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Trois questions à... Tarek Mitri

« Il y a une volonté politique de diviser les communautés »

Tarek Mitri.

Dans la polémique autour du groupe Mashrou’ Leila, combattu pour atteinte aux sentiments religieux, l’ancien ministre s’est employé à questionner à coups de tweets la dimension éminemment politique, mais pas suffisamment explorée, du déchaînement identitaire contre les jeunes musiciens rock. « La violence dépasse le débat sur la conciliation entre liberté d’expression et liberté de croyance : elle obéit à une volonté de mobiliser les communautés, en particulier les chrétiens, en réinventant une peur de l’autre », explique-t-il dans une interview express à « L’Orient-Le Jour ».


Quel est selon vous l’enjeu de la polémique autour de Mashrou’ Leila ?

L’enjeu n’est pas un enjeu de foi, mais un enjeu politique. Les croyants ne sauraient douter de leur foi à cause d’une photo ou d’un article. C’est une vérité simple à reconnaître. La parodie d’une icône déplaît et peut même dégoûter ou choquer de nombreux croyants. Je crois que Hamed Sinno (chanteur du groupe) l’a vite compris et a retiré la photo litigieuse. Mais la campagne violente porteuse d’un grand risque de passage à l’acte contre Mashrou’ Leila dépasse de loin la simple expression de sentiments religieux.

Personne n’est capable de justifier la violence par la foi. En outre, cette campagne s’est accompagnée d’une mise en opposition entre foi et liberté de conscience, qui nous éloigne des écrits de l’Évangile dont l’une des valeurs fondamentales est la liberté de conscience.

Mais nous sommes dans un pays où l’appartenance à la communauté ou la défense des intérêts de la communauté est bien plus importante que la foi religieuse. On peut se battre, haïr, menacer au nom d’une communauté ou même d’une religion sans être soi-même croyant. J’ai l’impression qu’il y a un certain nombre de gens communautaires sans nécessairement être croyants.

C’est donc l’identitaire qui prime sur la foi et qui envahit notre vie publique en fabriquant ou en réinventant la peur d’autrui. Il y a une plus forte communautarisation de la vie politique au Liban, cela est évident. Mais elle n’est pas naturelle. Elle est fabriquée et instrumentalisée par la politique.


(Lire aussi : Le groupe « Within Temptation » annule son concert à Jbeil par solidarité envers Mashrou’ Leila)



Pouvez-vous cerner les motifs politiques de cette flambée identitaire ?

Fabriquer une peur d’autrui, une haine d’autrui, tous les jours sur tous les sujets, fonctionne comme une diversion. On cherche à mobiliser une communauté sur un sujet strictement communautaire pour éviter une rencontre autour des vrais problèmes, ceux qui concernent l’ensemble des communautés, comme la crise économique. Cette mobilisation communautaire est d’autant plus dangereuse qu’elle coïncide avec un conflit politique autour des accords de Taëf.


Y aurait-il un intérêt politique stratégique à créer des clivages communautaires, comme avant l’intifada de 2005 ?

Il est difficile de comparer avec la période antérieure à 2005, en dépit de certaines similitudes. Ce que je vois, c’est qu’on est dans une logique de mobilisation communautaire, sujette à instrumentalisation chez les chrétiens en particulier. L’histoire de Mashrou’ Leila a servi de moyen d’accélérer cette mobilisation.

L’omerta quasi générale des acteurs ou partis politiques pourrait s’expliquer en partie par le sentiment que l’affaire concerne les chrétiens… Pour ce qui est des partis chrétiens eux-mêmes, le Courant patriotique libre est à la tête du peloton des politiques qui réinventent le communautarisme. Mais ce n’est pas le seul. Il y a des effets mimétiques dans notre pays. Vous me demandez si le mimétisme est défendable au nom d’un certain pragmatisme. Non, le fait de resserrer les rangs des communautés n’est pas forcément un pari politique gagnant. Aller au-delà des clivages existants est un choix qui se présente. La presse, les gens de culture se battant pour ce dépassement le prouvent.

La justice aussi puisque, allant au-delà d’un système légal désuet qui justifie la censure, la procureure près la cour d’appel du Mont-Liban a estimé que la poursuite en justice de Mashrou’ Leila est sans fondement.


