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La majorité des incendies maîtrisés, mais quelques foyers "limités" persistent

Liban

Dans les différentes régions touchées, les feux ont fait d'importants dégâts dans des zones habitées, tandis que des terrains boisés ont été entièrement réduits en cendres.

OLJ
16/10/2019

La majorité des incendies qui ont ravagé lundi et mardi plusieurs régions du Liban ont été éteints, certains foyers persistant toutefois dans la périphérie de plusieurs localités contiguës du Chouf et du caza de Aley, à Kornet el-Hamra dans le Mont-Liban, dans la périphérie de Hammana dans le Metn, et sur les hauteurs de Denniyé, au Liban-Nord.  Selon le directeur général de la Défense civile, Raymond Khattar, ces incendies sont "limités". "La situation est sous contrôle", a-t-il assuré à la chaîne de télévision locale LBC, précisant que la Défense civile et l'armée œuvrent actuellement à éteindre ces feux. 

Dans un communiqué, la Chambre centrale d'opérations, installée au Sérail et chargée de la coordination entre les différentes institutions impliquées dans la lutte contre les incendies, précise que 140 feux de forêt se sont déclarés depuis le début de la semaine, dans les mohafazat du Mont-Liban, du Nord et du Sud. La grande majorité de ces feux a été maîtrisée, souligne le texte. La Chambre d'opérations restera active "jusqu'à la fin des opérations sur le terrain", précise le communiqué. 

Le Liban a également activé le mécanisme de protection civile de l'Union européenne pour l'assister dans ses efforts de lutte contre les incendies. Concrètement, l'UE a envoyé six avions (deux de l'Italie, deux de la Grèce et deux de Chypre qui sont déjà à l’œuvre depuis hier) pour épauler les pompiers libanais, annonce-t-elle dans un communiqué publié mercredi. L'UE a également activé son programme Copernicus qui offre des services d’information basés sur l’observation de la Terre par satellite, afin de surveiller les zones libanaises ravagées par les incendies. Un officier de liaison de l'Union sera également envoyé au Liban dans le cadre de l'assistance européenne.

A Mazraat el-Daher, dans l'Iqlim el-Kharroub (Chouf), le sinistre avait été maîtrisé peu après minuit avant de reprendre dans la matinée, probablement en raison de foyers encore actifs dans la forêt se trouvant près de cette localité, attisés par le vent ayant soufflé dans la matinée. Des hélicoptères de l'armée libanaise sont alors intervenus, dans la matinée de mercredi dans cette région, pour éteindre les incendies dans les bois des localités de Mazraat el-Daher, Mazmoura et Bkifa. Les efforts conjoints de l'armée, de la Défense civile et des forces de sécurité sont dans leur phase finale, l'incendie ayant été maîtrisé. Ils œuvrent désormais à refroidir la zone, croit savoir l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). Dans le Metn, un nouveau départ de feu s'est déclaré en fin de matinée dans la périphérie de Marj-Hammana, rapporte l'agence, qui souligne que la Défense civile est aidée par des membres du Conseil municipal et des habitants pour venir à bout du brasier. Au Liban-Nord, les flammes s'élevaient au lieu-dit de Wadi Tannour, sur les hauteurs de Denniyé.

La veille, les personnes œuvrant tout au long de la journée à circonscrire les incendies, les pires que le Liban ait connus depuis 2007, avaient été aidés par des Canadair et des hélicoptères bombardiers d'eau envoyés par Chypre et la Grèce, afin d'éteindre les feux faisant rage dans les régions montagneuses. Puis, en fin de journée, la pluie avait également contribué à éteindre les quelques brasiers.



Des verdures réduites en cendre à Mechref et Debbiyé. Photo Mohamad Ramadan



Enterrement d'Abou Moujahed
Les incendies ont fait une victime, Salim Abou Moujahed, 32 ans, qui est décédé d'une crise cardiaque à Btater, dans le caza de Aley, après avoir aidé les équipes de la Défense civile. Il a été enterré mercredi. Dans les différentes régions du Liban touchées, les feux ont en outre fait d'importants dégâts dans des zones habitées, tandis que des terrains boisés ont été entièrement réduits en cendres.

Pour ce qui est du bilan de la journée de mardi, la Chambre d'opérations précise que 89 personnes souffrant d'asphyxie ont été traitées sur place par les secouristes tandis que 18 autres ont été hospitalisées. L'institution n'a pas pu fournir de données précises concernant la superficie du territoire ayant été touché par les flammes, plusieurs foyers étant encore actifs.

