Syrie

Ex-fief de la révolte, Maarret al-Naaman est devenue l'ombre d'elle-même

Seule une poignée de soldats syriens errent dans les ruelles de la localité.

Des combattants pro-Assad dans la cour du musée de Maaret al-Naaman, dans la province d'Idleb, après la reprise de la localité aux jihadistes et rebelles, le 30 janvier 2020. Photo AFP / LOUAI BESHARA

Rues désertes, maisons endommagées, le silence plane sur la ville de Maarret al-Naaman dans le nord-ouest de la Syrie, dont le célèbre musée de mosaïques antiques n'a pas été épargné par des années d'une guerre dévastatrice.

L'armée syrienne a repris mercredi cette deuxième plus grande ville de la province d'Idleb, située sur une voie stratégique, après des semaines de bombardements et de combats avec les jihadistes et rebelles, ayant jeté ses habitants sur la route de l'exil.

Maarret al-Naaman présente un paysage de désolation : bâtisses éventrées ou aplanies, débris le long des routes, commerces aux rideaux métalliques baissés ou criblés de balles. La ville, aux souks autrefois bondés, s'est transformée en ville fantôme. Seule une poignée de soldats syriens errent dans les ruelles, dont ceux postés à un barrage érigé à l'entrée de la ville. A proximité, l'emblème d'une des factions de l'opposition, qui a contrôlé un temps la ville lorsqu'elle était l'un des fiefs de la contestation contre le régime de Bachar el-Assad.

Il y a quatre mois, Maarret al-Naaman comptait encore 150.000 âmes. Désormais, plus personne n'y réside. La dernière offensive menée par les forces gouvernementales, soutenues par l'aviation russe, dans le sud d'Idleb et l'ouest d'Alep a entraîné, depuis décembre, l'exode de 388.000 personnes, selon les Nations unies. La plupart ont fui plus au nord, en direction de la frontière turque.


(Lire aussi : Après la conquête de Maarret al-Naaman, grand bastion anti-Assad, quelle sera la prochaine cible ?)



"Beauté et raffinement" 
Majd Marahech, un soldat de 27 ans, se souvient avoir visité la ville lors d'un voyage scolaire en 2007. Aujourd'hui, il y revient, muni d'une arme à feu au lieu d'un livre. "Je me rappelle sa beauté, le raffinement de son architecture (...) et des mosaïques de son musée", raconte-t-il à l'AFP. Treize ans plus tard, c'est une autre ville que je découvre", regrette le militaire. Il affirme cependant que "des travaux de réhabilitation pour les infrastructures de la ville vont bientôt être entrepris pour que les civils puissent revenir".

Située non loin d'une quarantaine de villages antiques classés au patrimoine mondial de l'Unesco, Maarret al-Naaman abrite plusieurs sites historiques. Un grand nombre de mosaïques découvertes et conservées au cours des siècles en Syrie sont rassemblées là, venues du royaume d'Apamé, de l'ancienne Antioche ou de cités disparues. Des poteries, faïences et figurines de l'ère pré-islamique, y sont également exposées.

En février 2013, des inconnus ont coupé la tête d'une statue érigée en l'honneur du célèbre poète de l'époque abbasside Abou al-Alaa al-Maari (973-1057), originaire de la ville. Et en 2015, le musée a été sérieusement endommagé par des raids aériens du régime, selon l'Association pour la protection de l'archéologie syrienne. Il a aussi été touché l'année suivante par un tir de roquette du régime, d'après une autre ONG.

Selon l'ancien directeur des Antiquités syriennes basé à Damas, Maamoun Abdel Karim, la plupart des mosaïques sont restées toutefois intactes, grâce notamment au "rôle important" joué par d'anciens employés du musée et des habitants de la ville. Ils ont empilé des "sacs de sable" contre de nombreuses mosaïques murales "pour minimiser les dommages qui auraient pu être occasionnés par les explosions" ou les combats, raconte-t-il. Dans une salle voûtée en pierre de taille, d'autres mosaïques sont recouvertes d'un fin tissu blanc. Sur l'une d'elles totalement préservée, une scène représente quatre animaux courant les uns derrière les autres et un homme portant une grappe de raisin. Ailleurs, une autre mosaïque représentant un lion, des oiseaux, des ours et un tigre, présente elle des fissures. M. Abdel Karim souligne "la fierté que ce musée représente pour ses habitants". "C'est le seul musée en Syrie spécialisé dans l'art de la mosaïque", dit-il.


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Rues désertes, maisons endommagées, le silence plane sur la ville de Maarret al-Naaman dans le nord-ouest de la Syrie, dont le célèbre musée de mosaïques antiques n'a pas été épargné par des années d'une guerre dévastatrice.

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commentaires (1)

" la plupart des mosaïques sont restées toutefois intactes, grâce notamment au "rôle important" joué par d'anciens employés du musée et des habitants de la ville."...les vrais héros de toutes ces guerres stupides.

Wlek Sanferlou

22 h 24, le 31 janvier 2020

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Commentaires (1)

  • " la plupart des mosaïques sont restées toutefois intactes, grâce notamment au "rôle important" joué par d'anciens employés du musée et des habitants de la ville."...les vrais héros de toutes ces guerres stupides.

    Wlek Sanferlou

    22 h 24, le 31 janvier 2020