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Moyen Orient et Monde

À Idleb, les gens veulent « juste être traités comme des êtres humains »

Témoignages

Des centaines de milliers de déplacés fuyant les combats dans la province sont confrontés à la faim et au froid.

30/12/2019

« Les gens ne savent pas où dormir. Ils vivent dehors, dans le froid, sous la pluie, entre les arbres », raconte Ahmad. Comme des centaines de milliers d’autres Syriens, ce jeune père de famille a été contraint de fuir du jour au lendemain la ville de Maaret al-Naamane, alors que les forces du régime syrien de Bachar el-Assad, soutenues par la Russie, poursuivent leur offensive contre la province d’Idleb, dernier bastion rebelle du pays.

En deux semaines seulement, plus de 235 000 personnes ont fui la province, située au nord-ouest de la Syrie, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies. Une grande partie des civils forcés à partir sont originaires de la ville de Maaret al-Naamane, située dans le sud du gouvernorat, vers laquelle avancent depuis jeudi dernier les forces loyalistes et leurs alliés, après avoir repris une quarantaine de villages. Pour le régime, la reprise de cette ville symbolique est d’autant plus cruciale qu’elle se situe sur l’autoroute M5 nord-sud qui relie les villes d’Alep et de Hama.

L’offensive du régime s’inscrit dans la reconquête de l’ensemble du territoire amorcée il y a trois ans, avec la reprise d’Alep-Est à la fin 2016. À ce stade, Damas contrôle près de 70 % du pays. Le régime s’est dit déterminé à reconquérir la province d’Idleb, dominée par les jihadistes de Hay’at Tahrir al-Cham (HTC) et qui abrite trois millions de Syriens.

La plupart de ceux qui fuient se dirigent vers le nord de la province pour rejoindre les villes d’Ariha, Saraqeb et Idleb. Là-bas, des camps de déplacés installés le long de la frontière turque, déjà surpeuplés, accueillent les nouveaux arrivants. Selon les Nations unies, certains cherchent également refuge dans des zones contrôlés par les rebelles pro-Turquie, au nord d’Alep. « Les habitants de Maaret al-Naamane fuient vers le nord du pays. Ils n’ont nulle part où aller. Ils partent la peur au ventre, à cause de l’intensité des bombardements », raconte à L’Orient-Le Jour Abadat Zekrat, responsable de la Défense civile syrienne – ou Casques blancs – dans la ville. « Nous, en tant que Défense civile, on aide les gens qui reviennent, quand les bombardements se calment un peu, à récupérer leurs affaires avant de repartir. La ville est une ville morte. On ne retrouve presque plus personne. Les gens qui ont les moyens cherchent à louer une chambre dans le Nord. Les autres essayent de se faire une place dans les camps et font face à la faim et au froid », poursuit-il.



(Lire aussi : La Turquie ne se retirera pas de ses postes dans la région d'Idleb)



Ahmad est l’un d’entre eux. Il a fui la localité d’al-Ghadfa, à 10 kilomètres de Maaret al-Naamane, le 30 novembre dernier. Alors qu’il était chez son ami, il a entendu le bruit des avions de guerre se rapprocher. « Il y a eu un double raid et huit missiles se sont abattus sur la localité d’al-Ghadfa. Les missiles sont tombés dans des zones habitées », confie le jeune homme. « Sur la route, dans les rues, les gens étaient terrifiés. Les femmes couraient partout », se souvient-il. Une fois arrivé chez lui, il contacte des amis, cherche de l’aide. La famille d’Ahmad n’a pas de voiture. « Les bombardements se poursuivaient dans les localités et villages à proximité. Un ami est enfin arrivé avec une voiture, mais nous n’avons pu emporter quoi que ce soit avec nous, même pas des vêtements pour les enfants. » Ahmad et sa famille ont trouvé refuge à la frontière turque, dans une localité du nom d’Aqrabat.

À Aqrabat, Ahmad vit avec son épouse, ses deux enfants et quatre autres familles avec lesquelles il partage une chambre. Des conditions minimales. Mais une grande partie des déplacés n’ont même pas de quoi se mettre à l’abri. Les conditions de déplacement sont d’autant plus difficiles que la région d’Idleb est touchée par de fortes averses, inondant les camps de déplacés.

Abdelkafi Alhamdo raconte la même histoire. Comme des milliers d’autres Syriens, il est arrivé en 2016 à Idleb, déplacé d’Alep lors de la bataille finale ayant mené à la reprise de la ville par le régime. « Maarat al-Naamane était la ville la plus peuplée de la province, plus que la ville d’Idleb même », décrit-il. « Elle a constitué un refuge pour tous ceux qui ont été, au cours de la guerre, déplacés d’autres villes comme Deraa, Homs, Alep ou la Ghouta. »

Ce professeur d’anglais parle de catastrophe humanitaire. « Les gens n’ont rien. Ils vivent sous la pluie, dans le froid. C’est peut-être pire que la mort. Les gens crèvent de faim. Ils nous disent qu’ils veulent juste être traités comme des êtres humains », dit-il, avant d’ajouter : « La plupart des organisations ont arrêté de recevoir des fonds pour nous aider. »

Le 20 décembre, la Russie et la Chine avaient opposé leur veto au Conseil de sécurité des Nations unies à un projet de résolution visant à étendre l’aide humanitaire transfrontalière à quatre millions de Syriens, dont ceux qui vivent dans la province d’Idleb. L’armée syrienne et l’aviation russe avaient déjà mené une offensive d’envergure entre fin avril et fin août contre la province d’Idleb. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, cette dernière s’était soldée par la mort de 1 000 civils et avait conduit au déplacement de 400 000 personnes selon l’ONU.



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Stes David

Quelle situation triste. Je n'ai pas de solution, mais je trouve pourtant que c'est scandaleux que l'aviation russe fait des bombardements sur ces localités. Malheureusement il y a aussi des indications que la coalition américaine fait aussi des attaques, par exemple recement dans la region de Idleb pour capturer le chef "Al Bagdadi", donc a la limite russes et americains utilisent la region pour leurs objectifs strategiques.

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