Éclairage

Mensonges et pénuries : l’Iran face au coronavirus

Le vice-ministre de la Santé a annoncé avoir lui-même été infecté.

Deux Iraniennes portant un masque, hier à Téhéran, alors que le coronavirus continue de faire des victimes en Iran. Nazanin Tabatabaee/WANA (West Asia News Agency)/Reuters

Lundi, face aux caméras, le vice-ministre iranien de la Santé, Iraj Harirchi, avait balayé les accusations visant le gouvernement et selon lesquelles ce dernier ne « disait pas la vérité » sur l’ampleur de l’épidémie de coronavirus, avant d’assurer que la situation sanitaire était sous contrôle. Un discours ferme entrecoupé de quintes de toux, et lors duquel le ministre s’était, à plusieurs reprises, épongé le front, dégoulinant de sueur. Vingt-quatre heures plus tard, il révélait, dans une vidéo diffusée par la télévision d’État, avoir lui-même été infecté par le virus.Lors de sa conférence de presse la veille, il avait aussi fermement démenti les propos alarmistes tenus dimanche soir par Amirabadi Farahani, un élu ultraconservateur de la ville de Qom, affirmant qu’« environ 50 personnes » seraient décédées après avoir été contaminées par le virus, rien que dans la ville sainte.

L’épisode en dit long sur la situation dans laquelle l’Iran, pays parmi les plus touchés en dehors de la Chine, foyer de l’épidémie, est plongé, et sur la gestion chaotique par les autorités, qui ont d’abord choisi de divulguer le moins d’informations possible sur la propagation du virus.


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Les mensonges du gouvernement pourraient coûter cher à la population iranienne. Selon l’ISNA, l’agence semi-officielle, proche des réformateurs, le coronavirus serait arrivé à Qom il y a trois semaines déjà, alors que les autorités n’en ont fait état que la semaine dernière. Elles auraient sciemment caché l’information pour ne pas semer de troubles avant la fête nationale du 11 février ainsi que lors des élections législatives de vendredi dernier, marquées par un faible taux de participation. Les autorités ont recommandé hier aux habitants de rester confinés chez eux après avoir fait état de trois nouveaux décès, portant à 15 le nombre de personnes ayant succombé dans le pays, et de plus de 95 personnes infectées. Le nombre de décès dus au nouveau coronavirus en Iran est le deuxième plus élevé après la Chine continentale, où plus de 2 600 personnes ont succombé au Covid-19. Mis à mal par les sanctions américaines et isolé sur la scène internationale, cette crise sanitaire intervient au pire moment pour l’Iran. Une mission de l’OMS, qui devait se rendre hier en Iran, est toujours prévue mais à une date ultérieure, a indiqué l’organisation, qui n’a pas été en mesure d’apporter davantage d’éléments à L’OLJ.


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Matériel de désinfection
Face à l’épidémie, de nombreux Iraniens sont pris au piège d’une pénurie de médicaments. Les ventes de masques, de gel désinfectant et de gants jetables ont explosé, de nombreux responsables promettant une augmentation de la production. L’Iran produit aujourd’hui 97 % des médicaments consommés dans le pays, s’est félicité auprès de l’AFP le porte-parole du ministère de la Santé, Kianouche Jahanpour. Mais le pays fait face à de nombreuses difficultés pour importer la matière première nécessaire à leur fabrication.

Les sanctions américaines contre l’Iran ont ainsi joué un rôle certain dans la propagation rapide du coronavirus. Rétablies en 2018 après que les États-Unis se sont retirés de l’accord sur le nucléaire iranien conclu trois ans plus tôt, ces mesures punitives asphyxient l’économie iranienne. « Les sanctions peuvent compliquer la tâche du système de santé iranien face à la propagation du coronavirus », confirme Esfandyar Batmanghelidj, analyste et fondateur du site Bourse and Bazar, contacté par L’Orient-Le Jour. Les biens humanitaires (médicaments, équipements médicaux notamment) échappent en théorie aux sanctions de Washington. Mais « le nombre limité de banques disposées à faciliter les transactions impliquant l’Iran et leur hésitation à accepter de nouveaux clients signifient que les organisations de santé publique iraniennes peuvent faire face à des retards lorsqu’elles cherchent à importer des fournitures supplémentaires alors que les stocks commencent à s’épuiser », explique l’analyste. Les banques internationales ne veulent, en effet, pas courir le risque de s’exposer à des représailles américaines.

