concevable de faire machine arrière et de stopper le progrès. Le défi consiste, bien au contraire, à mieux exploiter ce progrès et à le planifier afin de contrôler, juguler et maîtriser les pandémies. Déjà avec les moyens d’aujourd’hui, les dégâts ont été limités, du moins pour l’instant. La fièvre espagnole avait fait au début du siècle dernier 30 millions de morts, alors que grâce aux moyens modernes, le nombre de victimes du nouveau coronavirus se limite à quelques milliers de personnes.

Il reste que la pandémie qui sévit actuellement a montré que le monde n’est effectivement pas suffisamment prêt à faire face à de telles épreuves comme l’affirmait déjà en 2015 Bill Gates, qui appelait à de plus grands investissements internationaux dans la lutte contre les virus, au lieu de concentrer le gros des dépenses étatiques sur la dissuasion nucléaire.

En moins de 300 ans, la technologie s’est ainsi développée à un rythme inconsidéré. Soit… L’attaque du coronavirus devrait cependant nous inciter aujourd’hui à mieux dompter ce développement effréné afin d’éviter à l’humanité un mortel dérapage, aussi bien biologique que technologique.


En mars 2015, le cofondateur de Microsoft, Bill Gates, soulignait, dans le cadre d’une des minicauseries TED Talk, que le principal danger qui menacera le monde au cours des années à venir ne serait pas une guerre nucléaire, mais plutôt la propagation d’un virus fortement contagieux. Il avait alors relevé que l’humanité n’était pas prête à affronter une telle menace. Deux ans...

commentaires (4)

Nous constatons avec la propagation de ce virus que malgré le progrès de l'industrialisation mondiale et malgré les avances scientifiques et technologiques l’humain n’a pas beaucoup évolué. La preuve malgré les alertes que nous avons affrontées avec la propagation des différents virus dans le monde à intervalles, le sida, le strass le H1N1 que nous avons pu plus ou moins vaincre, les responsables politiques n’ont pas retenu la leçon. Ils ont continué à vivre dans l’obsession de la course à la capitalisation et les défis politiques en oubliant de se préparer à une catastrophique crise sanitaire annoncée depuis 3ans par des scientifiques. Aucun pays aussi grand et prospère soit il n’a prévu ne serait ce que des stocks de masques par milliard ni suffisamment de chambres équipées d’hôpitaux à grande échelle ni un espace sanitaire isolé pour contenir le virus et l’éloigner du reste de la population comme on faisait jadis. La technologie ne peut pas tout et un brin de bon sens et de longueur de vue sont parfois plus efficaces que n’importe qu’elle technologie.

Sissi zayyat

14 h 36, le 17 mars 2020

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Commentaires (4)

  • Nous constatons avec la propagation de ce virus que malgré le progrès de l'industrialisation mondiale et malgré les avances scientifiques et technologiques l’humain n’a pas beaucoup évolué. La preuve malgré les alertes que nous avons affrontées avec la propagation des différents virus dans le monde à intervalles, le sida, le strass le H1N1 que nous avons pu plus ou moins vaincre, les responsables politiques n’ont pas retenu la leçon. Ils ont continué à vivre dans l’obsession de la course à la capitalisation et les défis politiques en oubliant de se préparer à une catastrophique crise sanitaire annoncée depuis 3ans par des scientifiques. Aucun pays aussi grand et prospère soit il n’a prévu ne serait ce que des stocks de masques par milliard ni suffisamment de chambres équipées d’hôpitaux à grande échelle ni un espace sanitaire isolé pour contenir le virus et l’éloigner du reste de la population comme on faisait jadis. La technologie ne peut pas tout et un brin de bon sens et de longueur de vue sont parfois plus efficaces que n’importe qu’elle technologie.

    Sissi zayyat

    14 h 36, le 17 mars 2020

  • De 13 milliards d'années à 300 ans on est rentré dans l'ère de l'incontrôlable que depuis à peine une 20taine d'années. Nous ne contrôlons plus nos enfants , ils ont leur monde à eux, nous ne pouvons plus les éduquer comme nous l'avons été par nos parents , ils reçoivent une éducation artificielle et virtuelle qui vient d'ailleurs . La robotique est entrain de prendre le relais en concentrant l'intelligence aspirée de nos cerveaux pour nous l'a redonner machouillée comme dans un self service. Je me souviens encore petit quand je me rendais au magasin de mon père pour lui donner un coup de main , il faisait tous ses calculs mentalement en vendant du textile au détail. Et puis vint la calculette , le début d'une hypertrophie du cerveau. Si on arrive à survivre à ce virus , je plains nos enfants et encore plus nos petits enfants si l'humain ne se reprend pas en main .

    FRIK-A-FRAK

    14 h 27, le 17 mars 2020

  • LA PARISIENNE Aux perspectives catastrophiques, il faudrait substituer les promesses exponentielles de la nouvelle ère qui vient de succéder à celle de l'industrialisation/technologie, celle du NUMERIQUE. Nos économies planétaires, nos sociétés globalisées vont vers des solutions numériques: Depuis le travail à distance, jusqu'à l'incursion de l'intelligence artificielle dans nos foyers. L'intrusion du Covid-19 n'y est pour rien: C'est seulement un accélérateur de la prise de conscience universelle de cette cette entrée dans notre nouvelle Histoire du XXIe siècle.

    Saab Edith

    11 h 45, le 17 mars 2020

  • Très vrai, Mr Touma... Il faudrait ajouter à tout cela que ce développement technologique et scientifique effréné et exponentiel encore totalement indompté va mener très vite à des problèmes existentiels majeurs à toute l’humanité! Il n’y a pas que les risques de pandémies difficiles à prévoir, mais les problèmes engendrés par un développement économique sauvage avec encore usage effréné de l’énergie fossile malgré que les scientifiques tirent la sonnette d’alarme d’un réchauffement climatique accéléré aux conséquences désastreuses... Et que dire de cette explosion de technologie audiovisuelle qui met en contact les gens à travers un monde virtuel souvent artificiel et irréel détruisant rapidement les liens sociaux et familiaux et robotisant de plus en plus les individus! Pourquoi ça devient tellement grave pour les générations futures? La science avance tellement vite que les gens n’arrvient plus à assimiler les nouvelles découvertes, de s’y adapter, que celles-ci s’améliorent et que le fossé se creuse entre une maîtrise réelle de tout ceci et la réalité... On parle de complots ourdis par les grosses corporations qui mènent le monde, de scientifiques biaisés aux prédictions suspectes et la machine infernale du soi-disant progrès continue sans aucune prise de conscience sérieuse sur le monde de demain qu’on lègue aux générations futures. On n’ose penser au monde de demain, car, en effet, le progrès va trop vite pour qu’on puisse s’y ajuster à temps!

    Saliba Nouhad

    02 h 11, le 17 mars 2020