En ce qui concerne les dégâts matériels, le centre Arcenciel de Damour, a entre autres été totalement détruit. Ce bâtiment comportait une garderie, offrait des emplois aux personnes handicapées, fournissait des services paramédicaux et collectait les déchets recyclables dans la région. Face aux nombreuses offres d'aides, l'ONG a publié une vidéo dans laquelle elle indique que les personnes désireuses de l’aider à poursuivre sa mission peuvent appeler le 71-682458. L'association a également consacré une adresse mail pour les donations. Malgré la fumée épaisse toujours présente dans le bâtiment et les risques qu'il s'effondre, Arcenciel va de l'avant et a mis sur pied une cellule de crise, qui travaille notamment à trouver des endroits alternatifs pour accueillir les enfants de sa garderie et pour ses autres services, a confié un responsable à notre correspondante sur place Anne-Marie el-Hage. Il souligne également que, selon une première évaluation, certains équipements offerts par le centre, notamment pour les soins de physiothérapie, sont récupérables, tout comme certains meubles de la brocante permanente. 




Dans la même localité, le garagiste Walid Mansour a vu un grand nombre de véhicules détruits par les flammes. Il a toutefois pu en sauver une dizaine. Souriant malgré les dégâts occasionnés, il indique à notre correspondante avoir reçu la visite du président du Haut-comité de secours, le général Mohammad Kheir, qui lui a promis des dédommagements. Alors que le travail a repris dans la cour de son garage, il appelle l'Etat à "assumer ses responsabilités". 

De son côté, Mouïn Fadel, un membre du Conseil municipal de Damour estime que "les dégâts sont très importants, mais cela aurait pu être bien pire", étant donné que "les flammes se propageaient rapidement d'un endroit à l'autre, très rapidement". Il mentionne notamment l'école publique de la ville qui, ayant été entièrement encerclée par le feu, n'a plus d'électricité ni d'eau, soulignant toutefois, rassuré, que le bâtiment n'a lui-même pas été touché. 



(Lire aussi : L’enfer des cancresl'éditorial de Issa GORAIEB)



Reboisement et dédommagements

Le président de la République, Michel Aoun, qui a reçu au palais de Baabda une délégation de Damour, en présence du député Mario Aoun, a affirmé que "les directives ont été données au Haut comité de secours afin de dédommager les habitants et les propriétaires de bâtiments qui ont subi des dégâts en raison des incendies". Le chef de l'Etat a également appelé à "lancer une grande campagne de reboisement dès la fin des opérations" de lutte contre les incendies.

Commentant la situation, le président de la Chambre, Nabih Berry, a pour sa part exprimé sa sympathie pour les proches de l'homme décédé hier lors d'une opération d'extinction des feux, et envers toutes les victimes. M Berry a par ailleurs a salué "la solidarité des Libanais" et dénoncé les défaillances de l'Etat qui "n'applique pas les lois", notamment en matière de prévention et gestion des catastrophes. 

La ministre de l'Intérieur Raya el-Hassan a, elle, salué dans un tweet "la Défense civile, l'armée, les Forces de sécurité intérieure, la chambre d'opérations pour la gestion des catastrophes et la providence divine", qui ont contribué à l'extinction des brasiers. "Si nous nous éloignons des calculs mesquins, notre union est une force qui permet d'empêcher tous les incendies qui rongent notre pays", a-t-elle ajouté.

Réagissant au "désastre naturel causé par les incendies", le ministre de l’Éducation Akram Chehayeb a pour sa part annoncé que son ministère lancera prochainement une initiative au cours de laquelle "un arbre sera planté pour chaque élève libanais". Cette initiative visera notamment, selon un tweet posté par M. Chehayeb, à "sensibiliser les jeunes à l'importance de la protection des forêts et à compenser ce qui a été perdu lors de cette catastrophe écologique".
Le ministre de l'Industrie Waël Bou Faour a, de son côté, insisté sur l'importance d'un "reboisement des forêts" libanaises. Afin permettre ce reboisement, l'ambassadeur du Liban au Ghana a fait savoir au secrétaire général du Haut comité de secours, le général Mohammad Kheir, que ce pays était "prêt à envoyer des plantes et des arbres" au Liban. "Le Premier ministre Saad Hariri a affirmé que l’État dédommagerait toutes les victimes", a par ailleurs annoncé M. Bou Faour, lors d'une réunion urgente du Conseil économique et social à Beyrouth.