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Dans la polémique autour du groupe Mashrou’ Leila, combattu pour atteinte aux sentiments religieux, l’ancien ministre s’est employé à questionner à coups de tweets la dimension éminemment politique, mais pas suffisamment explorée, du déchaînement identitaire contre les jeunes musiciens rock. « La violence dépasse le débat sur la conciliation entre liberté d’expression...

commentaires (13)

pourquoi la justice n'a pas fait son travail encore pour poursuivre toutes les personnes qui ont declares agir par la force pour arretter ce concert? JUSTICE FAITES VOTRE TRAVAIL ET SI VOUS AVEZ PEUR DES RESULTATS DU FAIT DE L'APPARTENANCE A CES GENS DE CERTAINS PARTIS DEMISSIONNEZ Je voudrais vous rappeler du temps d'une justice au Liban qui n'avait pas peur en 1970 Le Premier Ministre M Saeb Salam avait interdit les jeux de flippers , jeux d'amusement par excellence en les interdisant sur tout le territoire et en accusant leurs proprietaires de prison pour jeux de hazard 6 mois apres le juge Zoghbi acquitte tous les prevenus qui avaient presentes des preuves internationals que ces appareils n'etaient pas des jeux de hazard Le juge Zoghbi dans la foulee a ete transfere illico a Tripoli sur requete du Premier Ministre Un proces spectaculaire a eu lieu car l'etat s'est porte immediatement en appel Quelques mois plus tard le juge Baroudy en appel acquitte de nouveau ces personnes sans penser aux sanctions qui pourraient lui etre donnees ( et qui n'ont pas eu lieu heureusement ) CE SONT CES JUGES QUI HONORENT LE LIBAN OU SONT ILS AUJOURDH'UI ET POURQUOI ILS N'ONT PAS ENCORE FAIT LEUR METIER AVEC INTEGRITE SANS PEUR DE CEUX QUI LES ONT NOMMES?

LA VERITE

14 h 34, le 06 août 2019

Tous les commentaires

Commentaires (13)

  • pourquoi la justice n'a pas fait son travail encore pour poursuivre toutes les personnes qui ont declares agir par la force pour arretter ce concert? JUSTICE FAITES VOTRE TRAVAIL ET SI VOUS AVEZ PEUR DES RESULTATS DU FAIT DE L'APPARTENANCE A CES GENS DE CERTAINS PARTIS DEMISSIONNEZ Je voudrais vous rappeler du temps d'une justice au Liban qui n'avait pas peur en 1970 Le Premier Ministre M Saeb Salam avait interdit les jeux de flippers , jeux d'amusement par excellence en les interdisant sur tout le territoire et en accusant leurs proprietaires de prison pour jeux de hazard 6 mois apres le juge Zoghbi acquitte tous les prevenus qui avaient presentes des preuves internationals que ces appareils n'etaient pas des jeux de hazard Le juge Zoghbi dans la foulee a ete transfere illico a Tripoli sur requete du Premier Ministre Un proces spectaculaire a eu lieu car l'etat s'est porte immediatement en appel Quelques mois plus tard le juge Baroudy en appel acquitte de nouveau ces personnes sans penser aux sanctions qui pourraient lui etre donnees ( et qui n'ont pas eu lieu heureusement ) CE SONT CES JUGES QUI HONORENT LE LIBAN OU SONT ILS AUJOURDH'UI ET POURQUOI ILS N'ONT PAS ENCORE FAIT LEUR METIER AVEC INTEGRITE SANS PEUR DE CEUX QUI LES ONT NOMMES?

    LA VERITE

    14 h 34, le 06 août 2019

  • En bref quand on a une caste politique ainsi pourrie , on peut s 'attendre au pire .

    Antoine Sabbagha

    19 h 23, le 05 août 2019

  • Très bonne analyse que je partage entièrement M. le Ministre ! Il n'y a pas d'alternative à la laïcité pour notre pays, avec la séparation stricte de la religion et de l'Etat. Toute autre formule est vouée à l’échec !

    OMAIS Ziyad

    17 h 37, le 05 août 2019

  • VOLONTE DE DIVISER LES COMMUNAUTES ? OUI MAIS DANS QUEL BUT SINON CELUI APPARENT, TOUT SIMPLE ET TOUT " imbecile " : ATTIRER PLUS DE SUIVEURS NAIFS , SANS AUCUN SENS DE LA RESPONSABILITE, ENCORE LE SENS DE CULPABILITE. MAIS, EST CE LA QQ CHOSE DE NOUVEAU DANS CE PAYS ? CERTAINEMENT PAS .

    gaby sioufi

    16 h 15, le 05 août 2019

  • Il y a certains mots vulgaires qui ne devraient pas être publiés dans les commentaires de ce journal L'OLJ ! Et cela ne concerne pas la sacro-sainte "liberté d'expression"...mais la décence, le respect de soi-même et des autres... Irène Saïd

    Irene Said

    12 h 03, le 05 août 2019

  • Une profondeur, une régularité et une précision de la pensée dans cette analyse. Tous les libanais devraient lire cet interview.

