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Liban

Après une succession de crises, le « Daily Star » suspend son édition papier

Presse

Le quotidien anglophone espère réussir à « traverser la tempête » pour reprendre sa place dans les kiosques à journaux.

05/02/2020

Le paysage médiatique libanais s’assombrit jour après jour, succombant à la profonde crise qui affecte désormais ce secteur. Après la fermeture définitive de la station Radio One et l’édition papier du mensuel francophone Magazine, un titre phare du groupe Abou Adal, c’est au tour du quotidien anglophone Daily Star d’annoncer la suspension – temporaire – de son édition papier en raison des difficultés économiques et financières.

Dans un communiqué publié dans son édition d’hier, le journal précise que sa version en ligne continuera toutefois d’être opérationnelle. Le journal a motivé sa décision par les « défis d’ordre financier auxquels fait face la presse libanaise, qui ont été exacerbés par la crise économique que traverse le pays ». Le quotidien fait également état d’une baisse des revenus publicitaires au cours du dernier semestre de 2019, une situation qui s’est prolongée durant le mois de janvier 2020.

« Le Daily Star présente ses excuses aux lecteurs du journal et reste confiant qu’il réussira à traverser la tempête jusqu’à ce qu’elle passe, espérant relancer l’édition papier et reprendre sa place dans les kiosques », souligne le communiqué.

L’annonce de cette nouvelle mesure était en quelque sorte prévisible, le journal ayant eu à affronter une succession de crises depuis un certain temps déjà. Plusieurs de ses journalistes ont été remerciés en cours de route, les derniers en date pour avoir organisé une grève pour protester contre le retard mis dans le paiement des salaires que la direction du journal avait justifié par des soucis financiers.

« Plusieurs de mes collègues au Daily Star ainsi que moi-même sommes en grève aujourd’hui pour protester contre le non-paiement de nos salaires (dans certains cas depuis plus de six mois) et le licenciement abusif de notre collègue @benredd pour son rôle dans l’organisation de cette grève à laquelle participe la plupart de l’équipe rédactionnelle », avait écrit, le 6 décembre dernier sur son compte Twitter Timour Azhari, reporter au sein du journal.

Selon le témoignage confié par un ancien journaliste à L’Orient-Le Jour, « l’équipe avait déjà perdu près de 50 pour cent de ses effectifs qui se plaignaient du fait que les salaires n’étaient pas payés, mais aussi parce qu’ils n’avaient plus confiance dans la manière dont le journal était géré ».

Déjà en janvier 2009, et bien avant que la crise économique rampante ne commence à affecter le monde de la presse, le Daily Star s’était vu contraint de fermer ses locaux pendant deux mois suite à une décision de justice, toujours pour des raisons financières. Un accord conclu avec des créanciers avait alors permis de payer les dettes accumulées du journal, qui a pu reprendre ses fonctions le mois suivant, comme le souligne Reporters sans frontières sur son site.

En 2010, un groupe d’hommes d’affaires proche de la famille Hariri a racheté le quotidien qui appartenait à la famille Mroué. Le transfert de propriété n’a vraisemblablement pas aidé pour autant le quotidien à se redresser, encore moins à préserver son équipe rédactionnelle.

« Même avec le peu de fonds qui nous parvenaient, le journal aurait pu améliorer son site web et motiver les troupes », commente encore l’ancien journaliste qui croit que les difficultés économiques ne sont pas la seule cause à l’origine du recul de l’organe médiatique.

Contacté en soirée, le rédacteur en chef du quotidien, Nadim Ladki, a refusé de commenter, soulignant qu’il s’en tenait à la teneur du communiqué publié par le quotidien.



(Pour mémoire : Payés au compte-gouttes depuis des mois, des journalistes du « Daily Star » en grève)



Stratégie de sauvetage
Lors de son mandat de 2016 à 2018 au sein du gouvernement de Saad Hariri, le ministre de l’Information Melhem Riachi avait présenté un plan global de soutien à la presse écrite, alors que la crise commençait à pointer à l’horizon et à menacer la profession. La stratégie de sauvetage proposée consistait à soutenir financièrement chaque journal vendu en lui octroyant, moyennant des fonds sollicités auprès du secteur privé, une somme de 500 livres, à laquelle devait s’ajouter des avantages de frais opérationnels pour aider les publications à survivre. Le projet, qui n’a jamais été placé à l’ordre du jour du Conseil des ministres, était resté lettre morte.

« L’establishment politique hait profondément les médias et cherche uniquement des journalistes apprivoisés », commente l’ancien ministre pour L’Orient-le Jour.

Avant le mouvement de contestation, la presse au Liban avait déjà connu une première vague de fermetures. Le célèbre quotidien panarabe al-Hayat, fondé en 1946, avait fermé en 2018 ses locaux à Beyrouth. Il avait été précédé fin 2016 par le quotidien as-Safir, lancé en 1974 et qui avait accueilli dans ses colonnes les plus grands intellectuels arabes.

Dans un tweet, le coordonnateur spécial du secrétaire général de l’ONU, Jan Kubis, a regretté hier les « mauvaises nouvelles pour le Liban et pour ses amis au sein de la communauté internationale avec l’annonce d’un média de plus qui met fin ou limite ses activités du fait des pressions économiques ».

Dans un communiqué, l’ordre des rédacteurs a également déploré « la décision douloureuse du Daily Star de suspendre son édition papier ». « Cette mesure a été précédée par des décisions similaires prises par d’autres publications, un phénomène qui reflète la crise profonde qui frappe le secteur de la presse libanaise sans qu’aucun responsable ne prenne l’initiative de stopper cet effondrement qui affecte profondément les gens du métier », ajoute le texte.

L’ordre exhorte le nouveau gouvernement et la ministre de l’Information, Manal Abdel Samad, à accorder à ce dossier l’intérêt nécessaire et à remédier au laxisme dont ont fait preuve les précédents gouvernements à ce sujet.



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