Le chef des Kataëb, Samy Gemayel, a quant à lui annoncé le lancement de l'initiative "Une maison pour tous" pour loger dans différents hôtels les personnes ayant perdu leur foyer dans les incendies. Il a affirmé avoir contacté des responsables afin de discuter d'initiatives futures de reboisement. M. Gemayel a en outre indiqué avoir présenté au Parlement un projet de création d'une commission d'enquête parlementaire concernant "les défaillances du gouvernement et des institutions étatiques face aux catastrophes".

La question des responsabilités et suites de cette catastrophe a été évoquée lors de réunions des commissions parlementaires de l'Environnement et des Travaux publics, au cours desquelles les députés ont réclamé des enquêtes.

Par ailleurs, la direction générale des Forces de sécurité intérieure a clarifié les circonstances d'une vidéo, présentée depuis hier sur les réseaux sociaux comme montrant des policiers battant un Syrien qui a provoqué un des incendies, dans le Metn.  "Suite à une enquête, il s'est avéré qu'un ressortissant syrien, H.M., ouvrier sur un chantier dans la région de Baabdate, était en train de brûler des déchets et la police municipale l'a pris sur le fait", précisent les FSI dans un communiqué. L'homme ayant essayé de s'enfuir, deux des policiers l'ont rattrapé et l'ont battu, précise le texte. H.M. a été arrêté, pour avoir brûlé les déchets et parce que ses papiers n'étaient pas en règle.

Les FSI ont également annoncé l'arrestation de A. M., un Soudanais qui est employé en tant que concierge et qui serait derrière l'incendie qui s'est déclaré dans le village de Meouch (dans le Chouf). Selon les communiqué des FSI, le suspect a "mis le feu à des herbes mortes et n'a pas réussi à maîtriser les flammes" qui se sont vite propagées. 

Toujours selon le communiqué des FSI, la police de Zafta, à Nabatiyé (Liban-Sud), a arrêté H. A, un Libanais né en 1997, et Aa. A., un Libanais né en 1995, qui sont suspectés d'avoir provoqué un petit incendie dans le village après avoir mis le feu à des herbes mortes sans avoir réussi à maîtriser les flammes. 

Les FSI précisent en outre qu'une autre personne a été arrêtée à Baabdat et que les enquêtes se poursuivent. 




Notre diaporama Le Liban en flammes : un triste spectacle, en photos


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Antoine Sabbagha

Enfin le beau tapis vert on le verra de nouveau mais les pyromanes il faudra les poursuivre en justice .

Eleni Caridopoulou

Les criminels qui ont mis les feus qui sont ils ? Je pense que les syriens qui sont au Liban doivent rentrer chez eux

Thawra-LB

Ce desastre tout proche de nous disent certains dans leurs comfort physique ouest africains et leurs comfort morale iraniens.

N’est pas libanais qui veux

Toni Pantaloni

104 incendies, qui pour la plupart ont debuté LA NUIT.
Petit rappel scientifique les vagues de chaleur seules ne causent pas des incendies... mais des reflection du soleil sur du materiel incandescent... AH oui d'ailleurs 85% des "wildfires" sont d'origine humaines, le reste... eh bien sont a cause du soleil.

A ce que je sache, il n'y a pas de soleil la nuit HAHAHA

ON DIT QUOI ?

C'est vrai que à voir ce désastre tout proche de nous est révoltant, que les autorités devraient apprendre de leurs erreurs ou de leurs manquements en matière de compétence, ils sont inexcusables, mais faut pas exagérer les faits et dire n'importe quoi, juste pour en rajouter comme certains minus d'économistes à la petite cuillère font , nous parler de géo-politique pour expliquer et dire nimporte quoi .

En Californie le feu brûle des semaines , oui des semaines entières, des destructions sont visibles , aussi et même plus alarmantes, parlerait on de géopolitique ?

Tous les étés en Europe, au Portugal en Espagne et en France on a les mêmes catastrophes avec des accidents de Canadair , d'helicos , des décès d'homme du feu etc... où est la géopolitique là dessus ?

S'il faut juste se l'ouvrir pour faire bouche , le résultat sera qu'on se ridiculise soi-même , et c'est dommage bien que ça ne tue pas .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DESASTRE NATUREL... OU PLUTOT CRIMINEL ? IL FAUT ELUCIDER LES CAUSES !

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