    Sarkis Serge Tateossian

    11 h 18, le 05 août 2019

  • Mais qu'est ce qu'on aime la masturbation intellectuelle au Liban ? Vous pensez que ce que dit Mr Mitri est compréhensible par le commun des mortels libanais ? le ministre s'adresse à nous , mais que sommes nous en nombre par rapport à la masse des libanais qui compose ce pays ? En lisant ce qui est rapporté je me suis crû vivre en Europe , mais pas n'importe quelle Europe , la partie la plus développée de ce continent . Il va falloir revenir sur la planète Liban les gars , il va falloir intégrer le fait que le sacré existe bien encore chez nous , Hamed Sinno l'a bien compris et a retiré la maudite photo , bravo , il l'a bien compris , mais il a fauté d'un point de vue "Liban" , parce que dans ce pays qu'on aime ou pas on donne des valeurs à certaines choses , qui sont perdues en Occident . Ce groupe a été interdit et j'approuve , et je ne suis pas le seul ,alors basta ! On pourrait passer à autre chose svp et arrêter de croire qu'on est OBLIGE DE PENSER COMME EN OCCIDENT ? MÊME EN OCCIDENT LA SOCIETE EST DIVISEE , LES MANIFS CONTRE LES "LAISSER ALLER" EXISTENT BIEN .

    FRIK-A-FRAK

    10 h 57, le 05 août 2019

  • IL DIVAGUE NOTRE EX MINISTRE. LES PROVOCATEURS ONT COMMENCE DONC POUR DES RAISONS POLITIQUES CAR SACHANT D,AVANCE LES REACTIONS A LEURS INSULTES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 21, le 05 août 2019

  • Bravo et merci Mr Mitri.

    Je partage mon avis

    08 h 56, le 05 août 2019

  • On ne pouvait mieux le dire. Bravo et merci à l'ancien ministre Tarek MITRI, actuel Président de l'Université Saint Georges de Beyrouth. Toute cette agitation qui veut instrumentaliser le Sacré lui-même n'est que vulgaire politique de "barbouzes" qui vise à déchiqueter les communautés du Liban, avec l'aide des Libanais eux mêmes mais pour le compte d'intérêts stratégiques hors-frontières.

    COURBAN Antoine

    08 h 05, le 05 août 2019

  • Analyse tout à fait pertinente. Tout ce tintamarre et cette mobilisation contre un groupe de rock est une instrumentalisation de la foi à des fins politiques. Ils sont orchestrés par des personnes souvent sans foi ni loi pour masquer les vrais problèmes: la corruption, le chômage, la crise sociale et économique, les défaillances de la Justice. Que ces leaders spirituels et temporels mobilisent plutôt leurs ouailles et leurs partisans contre ces véritables fléaux qui minent le pays et gangrènent la société.

    Georges Airut

    04 h 23, le 05 août 2019

  • The lynch mob unleashed by the Christian clergy and political parties is truly meant to distract and divert the attention of Lebanese from the chronic corruption and utter failure of the President and the government at implementing economic reforms that would create economic growth, reduce poverty and unemployment. In the process, Mashrou’ Leila was scapegoated, victimized and forced to cancel their concert. The level of oppression of the freedom of speech in Lebanon is unprecedented, and unacceptable. People, journalists who criticize government officials are sued for defamation, arrested and interrogated. As a Lebanese and a Christian, I reject authoritarianism, fascism, and religious fanaticism, and extremism no matter its source, Christian, Muslim, or other. If a Lebanese pop band can receive death threats, I feel that Lebanon could go down in flames in another civil war. The Taef accord has failed at creating an effective, and efficient political system that can address the economic anxieties of the Lebanese, some of whom are unleashing their anger at the wrong targets. We need major political reforms while at the same upholding the freedom of expression and speech. Otherwise, Lebanon as we know it, could disintegrate and disappear.

    Mireille Kang

    01 h 25, le 05 août 2019

  • C'est vrai : Au Liban , on peut être facilemt athée et se proclamer maronite , druze , sunnite , chiite etc . Le spirituel religieux est presque toujours séparé de l'identitaire communautaire .

    Chucri Abboud

    00 h 36, le 05 août 2019