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Liban

Nasser Yassine : La colère gronde et son niveau d’intensité monte progressivement

Trois questions à...

Nasser Yassine, directeur de l’Institut Issam Farès pour les politiques publiques et les affaires internationales (IFI) à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), estime que nous sommes à la veille d’un bras de fer décisif entre la rue et le pouvoir, et que ce dernier ne pourra indéfiniment ignorer les revendications de ce qu’il définit comme une « réfolution ».

09/12/2019

Nous avons comme une impression que le mouvement de rue se dégonfle depuis quelque temps. Quelle est votre lecture de la situation ?

Le mouvement de rue en est à son cinquante-quatrième jour. Il est normal que les manifestants soient fatigués, d’autant que le temps ne joue pas en leur faveur. D’une part, ils doivent assumer leurs responsabilités familiales et professionnelles, n’ayant pas d’autre forme de financement. D’autre part, ils subissent de plein fouet la crise économique et financière et ne parviennent plus à faire face à toutes leurs obligations. D’où cette déprime qui vient remplacer aujourd’hui l’euphorie et l’optimisme des premiers jours. L’espoir a cédé la place à la colère. Car les contestataires veulent changer les choses et améliorer le mode de gouvernance de l’État. Mais la classe au pouvoir demeure sourde à leurs revendications, poussant les manifestants à bout. Cette colère commence déjà à se manifester au sein d’actions collectives. Nous avons observé ces derniers jours des saccages de distributeurs de billets de banque. Vendredi, des militants ont répandu de la peinture rouge sur les façades de quelques agences bancaires, avec la mention « Rendez-nous notre argent ». La colère gronde et son niveau d’intensité monte progressivement. Elle risque à présent de prendre la forme de violences sociales, d’émeutes, d’opérations de casse, de paralysie d’institutions publiques ou encore de désobéissance civile.

La contestation populaire a enregistré trois victoires majeures : la démission du Premier ministre Saad Hariri, le report de la séance parlementaire et l’élection du bâtonnier Melhem Khalaf. Est-elle capable de remporter davantage de victoires ?

Le problème actuel est que le pouvoir demeure sourd aux revendications de la rue. Il lui affiche une indifférence irresponsable et continue d’envisager la formation du gouvernement comme il l’a toujours fait, en utilisant le traditionnel processus de partage des parts. C’est extrêmement grave. C’est la preuve que le pouvoir est loin de la réalité populaire. Parallèlement, un retour à une vie normale et d’avant le 17 octobre, date du déclenchement des mouvements de rue, n’est pas envisageable. La contestation entend bien veiller à maintenir la pression sur le pouvoir dans ce sens. Soucieuse de rester pacifique, elle refuse de fermer les routes et se contente pour l’instant d’envoyer des messages aux autorités menaçant de le faire à tout moment. Elle poursuit entre-temps sa mobilisation sur les places où elle organise des espaces de discussion. Chose qui rassure le pouvoir qui mise sur la lassitude des manifestants. D’où la nécessité pour la contestation de se renouveler, de développer de nouveaux modes de protestation.

Comment définissez-vous ce mouvement ? Est-il une révolte, une révolution ou autre ? Dans quel sens le voyez-vous évoluer ?

Il ne s’agit plus d’une simple révolte, mais pas encore d’une révolution parce qu’il n’y a pas eu de prise de pouvoir. Je dirais en revanche qu’il s’agit d’une « réfolution » (réforme + révolution), autrement dit d’une révolution dans un objectif de réformes, à la manière de ce qui s’est passé en Europe de l’Est dans les années 90 et qui reste dans le cadre des institutions.

Il faut réaliser que cette « réfolution » n’est pas constituée d’un seul corps. Nous avons répertorié environ 33 groupes principaux qui se sont mis d’accord sur les grandes lignes de leur mouvement et sur leurs revendications majeures : la formation d’un gouvernement constitué de figures propres et non corrompues qui ait la capacité de sauver le pays de la crise économico-financière qu’il traverse, la reconstruction du pouvoir et l’indépendance de la justice dans le cadre d’institutions au service du citoyen.

Par ailleurs, la population libanaise est désormais consciente de ses droits. Il est impossible qu’elle accepte un gouvernement qui ne réponde pas à ses attentes. Sans compter que la crise économique l’empêche de faire marche arrière, et l’encourage même à réclamer des comptes à la classe politique. Ce lundi se déroulera visiblement la prochaine grosse bataille entre la rue et le pouvoir. Nous verrons bien comment les choses se dérouleront. Une chose est sûre : le pouvoir ne peut indéfiniment ignorer les revendications populaires.



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Gebran Eid

APPELER LÀ COMME VOUS VOULEZ, C'EST UNE VAGUE DE TSUNAMI QUI ARRIVE DU LOIN ET ASSEZ POUR TOUT BALAYER R SON CHEMIN.SU

TORIEL Raphael

Monsieur Nasser Yassine analyse parfaitement la situation, même si son terme de « Refolution » fait penser à un allemand qui essaye, comme il peut, de prononcer « Révolution ».
La difficulté vient entre autres de l’attente des manifestants qui est de demander aux corrompus en place de former un gouvernement propre et compétent. Quand Michel Aoun dit que ce n’est pas possible, il n’a pas tout à fait tort, car il y a peu de chance qu’il trouve ces hommes intègres dans son entourage. Quant à les chercher à l’extérieur, où seraient leurs intérêts ? Et présentés par eux, seraient-ils crédibles ?
Tant qu’un groupe de femmes et d’hommes crédibles, venus de la société civile ou connus pour leur probité, ne se propose pas, la solution demeurera bloquée !
La situation économique catastrophique appelle à l’URGENCE !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IGNORER LA CONTESTATION C,EST LA POUSSER A SE TRANSFORMER EN UNE VRAIE REVOLUTION.

Sissi zayyat

Le fait que les autorités misent sur la violence envers les citoyens qui sont dans la rue n'arrange pas les choses. Les images des forces de l'ordre tabassant les gens sont révulsantes et peuvent se retourner contre les donneurs d'ordre.
On ne peut pas voler les caisses de l'état, bloquer l'argent du peuple et le gratifier de châtiments corporels en guise de bonus.
Cela peut générer une frustration supplémentaire qui mènera à des actes incontrôlables.
Surtout que la solution politique aux revendications n'est pas à l'ordre du jour.
Le report des réunions contraignates par le president ajoute à la provocation du peuple et fait que leur position se durcisse de jour en jour.
Il faut craindre la réaction des citoyens qui n'ont plus rien à perdre, bien au contraire il ne peuvent que gagner la bataille de ce bras de fer puisqu'ils sont les seuls dans leurs droits et se sentent bafoués par le système actuel.
President, vous aimez afficher votre entêtement en utilisant tous les moyens y compris des propos dégradants accompagnés de gestes violents pour faire plier le peuple. Je vous dit que la coupe est pleine et le peuple est plus déterminé que jamais pour vous mettre devant vos responsabilités. Alors trouvez vite une solution avant de le regretter amèrement.

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