Coronavirus

Face aux étals dévalisés à Milan, les Libanais se souviennent des « années de guerre »

Des étudiants désemparés hésitent à rentrer à Beyrouth par crainte de ne pouvoir revenir dans la capitale économique italienne.


Un rayon dévalisé dans un supermarché milanais. Photo DR

Depuis la fin de la semaine passée, l’Italie a connu une explosion des cas de contamination au coronavirus, devenant le premier pays en Europe par le nombre d’individus ayant été testés positivement au Covid-19. Mardi, le bilan s’élevait à 283 cas, dont sept décès, la grande majorité étant recensés en Lombardie, la région de la capitale économique du pays, Milan, qui ne se trouve qu’à 60 km seulement de la ville de Codogne, principal foyer du virus.
De nombreux Libanais, installés à Milan, tentent de s’adapter à la situation d’urgence décrétée par les autorités italiennes, prenant par prudence les précautions maximales, en essayant toutefois de ne pas céder à la panique.

Mariée à un Italien, Aline Yeterian travaille à Milan dans le secteur de l’immobilier depuis trente-deux ans. Lorsque, dimanche soir, le gouvernement a annoncé des mesures draconiennes pour freiner la propagation de la maladie, la ville qui grouillait de monde s’est soudain transformée en une ville quasi fantôme, affirme-t-elle. « Les écoles, universités, restaurants et bars sont fermés depuis lundi, ainsi que les musées, cinémas, théâtres, cathédrales et églises », indique-t-elle, soulignant que « les pharmacies, supermarchés et magasins de première nécessité restent toutefois ouverts ». « Les supermarchés sont pris d’assaut et les rayons dévalisés, notamment ceux où sont exposés les différents produits antiseptiques. Même les étals de pâtes, riz et autres aliments non périssables se sont vidés. Cela m’a rappelé les pires années de la guerre civile au Liban, lorsqu’on voulait stocker les denrées par peur d’être en manque. » Selon Mme Yeterian, les gens ont voulu se ravitailler en prévision d’un confinement de plusieurs jours à la maison. Dimanche, les 52 000 habitants de 11 villes dans le nord de l’Italie se sont réveillés en quarantaine, avec interdiction d’entrer et de sortir de leur zone, après une brusque multiplication des cas de nouveaux coronavirus.

« Pour ma part, je ne sors plus sauf si c’est nécessaire. Tout à l’heure, je devrai par exemple retrouver une cliente pour lui remettre la clé de l’appartement qu’elle vient de louer », indique Mme Yeterian, précisant que ses déplacements se font à bicyclette ou à pied.


(Lire aussi : Les régions libanaises qui accueillent les pèlerins rentrés d’Iran, entre défi et panique)


Pire qu’au mois d’août
Lara, qui habite Milan depuis une vingtaine d’années, est, elle, obligée de se rendre chaque jour à son bureau. N’ayant pas d’autre choix, elle le fait en empruntant les transports publics. « Les métros et bus de la ville sont toujours bondés, mais depuis trois jours, ils sont plus vides qu’en plein mois d’août », note-t-elle, affirmant que « les gens s’y tiennent à distance les uns des autres ». Quant aux trains, beaucoup ne s’arrêtent plus aux gares desservant certaines villes touchées par la contagion. Pour Aline Yeterian, pas question de prendre le train. « Désormais, je prends la voiture », assure-t-elle. Son mari, avocat, continue lui aussi de se rendre à son cabinet, mais ne reçoit plus de clients. « Beaucoup de ses rendez-vous se font maintenant par des appels en conférence. » L’un de ses deux fils, lui, travaille dans le secteur financier, dans une entreprise qui autorise le télétravail, c’est-à-dire l’exercice à distance de l’activité professionnelle.

Carole, une autre Libanaise, a choisi avec son mari italien et leur petite fille de se rendre dans un village de montagne situé à deux heures de Milan, « pour fuir le coronavirus, la pollution et respirer l’air pur ». Elle aussi travaille maintenant à distance dans le domaine de la responsabilité sociale. Quant à son mari, l’école où il est employé est fermée, ainsi que la crèche que fréquente sa fille. Lorsqu’on lui demande ce qu’elle pense des mesures rigoureuses prises par le gouvernement italien, elle les décrit d’abord comme « exagérées », avant de les qualifier d’« opportunes », souhaitant qu’elles conduisent à « enrayer définitivement le fléau ».


(Lire aussi : Des masques, pour quoi faire..., l'éditorial de Issa GORAIEB)


Zone à risque
Joanna Abbas, 26 ans, vit depuis deux ans dans la ville de Piacenza, qui se trouve dans la zone à risque, dit-elle. Elle vient d’y achever un master en architecture et était sur le point de partir pour Stuttgart (Allemagne) afin d’y effectuer un stage professionnel qui commence mi-mars. Ayant donné une procuration à une amie pour qu’elle lui retire son visa allemand de Rome, elle attend toujours que celle-ci vienne le lui remettre, alors que tous les trains en provenance de la capitale italienne ont été annulés. « Elle me l’enverra par DHL », se console-t-elle. Joanna se trouve pour le moment à Milan. Venue rendre visite à sa tante, elle ne peut plus repartir à Piacenza pour prendre ses effets personnels. Et pour cause : les trajets ferroviaires ont, là aussi, été suspendus. « Je pourrais y aller en taxi, mais c’est très risqué, seize cas ayant été diagnostiqués dans la ville », indique-t-elle. La jeune femme a pensé à un moment rentrer à Beyrouth, avant de changer d’avis, de peur de ne plus pouvoir revenir en raison d’une éventuelle suppression des vols aériens.

Face à leurs enfants quelque peu désemparés, en Italie, les parents, restés au Liban, leur recommandent souvent de rester sur place tout en prenant leurs précautions, sachant que le coronavirus est parvenu également à Beyrouth. Ces jeunes, en majorité des étudiants, s’adressent parfois au consulat qui leur fournit selon leurs dires un bon soutien moral. Le site web du consulat affiche d’ailleurs un numéro vert, communiqué par les autorités italiennes, que les expatriés peuvent composer s’ils ont besoin d’être transportés à l’hôpital. Selon un passager arrivé lundi à Beyrouth, le consul Khalil Mohammad s’est rendu ce jour-là à l’aéroport de Milan pour s’enquérir personnellement des procédures suivies par les autorités italiennes avant le départ de l’avion. Ce voyageur déplore qu’à cette occasion, aucune mesure n’ait été prise, sa température n’ayant à aucun moment été mesurée. Pourtant, lâche-t-il, des tests sont effectués sur toutes les personnes qui atterrissent dans la ville.


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Tout ce que vous dites est juste , moi j'habite à Brescia a 96 km. de Milan vers Verone. Il y a eu 2 cas chez nous mais les gens ont peur , peu de circulation , le métro est à moitié vide , les autobus aussi la même chose , la plupart des personnes qui circulent sont les migrants ( africains ) et les nord africains (arabes) . Vous savez ici il y a de tout , entre Pakistanais, Indiens etc.

Eleni Caridopoulou

00 h 21, le 27 février 2020

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Commentaires (1)

  • Tout ce que vous dites est juste , moi j'habite à Brescia a 96 km. de Milan vers Verone. Il y a eu 2 cas chez nous mais les gens ont peur , peu de circulation , le métro est à moitié vide , les autobus aussi la même chose , la plupart des personnes qui circulent sont les migrants ( africains ) et les nord africains (arabes) . Vous savez ici il y a de tout , entre Pakistanais, Indiens etc.

    Eleni Caridopoulou

    00 h 21, le 27 février 2020