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La Dernière

Marwan Hamza, « Flower Power »

Beyrouth Insight

Il fait partie des personnes qui aiment et savent le dire avec des fleurs. La vie, l’amour, la fête, le temps qui passe. Plus qu’un artiste-fleuriste, Marwan Hamza est une expérience. Un « life style ».


Carla Henoud | OLJ
12/09/2019

Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, Marwan Hamza connaît le langage des fleurs. Il en parle si bien, il leur parle, leur donne toute son attention, toute ses attentions et ses intentions. Il s’excuse, les remercie. Alors, elles lui offrent leurs plus belles couleurs.

Pas étonnant que ce magicien, ce peintre à sa façon ait trouvé son équilibre intérieur, son soleil, en côtoyant des tournesols. Qu’il soit sorti de la noirceur d’une vie chaotique et extrême en découvrant les orchidées, les pivoines et autres roses. Que les fleurs du mal qui ont jalonné son parcours se soient transformées en fleurs du bonheur.

Pas étonnant, non plus, qu’il soit aussi impatient, perfectionniste, impulsif. Intolérant aux erreurs, au retard, à la laideur selon lui. Qu’il possède « un tempérament », un sacré caractère. Et que travailler avec lui est une gageure, et une école. « Je suis une personne calme mais je peux être agressif si je vois une erreur. Si un de mes collaborateurs fait une erreur, c’est mon nom qui est en jeu », dit-il.

Tout dans sa personnalité, dans son regard, clair, entre bleu et vert, perdu dans une barbe blanche fine, dans sa voix, dans ses gestes, en ont fait une « persona » dans ce domaine. Il suffit d’ailleurs de le voir à l’œuvre, à chaque étape du processus, pour sentir sa présence, et sa volonté assumée de faire un one-man-show. Des premières réunions avec la cliente à la répétition de l’événement pour lequel son talent a été requis – « je suis le seul à le faire, quelle que soit l’importance de l’événement, je déteste les mauvaises surprises », confie-t-il –, à la mise en place finale, il observe, écoute, propose, dispose. « C’est ma force. Une seule rencontre suffit et je sais déjà ce que je veux faire. »

Il suffit aussi qu’il débarque dans son atelier-bureau situé à la rue Abdel Wahab, une rue qui lui va bien, pour que se dégagent outre le parfum et les couleurs des fleurs qu’il a choisies ce matin comme tous les matins, sa forte énergie. Vêtu d’une chemise mauve qui éclaire son sourire, d’un tablier en jute très stylé, de Converse fleuries, évidemment, Marwan Hamza est dans son élément, entouré de bouquets insolites, noyé dans ce mauve intense, la couleur du jour et de son humeur.

Des tiges découpées, choisies, de la verdure, des fleurs éparpillées sur des tables de travail, souvent importées de pays lointains, des vases, des outils de travail, et puis dans le bureau de ce « fleuriste-couture », des photos de… la Vierge, de sainte Rita et de Mar Charbel.

Mais ne le prenez pas pour un saint ! Même si, un jour, un esprit sain lui a donné la force et l’envie de tourner la page de longues années de rébellion, devenues autodestruction. « Je n’ai aucun problème à parler de mes addictions, dont je suis enfin complètement sorti depuis 10 ans. Je suis un livre ouvert. Je n’ai honte de rien. Aucun problème à partager si ça peut servir… », affirme celui qui vient de fêter ses 54 ans.


Enfant rebelle
« Tu seras un homme, mon fils », lui avait dit son père en le plaçant dans une école militaire à Houston, à l’âge de 17 ans. Deux mois plus tard, l’adolescent rebelle s’enfuit et décide de répondre à cette autorité, à sa manière passionnée et extrémiste. Il s’inscrit à la American School of Fashion Design, à Londres, et se déplace. Dans toutes les villes où il passe et réside, « je faisais la fête et dilapidais la fortune familiale… » C’est en Arabie saoudite qu’au lendemain d’une soirée brumeuse, il découvre son pouvoir sur les fleurs. Au début pour des amis, lorsqu’il est invité à des dîners, Marwan Hamza commence à créer, puise en lui des talents cachés et, suite aux demandes grandissantes, ouvre sa propre boutique. Douze ans plus tard, il décide de partir. Retrouver le Liban, tourner une page « sans regrets, sans hésitations ». « Je n’ai même pas fermé mon appartement, je suis juste parti. »

Au Liban, la fête se poursuit durant deux ans. Deux années de plus de « Drugs and Rock’n Roll » et puis, un matin, un corps qui crie « basta ». Des mois de detox, de retraite dans sa montagne de Abay, dont il revient apaisé, et le voilà à l’œuvre. Depuis, pas un jour ne passe sans que Marwan ne soit submergé de travail. Dans les mariages, réceptions, dîners privés, sa touche est reconnaissable. Fleurs, fruits aussi parfois, tout est prétexte à composer et surprendre. Comme tout artiste inspiré et libre, il ne copie pas, ne suit pas les tendances, n’écoute personne, sinon son cœur, utilise un obstacle au lieu de le contourner et donne avec générosité.

« J’adore mon métier, confie celui qui se décrit comme une personne joyeuse et positive. Je pense avoir tout fait dans ce domaine. J’ai envie, aujourd’hui, d’avoir une petite boutique à Paris, avec des accessoires et un énorme choix de fleurs. » Mais, en attendant, il rêve de fonder un asile pour personnes âgées où il leur enseignera son art.

Des regrets ? « Un seul : tout cet argent que j’ai dépensé sur la drogue et que j’aurais pu donner à des nécessiteux. » Une fierté ? « Avant, on disait “Marwan, le fils de Houssam”. Aujourd’hui, on dit “Houssam, le père de Marwan”… » Et la boucle est bouclée…



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Fan Phare Rond

Ce récit de Marwan a embaumé notre atmosphère délétère.

Content de savoir qu'il s'en est bien sorti .

Tina Chamoun

Il n'est jamais trop tard, pour ainsi dire il est encore dans la fleur de l'âge ;)

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES FLEURS NOUS SOURIENT DANS LA VIE ET NOUS PLEURENT DANS LA MORT.

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