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Billet

Vie fantôme

Photo C.H.

Et puis d’un seul coup, sans prévenir, comme une claque en pleine face, l’ordre des choses, partout dans le monde, est bouleversé, et nous avec. Bouleversés. D’un seul coup, tout paraît fragile, dérisoire. Tout paraît précieux. Dérisoire le temps perdu à ne pas, à ne plus, à hésiter, avoir peur. Du trop ou du pas assez. Dérisoire l’arrogance de se penser immortel.

Et précieux ces moments simples et sincères, qui ne craignaient pas que l’on se serre, que l’on s’approche, que l’on se murmure des promesses. Que l’on s’embrasse.

Précieux les voyages, les partages entre amis, les bords de mer sans cesse revisités, les aubes au bout du monde, les nuits au bout de soi, au bout de l’autre. Les mots dits, ou pas, écrits à une personne ou des centaines de lecteurs.

Précieuses et dérisoires les interrogations, les hésitations ; fragile cette vie que l’on a voulu traverser en perdant la tête sans craindre de se perdre. Cette existence éphémère que l’on croyait sûre, certaine, acquise, définitive.

Et puis, d’un seul coup, le satané mot lâché en pâture au monde entier. Des lettres et un chiffre, Covid-19, celui qu’on voudrait taire comme autrefois la peste, le cancer, le sida. Et nous voilà contraints d’apprendre de nouveaux gestes, notre seul kit de survie, de nouvelles distances à respecter, découvrant abasourdis une peur inconnue et la (dé)mesure de notre impuissance. Se découvrant face à soi-même, dans une solitude imposée, enfermés dans un présent qui ne comprend pas ce qui se passe, plongés dans un silence qui tente en vain de trouver des réponses.

Mais qu’est-ce qu’on a fait au(x) bon(s) dieu(x) ? On a laissé se créer des partis politiques qui portent leurs noms, faire des guerres inutiles en leurs noms aussi. On a laissé parler les bavards, blasphémer tous les principes de vie. On a laissé des enfants mourir sans sourciller, laissé la nature être dénaturée sans réagir, les feux prendre jusqu’à consumer les belles âmes.

La terre est aujourd’hui une plaie ouverte mais nous, Libanais, débarquons dans ce combat immense avec un lourd bagage, déjà épuisés, dépassés par ces scénarios de fin de vie.

Et voilà qu’à l’aube de tous ces nouveaux plaisirs interdits se profile la nostalgie d’« avant ». Celle d’une balade sur la Corniche tôt le matin, d’un café les pieds dans l’eau, d’un interminable déjeuner à 15 parfumé de menthe et d’arak. De fous rires idiots, de plans à faire, de plans possibles. Et d’abord le tour d’un monde meilleur qui aurait retrouvé son sourire. Où tout cela ne serait plus qu’un mauvais souvenir. Une leçon d’humilité enfin retenue.


Et puis d’un seul coup, sans prévenir, comme une claque en pleine face, l’ordre des choses, partout dans le monde, est bouleversé, et nous avec. Bouleversés. D’un seul coup, tout paraît fragile, dérisoire. Tout paraît précieux. Dérisoire le temps perdu à ne pas, à ne plus, à hésiter, avoir peur. Du trop ou du pas assez. Dérisoire l’arrogance de se penser immortel....

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Tres vrai Carla. C’était peut-être le seul moyen pour nous apprendre à apprécier ce qu’on a et que l’on prenait pour de l’acquis. La planète s’est révoltée. Et voilà.

Nadine Naccache

10 h 08, le 17 mars 2020

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Commentaires (1)

  • Tres vrai Carla. C’était peut-être le seul moyen pour nous apprendre à apprécier ce qu’on a et que l’on prenait pour de l’acquis. La planète s’est révoltée. Et voilà.

    Nadine Naccache

    10 h 08, le 17 mars 2020