Ces restrictions sont problématiques, notamment en ce qui concerne le matériel de désinfection. Épicentre de l’épidémie, Qom n’a pas encore été mise en quarantaine, mais des événements religieux prévus notamment au mausolée de Masoumeh ont été suspendus, le temps de désinfecter les lieux. Dans d’autres provinces comme celle de Téhéran, le métro et les bus ont été désinfectés la nuit dernière. « Si les médicaments sont facilement définis comme un bien “humanitaire”, une partie du matériel nécessaire pour gérer l’épidémie, comme le matériel de désinfection, est moins clairement définie comme telle. Le manque de clarté sur le commerce autorisé et les canaux bancaires limités pourraient entraver l’accès rapide et fiable aux équipements », explique M. Batmanghelidj.


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Crise de confiance
Au-delà des problématiques sanitaires et économiques internes, Téhéran se retrouve encore plus isolé que jamais. Lundi, le ministère des Affaires étrangères a annoncé que les frontières de l’Iran seront fermées de manière temporaire. Les voisins de la République islamique ont quant à eux annoncé des mesures de restriction des déplacements et de placement en quarantaine. Les Émirats arabes unis, important partenaire commercial de Téhéran, ont suspendu les vols avec l’Iran, à l’instar de l’Arménie, du Koweït, de l’Irak, d’Oman et de la Turquie. Le Bahreïn a de son côté interdit à ses ressortissants de se rendre en Iran « jusqu’à nouvel ordre », selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Le président iranien, Hassan Rohani, a appelé au calme hier, affirmant que l’épidémie n’était pas pire que d’autres ayant déjà touché l’Iran. Mais le régime semble être dépassé par l’ampleur de la crise qu’il essaye d’endiguer en utilisant notamment la carte du complot étranger. Dimanche, le guide suprême iranien l’ayatollah Khamenei a estimé que les médias étrangers ont couvert outre mesure l’épidémie du coronavirus en Iran dans l’optique de « décourager » les gens d’aller voter lors des élections législatives de la veille. Cette crise sanitaire et sa gestion par le gouvernement risquent d’aggraver la crise de confiance déjà mise à rude épreuve depuis l’affaire de l’avion de ligne ukrainien dans lequel 176 personnes, majoritairement iraniennes et canadiennes, ont péri, le 11 janvier dernier. Les forces armées avaient reconnu leur responsabilité dans le drame trois jours après les faits et après avoir démenti la thèse d’un tir de missiles.


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Lundi, face aux caméras, le vice-ministre iranien de la Santé, Iraj Harirchi, avait balayé les accusations visant le gouvernement et selon lesquelles ce dernier ne « disait pas la vérité » sur l’ampleur de l’épidémie de coronavirus, avant d’assurer que la situation sanitaire était sous contrôle. Un discours ferme entrecoupé de quintes de toux, et lors duquel le...

commentaires (3)

ALLAH a abandonne les mollahs...la fin de ce regime diabolique s approche....Dieu est grand.

HABIBI FRANCAIS

10 h 54, le 26 février 2020

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Commentaires (3)

  • ALLAH a abandonne les mollahs...la fin de ce regime diabolique s approche....Dieu est grand.

    HABIBI FRANCAIS

    10 h 54, le 26 février 2020

  • QU,ILS LE GARDENT CHEZ EUX.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 51, le 26 février 2020

  • Un malheur ne vient pas tout seul pauvres Ayatollah ...

    Eleni Caridopoulou

    00 h 28, le 26 février 2020